DE L'ANGLETERRE : SES DESSEINS ET SES ARMEMENTS CONTRE ELLE
hérétique ennemie et à la colère, à la haine religieuse, se joignait chez lui l'ambition. Son idée fixe, son constant projet comme père et comme roi , avait été d'empiéter pour l'infante Claire-Eugénie l'un des royaumes voisins, et de s'avancer ainsi lui-même d'un pas vers la monarchie universelle. Depuis qu'il avait forcément renoncé à l'usurpation de la France , après la destruction presque totale de la Ligue, il avait mis le va-tout de son ambition et de la fortune de sa fille sur la conquête de l'Angleterre ; avait projeté de chasser Elisabeth de ce trône, qu'il avait occupé lui-même, et d'y porter l'Infante. L'histoire jusqu'ici n'a pas assez mis en lumière ce dernier dessein, cette suprême tentative du démon du Midi, qui ne pouvait cesser de conspirer contre le repos et l'indépendance de ses voisins qu'en cessant de vivre. Les préparatifs faits par lui dans ce but étaient formidables, et se partageaient entre la défense et l'attaque. Il avait envoyé une escadre en Amérique pour protéger ses possessions et ses arrivages contre les attaques de Drak et de Hawkins , pour chercher et combattre les Anglais : cette escadre, commandée par Bernardin d'Avellameda , y arriva le 11 mars 1596 : une autre plus considérable, préparée à Cadix, devait bientôt la joindre. En même temps, il armait en guerre des vaisseaux dans tous ses ports, pour envahir l'Angleterre et l'Irlande. Il avait engagé dans ses projets les catholiques Anglais réfugiés en Flandre, qui devaient monter sur sa flotte, proclamer sa royauté au moment du débarquement de ses troupes sur le rivage d'Angleterre, provoquer la révolte partout où ils pourraient pénétrer. Il avait traité, au mois de janvier, avec les catholiques d'Irlande, le comte de Tirone, O'Donnel, O'Rorc, Mac-Villiams et autres rebelles, lesquels étaient convenus avec lui, que si, dans un temps préfix, il leur envoyait une assez puissante armée pour déu 45
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faire les Anglais, ilsjoindraient leurs troupes aux siennes; que si en attendant il leur fournissait des munitions de guerre, ils rejeteraient les conditions de paix que leur proposait le vice-roi. Le ministère anglais avait envoyé une armée en Irlande combattre les rebelles ; aux armements de Philippe H, il avait répondu en équipant une flotte, en se disposant à l'expédition de Cadix ^ Mais, comme on le verra bientôt, ses préparatifs étaient loin d'être complets, et il s'abusait étrangement sur les projets de Philippe n. n s'attendait de sa part à ces hostilités qu'une puissance entretient contre une autre puissance de vieille date et sans résultats décisifs, uniquement parce qu'elle est en guerre et pour l'acquit de son honneur, épiant et accueillant la première occasion favorable de conclure la paix. Les conseillers d'Elisabeth imaginaient l'obtenir de Philippe II en lui ofirant de se désister de l'invasion des côtes d'Espagne, de renoncer à leur alliance avec la France et la Hollande, de lui abandonner Flessingue et la Brille. Ils ne soupçonnaient et ne redoutaient ni une guerre à outrance de la part de Philippe II, ni un effort do la monarchie espagnole : leur illusion était complète. Ils poussaient si loin l'espoir de la paix, le détachement des intérêts et de TalUance de la France, que Sancy passé à Li^udres \xm\t les presser de secourir Calais, ayant réclamé l'assistance demandée, et plaidé l'union des deux Etats comme le gage de leur commim salut, n'avait reçu le 23 avril de lonl Bui^hley. chef du gouvernement, que ct^tto ivjHUîse : « Autrefois la reine et le roi étaient liés jvar la n*ligion : le roi ayant changé , le seul lien qui les unit maintenant est celui du voisinage, lien purement d'intérêt, et qui no dun^ qu'autant que les prince y trouvent leur avantiigo jKu-tioulier. » Pour marquer clairemont qu'il tnmviùt l'avantage de l'Angleterre attaché à
I C-aïudeu, |>ar$ IV « p. «59, 6<>i, «<>7.