‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 138 sur 344 · BURGHLBY ÉLUDE LA PROPOSITION DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

BURGHLBY ÉLUDE LA PROPOSITION DE LA LIGUE

mais les éludant. H persista dans son plan politique : l'esprit toujours tourné vers l'idée et l'espoir d'un accord avec Philippe II, il accueillit les ouvertures des ambassadeurs avec réserve et froideur. Il dit qu'il s'étonnait qu'on demandât par un traité à la reine de faire la guerre au roi catholique, lorsqu'elle la lui faisait depuis tant d'années sur terre et sur mer, en Europe et aux Indes. Il ajouta qu'elle était épuisée d'hommes et d'argent ; qu'elle devait réserver les forces restreintes qu'elle conservait encore pour étouffer les troubles d'Irlande, où elle avait avis de nouveau que Philippe devait faire descendre ses troupes au mois de mai. Enfin il mit en doute la sincérité de la France à tenir les nouveaux engagements qu'elle ofirait de prendre, en lui reprochant d'avoir souvent violé les anciens. C'était une allusion à la promesse faite aux Anglais de leur donner l'une des villes de nos côtes pour lieu de retraite, promesse sur laquelle il avait fallu revenir, lorsqu'on avait découvert leur dessein de convertir leur séjour en occupation, et qu'on avait vu éclater l'énergique opposition des gouverneurs et des États de Bretagne. Les fins de non-recevoir , par lesquelles lord Burghley accueillait leurs propositions, révoltèrent les ambassadeurs français. Sancy dit aux ministres anglais : ce Si » vous n'avez pas moyen de nous secourir, vous nous » ferez grand plaisir de nous le déclarer de bonne heure, » et le roi vous en aura quelque obligation ; car pour le ï> moins nous ne demeurerons pas ici inutileiùent, et Sa » Majesté avisera à pourvoir à ses affaires. » Pour le roi, pourvoir à ses affaires était traiter avec l'Espagne. Les autres ambassadeurs joignirent l'expression de leur mécontentement à celle de Sancy, en ajoutant qu'il ne leur restait plus qu'à prendre congé de la reine *.

* Discours de la négoc.^ p. H34-1136. — ProposiUons à la Reyne, premier écrit.

234 LIV. V. CR. vil. PROJET CAPTIEUX DB TRAITE MIS EN AVANT

AU milieu de la fermentation que la prise de Calais excitait à Londres, dans l'incertitude où restait le conseil d'Angleterre des déterminations que prendrait Philippe H, rompre d'une manière éclatante avec la France, pousser Henri à la paix avec l'Espagnol, était à la fois impolitique et impopulaire. Dans la séance du 11, lord Burghley travailla à ramener nos ambassadeurs par une concession , et à les séduire par les semblants d'un rapprochement et d'une intime union avec la France. En dehors de la conférence, l'un'de ses agent avait sondé nos négociateurs, après Calais perdu pour l'Angleterre comme pour la France, sur l'abandon de Boulogne, comme moyen de faciliter le traité entre les deux puissances. Burghley renonça à cette, prétention : il dit que si Ton avait fait aux ambassadeurs la demande de Boulogne, on avait eu grand tort; que les Anglais n'y avaient jamais songé, car ils devaient dépenser cent mille écus par an à la garde de cette place, dont la perte était inévitable pour eux plus tard. Abordant la grande question, la proposition des ambassadeurs , il fit lire par son tils un projet de traité. Dans ce projet, les mots de ligue offensive et défensive avec la France étaient portés ; mais ce n'étaient que des mots. En effet, pour l'offensive, il n'avait rien disposé, rien énoncé : pour la défensive, il réduisait, de six mille à trois mille hommes , le secours que l'Angleterre avait accordé à Charles IX, par le traité de 1572, et il rejetait l'envoi de ce secours au temps indéfini où les troubles d'Irlande seraient étouffés et où le comte d'Essex serait revenu de son expédition. Sur les vives réclamations de nos négociateurs, il colora et excusa la réserve où il se tenait du prétexte que l'Angleterre était menacée d'une paix du roi avec le roi d'Espagne ; que Henri lui avait écrit à lui-même, Burghley, qu'il était en traité; que la reine et ses conseillers manqueraient de toute pru-

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