‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 139 sur 344 · PAR BURGRLEY.'IL NE CHERCHE QU*A GAGNER DU TEMPS · texte numérisé non relu

PAR BURGRLEY.'IL NE CHERCHE QU*A GAGNER DU TEMPS

dence s'ik lui donnaient la facilité de faire cet accord plus avantageux à leurs dépens et par le moyen même de leurs forces. Il lui fut répondu que Henri, scrupuleux observateur de sa parole dans tous les pactes qu'il avait souscrits jusqu'alors, n'observerait pas moins exactement celui qui était actuellement proposé ; qu'entre traiter et être recherché de traiter, il y avait un abîme ; que le roi n'était pas entré en traité, et qu'il n'y entrerait que quand ses amis le laisseraient sans moyens de faire mieux. Le grand-trésorier refusa de dépasser la ligne qu'il s'était tracée, et quand on fit effort pour l'attirer au-delà, il se réfugia dans de vagues protestations sur les dispositions d'Elisabeth et de ses ministres à favoriser les affaires de France * . Ainsi il écartait toute agression contre Philippe II de moitié avec la France , répudiait la communauté de la guerre ouverte, bornait les hostilités contre l'Espagne à la guerre d'Irlande, qui n'était qu'une défense; aux préparatifs de l'expédition contre Cadix, qui n'étaient qu'une menace, et que le gouvernement anglais pouvait toujours arrêter. En même temps, il continuait à présenter au roi catholique l'avance et la séduction de l'abandon de La Brille et de Flessingue, et il tentait de l'intimider et de Tentrahier à un accord en lui montrant la perspective de la ligue projetée entre la France et l'Angleterre. Evidemment, il se tenait entre la France et l'Espagne, essayant de retenir l'une jusqu'à ce qu'il eût conclu et pactisé avec l'autre. Dès le lendemain, les faits survenus, les nouvelles apprises renversaient ces calculs et ces adresses.

* Discours de la négoc, p. 1137, 1140-1142. A la page 1140, les négociateurs français signalent les omissions calculées du projet de traité présenté par lord Burghley. « Par les articles que les ministres anglois n avoient remis, ils proposot'ent une ligue offensive^ et uéantmoins tV » n'estoit rien disposé de ce qui se feroil pour l'offensive; que le vray » effect de ceste ligue estoit pourtant d'attaquer Tennemy à forces » coojoinctesy avec une puissante armée. »

236 LIV. V. CH. vu. LES NOUVELLES REÇUES CONFONDENT CBS CALCULS.

Le dimanche 12 mai, un des espions qa'Elisabeih entretenait aux Pays-Bas, un Ecossais parti de Bruxelles vint informer le conseil d'Angleterre a que le roi d'Espagne devait faire une descente en Irlande ; que le pape avait de nouveau excommunié la reine et donné son Etat au roi d'Espagne; que le roi d'Espagne le voulait conquérir pour l'archiduc. » Le conquérir pour l'archiduc était le conquérir pour sa fille, dont le mariage avec l'archiduc Albert était dès lors arrêté. Ainsi s'évanouissaient toutes les illusions dont lord Burghley avait jusqu'alors bercé Elisabeth. Presqu'en même temps Bouillon et Sancy furent informés par une lettre de Devic que la garnison de La Fère, hors d'état de prolonger sa résistance, traitait déjà depuis quelques jours avec le roi de sa capitulation, et qu'on pouvait la considérer comme faite *. L'Espagnol était expulsé du cœur de la Picardie, de l'intérieur du royaume : les affaires du roi étaient relevées : son traité possible avec Philippe II devenait plus facile et moins onéreux. Dès lors la situation était complètement retournée : la France pouvait se soustraire à la guerre, et en rejeter tout le faix et tous les dangers sur l'Angleterre et la Hollande.

Bien instruits de ces circonstances, les négociateurs français remirent le 1 3 à la reine un écrit dans lequel ils réclamaient avec plus de force que jamais une ligue offensive et défensive entre la France et l'Angleterre, en fixaient les conditions, levaient les difficultés que les circonstances présentes pouvaient opposer à l'exécution, tiraient le traité des réticences et du vague calculés de lord Burghley. En ce qui touchait à l'offensive, ils de-

1 Discours de la négoc, p. 1141, 1142. — Lettre missiTe du 16 mai, l. IV, p. 581. On voit parcelle lettre que la capitulation de La Père déjà convenue depuis quelques jours, a été, après diverses remises, résolue et conclue le 16 mai. L'exécution fut remise à six jours.

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