PROVINCES ET VILLES FRONTIÈRES MISES EN ETAT DE DEPENSE
pour couvrir et protéger les villes fortes, pour donner surle-champ avis au gouvernement des dangers qu'elles pouvaient courir : par ces précautions il rendait impossibles le retour et le succès de la soudaine attacpie qui avait mis la ville de Calais au pouvoir des Espagnols. Manquant des fonds nécessaires pour compléter par des achats leur armement militaire et leurs moyens de défense, il usa d'industrie. Il tira des arsenaux de Clermont et des autres villes du centre, qui étaient à l'abri des attaques de l'ennemi, les poudres et les munitions qui appartenaient soit à l'Etat, soit en propre à ces villes, après avoir assigné le remboursement des dernières sur les deniers publics et les recettes des années suivantes : il envoya le tout dans les places de Picardie. Il veilla avec un soin pareil à la protection de la Champagne. Il fortifia partout les garnisons : il donna en outre aux villes et à la province pour leur défense un corps de deux mille hommes de pied et de quelques escadrons de cavalerie qui eurent ordre de tenir la campagne. Ce ne fut pas seulement à la sûreté de la frontière de Picardie et de Champagne, mais aussi à celle de la Provence, du Languedoc, de la Guyenne qu'il pourvut, préservant le territoire partout où l'Espagnol pouvait pénétrer. Informé qu'il avait des desseins sur les villes de Marseille, NarbonnC; Bayonne, il mit ces places à l'abri des insultes, là, comme dans le Nord, recourant aux expédients partout où les moyens ordinaires faisaient défaut. Par exemple, il augmenta l'artillerie de Bayonne de six canons tirés de Navarrens, qui pouvait se dessaisir de
» tributo uUo, negue prœsidio tam intra urbem quant in suburbiis » accepta. » Pour le reste, Solly, OEcon. roy., ch. 61, p. 201 A. — Davila, 1. XV, t. III, Supp., p. 77, 92. - P. Cayet, 1. IX, p. 758 B. - Bentivofflio, I. XX, t. IV, p. 69, 70.
208 LIV. V. CH. VI. l'armée ESPAGNOLE AFFAIBLIB, MORT DE DBR06NE
ces pièces en gardant le nécessaire pour sa défense *. Ces soins infinis du roi produisirent leurs effets. Partout où sa main put s'étendre, comme on le verra bientôt, il préserva nos villes de la conquête : la seule qui se perdit fut celle qui avait imprudemment repoussé les moyens de défense qu'il lui avait offerts. Les diversions auxcpielles se livrèrent nos ennemis, les pertes qu'ils subirent, lui vinrent en aide pour la défense de notre frontière contre l'Espagne, en attendant qu'il eût préparé les moyens de reprendre la lutte offensive contre cette puissance. L'archiduc Albert, après avoir mis Ardres et les aulres villes
* nouvellement conquises en état de repousi^er les insultes; après avoir pillé et dévasté toutes les campagnes du Boulenois, conduisit son armée contre les possessions hollandaises dans les Pays-Bas , et attaqua la forte ville de Hulst, dans le pays de Waês, au commencement du mois de juillet. Il prit la place le 18 août, mais après un siège long et meurtrier, où il dépensa des sommes énormes^ perdit cinq mille de ses plus braves soldats et soixante de ses meilleurs officiers. Affaiblie par ces morts , son armée fut hors d'état pour longtemps de rien entreprendre contre notre pays. Elle fit en même temps pour la conduite de la guerre, pour les grandes opérations, une perte aussi sensible, plus sensible peut-être. De Rosne fut tué à ce siège le 1" août. Le roi et la France furent délivrés de ce redoutable transfuge, dont l'audace, l'adresse, les combinaisons, les talents militaires, joints à la connaissance qu'il avait de l'état de nos villes, avaient fait presque toute la fortune des armes espagnoles depuis
• 1 De ces détails pour la défense des frontières, le premier !»eul est donné par les historiens contemporains, Davila, 1. XV, p. 77 ; les autres sont des faits nouveaux donnés exclusivement par les lettres missives du roi aux dates des 20 mai, 13 et 24 juin, k juillet 1596, tome IV, p. 586, 593, 594, 608, 615, 616.