LE ROI LA FAIT RESSORTIR POUR RAFFERMIR LES COURAGES
Le roi arracha ainsi les Espagnols du cœiu' de la Picardie et de rintérieur du royaume, tandis qu'ils en envahissaient les frontières. 11 signala l'importance de cette conquête, et en prit occasion pour mettre les avantages de la situation en regard de ses périls ; pour signaler à l'attention publique les progrès que la reconstitution du territoire et du corps de la monarchie avaient faits, grâce à ses efforts, l'année précédente et au commencement de la présente année ; pour montrer quelles ressources elle offrait au roi et au pays dans la continuation de leur lutte contre l'étranger. Le 22 mai, il écrivait aux principaux de ses serviteurs :
« L^effet de la prise de La Fére est très-bon, car il est certain que cette place étoit au milieu de la Picardie, limitrophe de Tlle-de- France et de la Champagne , et encore de la Normandie ; qu'elle les tenoit toutes sujettes, et les chemins sans aucune sûreté. Par sa réduction, le dedans du royaume demeure maintenant net et tranquille, toute la guerre étant en Bretagne, et aux extrémités du côté de. la Picardie, »
Si ces idées, comme quelques faits le démontreront bientôt, ne raffermirent pas encore tous les esprits, ne pénétrèrent même pas dans tous les rangs de la classe élevée, elles gagnèrent au moins quelques citoyens d'élite destinés à conduire la nation dans la guerre et dans les conseils : le connétable, Mayenne, Biron, Lesdiguières, Saint-Luc, parmi les gens d'épée; Yilleroy et les autres ministres entre les hommes d'Etat. Henri les inspira de son courage; de sa fermeté : ils cessèrent de mettre les choses au pis, se roidirent contre les revers passagers, commencèrent une salutaire réaction contre la peur et le découragement. Le roi fortifia cette disposition morale par quelques actes de juste sévérité. Il voulut apprendre aux chefs militaires que le manque de cœur qui avait amené nos défaites, et livré nos places à l'ennemi, ne