CALCULS DE LORD BURGHLEY : A QUEL PRIX IL RECHERCHE LA PAIX
le plus critique de sa fortune, ne fût réduite à céder au roi catholique, avec les villes frontières tombées en son pouvoir, une partie de la Picardie et de la Bretagne ; ne subit un traité plus honteux et plus préjudiciable qu'aucun de ceux qu'elle avait consentis depuis le commencement de sa rivahté avec l'Espagne ^
Cette expression éclaircie, il faut relever et expliquer tout ce que ce passage contient de remarquable sur la situation. La Hollande se laissait entraîner à des offres hypocrites, à une paix trompeuse et d'un moment. L'Angleterre la recherchait, et pour l'obtenir se portait à d'étranges extrémités. D'une part, elle offrait de transporter au roi catholique Flessingue et la Brille, qui ne lui appartenaient pas, qu'elle ne tenait des Hollandais qu'en dépôt. Les deux villes étaient maritimes et d'une extrême importance. La Brille comptait alors parmi les plus fortes places des Provinces-Unies, et c'était là qu'avait été jeté le fondement de la république ; Flessingue était une des trois villes que Charles-Quint avait conseillé à son fils de conserver avec le plus de soin, comme rempart de sa domination dans les Pays-Bas. En livrant ces deux villes à Philippe H, l'Angleterre, même en supposant qu'elle fît comprendre actuellement les Hollandais dans le traité qu'elle poursuivait, les privait d'une partie de leur commerce et de leurs moyens de défense, les exposait aux manques de foi et aux vengeances de leur ancien maître, compromettait leur indépendance dans l'avenir. A Tégard «le la Hollande, les projets d^Elisabeth et de ses ministres
* Propositions faites à la Reyne par les sieurs de Bouillon et de Sancy, p. 1154. « Il faut que le roy estant occupé comme il est, laisse » perdre les meilleures places de son royaume, comme il a fait depuis » un an ; ou il faut^ malgré luy, qi/ii fasse la paix, quelque désuvan* » iageuse et dangereuse qu^elle luy puisse eslre. Tout homme qui aimera » son service et le salut de la France ne luy donnera pas d'autre » conseil. » Voir de plus le Discours de la Négociation, p. 1135 à la fin, 1136, 1140, 1141.
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étaient donc un abus de confiance condamnable et une grande imprudence. D'un autre côté, l'Angleterre, pour obtenir la paix, pour gagner Calais, Tobjet de sa convoitise, se proposait de séparer sa cause de celle delà France, d'abandonner son alliée au fort de son danger; de violer à son égard et la convention de 1593 qui imposait aux deux États de ne traiter avec l'Espagne que d'un mutuel consentement, et les engagements de janvier 1595, suivant lesquels l'Angleterre devait fournir à la France les plus puissants moyens de soutenir la guerre. A l'égard de la France, les rapports internationaux, la loi des alliances, le droit des gens étaient outrageusement violés. La responsabilité de ces calculs et de ces résolutions pèse moins sur Elisabeth que sur ses conseillers : les ambassadeurs français nous apprennent qu'elle cédait aux obsessions et à l'aveugle politique de lord Burghley . <& On » tient , disent-ils , que c'est le grand trésorier qui . la » nourrit en cette humeur , et en espérance de la paix » avec l'Espagne *. »
Mais tandis que la reine et ses ministres rêvaient et poursuivaient la paix avec Philippe II, ce prince préparait l'invasion de l'Angleterre, le détrônement d'Elisabeth. En donnant un libre cours à ses passions désordonnées, il se chargea de tirer la France du danger de se voir abandonnée de ses alliés au moment où elle avait le plus besoin de leur concours. Il n'avait accepté pour bonnes et pour loyales aucunes des réserves calculées d'Ellisabeth : il avait trouvé que pour ne lui avoir pas déclaré la guerre, elle ne la lui avait pas moins faite; qu'en prenant un biais pour le frapper , elle ne lui avait porté des coups ni moins rudes, ni moins sensibles, ni moins impardonnables. Depuis la destruction de l'Armada, il avait toute une suite de pertes ou de revers à venger sur son
* Advis sur la const. de TEstat d'Angleterre, p. 1174.