‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 117 sur 344 · CONQUÊTE DB HAM. GUINES, ORDRES PAR LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DB HAM. GUINES, ORDRES PAR LES ESPAGNOLS

Après la prise de Calais, ils étendirent rapidement leurs conquêtes -en Picardie. Ham et Guines, qui, au temps de l'occupation anglaise, avaient longtemps résisté au duc de Guise, se rendirent à la première sommation d'un trompette. Le cardinal Albert et ses chefs agitèrent alors ensemble quel emploi ils feraient de leur armée et de la force que leur donnait le succès : de Rosne les décida pour le siège d'Ardres. Là ils ne trouvaient pas les facilités que le manque de ressources financières, l'avidité et l'imprudence de Bidossan leur avaient ménagées à l'attaque de Calais : Ardres était très-forte, et la prévoyance du roi l'avait abondamment pourvue de tous les moyens de résistance. «Ardres, dit d'Aubigné, se présentoit comme une place bien parfaite, qui avoit sept grands bastions royaux, grands fossés pleins d'eau, remparts raisonnables, avec force munitions, et pleine d'hommes choisis.» Mais le malheur avait voulu que Belin s'y rendît, et qu'en qualité de lieutenant-général de la province, il y prît le commandement à la place du gouverneur particulier, homme d'un courage et d'une expérience éprouvés. De Rosne, qui connaissait bien Belin et son manque de cœur, pour avoir servi avec lui dans la Ligue, dit que la place était rendue aux Espagnols, puisqu'il y était entré. Il ne se trompa pas. Après une inintelligente et courte défense, il traita, malgré le gouverneur et la garnison, qui le pressaient avec les plus vives instances de les laisser se défendre, et il livra Ardres aux Espagnols le 23 mai. Le roi avait forcé La Fère à capituler depuis sept jours, y était entré la veille, et avait la libre disposition de son armée pour secourir Ardres. C'était la faute de Bidossan plus que doublée, et l'expiation de moins. Les gouverneurs semblaient d'accord avec l'ennemi pour l'introduire dans nos villes *.

» Thuanus, 1. GXVl, § 6, 8, t. V, p. 60«, 608-606. — D'Aubigné,

200 LIV. V. CH. VI. AFFAISSEMENT D'UNE PARTIE DE Lk NATION.

Ces prises de places, en se succédant coup sur coup, donnaient en ce moment de la lutte une supériorité marquée à Philippe II. Il trouvait sur notre territoire, dans nos cités et nos recettes capturées, dans nos populations mises à rançon, des suppléments aux ressources de son trésor. Déjà maître de six de nos villes sur la frontière du Nord, déjà établi dans une notable portion du pays entre les Pays-Bas et la Somme, il semblait s'acheminer à la conquête de la Picardie entière, et menaçait la Champagne et rile-de-France. En outre, par la possession de Calais, il occupait l'un de ces postes qui dominaient l'Océan, et tenaient à la fois en échec la France et l'Angleterre. Les pertes matérielles, si sensibles qu'elles fussent, n'étaient pas les seules conséquences funestes que la guerre eût entraînées pour notre pays. Le découragement s'était glissé dans l'armée, la démoralisation avait atteint les populations des provinces du nord. Depuis la défaite et le sac de Dourlens, nos généraux, nos gouverneurs, nos soldats, même ceux éprouvés jusqu'alors, ne se présentaient plus sur le champ de bataille et sur la brèche qu'avec l'idée préconçue que tout engagement avec les Espagnols serait une défaite pour eux. De leur côté, les habitants des villes frontières ne voyaient plus pour fin possible à un siège que la ville emportée d'assaut, et la population massacrée. Tous, en toute circonstance, hormis la garnison d'Ardres, s'étaient conduits en conséquence, avec un abandon d'eux-mêmes, une pusillanimité incroyables. Le roi sentait la nation faiblir sous sa main et s'affaisser.

Au milieu de cette rude épreuve, la résolution et la fermeté de Henri restèrent inébranlables. Il fit face à tout, garantissant les places de Picardie au delà et en

t. ai, 1. IV, ch. 9, p. 359. — DavUa, 1. XV, t. III, V partie, p. 69-75. — BenUvogUo, l. XIX. t. IV, p. 29-31.

FKRMETB DU ROI. IL CONTRAINT LA FÈRE A CAPITULER. 20i

deçà de la Somme; enlevant à l'Espagnol sa plus forte ville dans cette province, exerçant contre lui de sanglantes représailles en Artois, et compensant ainsi nos perles autant que le permettaient les circonstances ; combattant le découragement par l'appel à l'opinion chez les hommes supérieurs et par la fermeté de son attitude; déjouant les tentatives faites par les factions pour affaiblir le pouvoir au moment où il avait besoin d'être plus fort et mieux obéi que jamais; donnant un nouveau principe de force à l'Etat par le changement apporté à sa situation financière, par la répression des directeurs et' des agents du fisc, ennemis plus redoutables au pays que l'Espagnol lui-même; maîtrisant son juste mécontentement envers les puissances étrangères, et renouant ses rapports avec les Anglais et les Hollandais qui, si impolitiquement, si imprudemment pour eux-mêmes, avaient abandonné la France au milieu des attaques auxquelles elle était en butte; cherchant et trouvant dans ces allianceS; avec d'utiles quoique secondaires diversions, les moyens d'enlever à Philippe II les ressources financières que ses alliés lui avaient fournies dans la campagne précédente, ses sujets dans celle-ci, et qui avaient été l'une des causes principales de sa supériorité dans le Nord.

Le 16 mai 1596, Henri reçut la capitulation de La Fère : le 22, il entra dans la ville après un siège de sept mois. L'importance de la reprise de cette ville demande que l'on résume ce qui contribua au succès de l'entreprise, n faut rappeler d'abord les améliorations apportées dans l'intendance de l'armée, Rosny étant parvenu jusqu'au bout à fournir les vivres nécessaires à la subsistance des troupes; les fonds faits pour leur paye avec l'argent obtenu d'abord du Conseil des finances, tiré ensuite de l'étranger et apporté par l'envoyé du grand-duc de Toscane à la fin du siège, ce qui donna moyen de satis-

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