TRAITÉ DU 24 MAI : LA LIGUE OFFENSIVE ET DÉFENSIVE SIGNÉE
avait été commencé. Peu auparavant elle leur avait promis d'autoriser les Hollandais à traiter et à se liguer avec la France. C'était l'opposé de ce que continuait à soutenir lord Burghley, lequel aflBrmait que TAngleterre ne permettrait jamais à la Hollande de rien contracter en son nom, de pactiser avec les puissances étrangères *. Ce désaccord semble indiquer que la politique de Burghley perdit un moment faveur auprès d'Elisabeth, et que la reine, au moins pendant quelque temps, fut favorablement disposée pour Henri, poiu^les principes de la ligue, pour la grande politique. Sur ces assurances et ces favorables démonstrations, les ambassadeurs français se rendirent à Londres, à l'effet de poursuivre et de conclure le traité. Du 20 au 23, l'instrument de l'acte fut rédigé en latin, et les clauses débattues entre les négociateurs français et les ministres anglais. Toutes les difficultés qui pouvaient en arrêter l'acceptation de part et d'autre étaient levées, ils le signèrent le 24 mai 1596, et la ligue offensive et défensive entre les deux puissances fut solennellement conclue *.
Le traité, compris en vingt-trois articles, porte des clauses successives dont les premières sont relatives à l'offensive, les autres à la défensive contre le roi d'Espagne, les dernières aux obligations réciproques du roi et de la reine. Voici les conditions principales, les stipulations les plus importantes :
n y aura ligue offensive et défensive entre le roi et la reine, contre le roi d'Espagne, ses royaumes et principautés. Les princes el États, qui ont à se défendre des machinations et invasions que le roi d'Es-
* Discours de la négoc, p. 1143-1146.
* Le traité porte à la fin qu'il fut signé le 14 mai, vieux style. « Dccimo quarto die maii^ anuo à nativitate Christi 1S96. » Ce qui correspond au 24 mai 1596, nouveau style. Mais il ne fut scellé et mis en état d'être délivré aux négociateurs des deux puissances que le 2B mai, comme le porte le Discours de la négociation, p. 1148.
240 LIV. V. CH. Vil. PRINCIPALES CLAUSES DU TRAITÉ.
pagne dirige contre tous ses voisins, seront invités â entrer dans la confédération par les ambassadeurs des puissances contractantes ^
Aussitôt que les affaires du roi et de la reine pourront le permettre, une grande armée sera mise sur pied : elle se composera des forces communes tant du roi et de la reine que de celles des souverains qui pourront entrer dans la confédération : elle attaquera le roi d*Espagne et envahira tous ses domaines. Le contingent de l'Angleterre sera de huit mille hommes, et celui de la France d'autant *.
Comme le roi d'Espagne attaque avec de grandes forces les provinces du roi de France, voisines de ses possessions belges, outre l'armée susmentionnée, la reine, aussitôt qu'il lui sera possible, lèvera et fournira au roi quatre mille fantassins anglais, qui serviront contre le roi d'Espagne en Picardie, en Normandie, et dans les localités voisines, pourvu que ces localités ne s'éloignent pas plus de cinquante lieues de Boulogne. Lorsque les troubles d'Irlande seront apaisés, et que le calme sera établi en Angleterre, la reine, sans y être obligée, pourra ajouter aux quatre mille hommes de secours qu'elle s'engage à fournir. Ces troupes seront soldées par la reine> mais le roi devra dans les six mois lui rembourser intégralement les sommes qu'elle aura dépensées '.
Ni le roi ni la reine ne pourront traiter d'aucune paix ni d'aucune trêve avec le roi d'Espagne, ses lieutenants et généraux^ sans le consentement l'un de l'autre, contenu dans des lettres signées de leur propre main *.
Le traité fut modifié par une convention secrète en ce qni concernait le secours que fournissait présentement Elisabeth. Pour donner de la réputation aux affaires du roi, et pour accréditer la ligue, le chiffre du secours resta
* Articles II, III, dans Dumont, Corps diplomatique, t. V, !'• partie, p. 525. Le texte du traité est en latin.
* Article IV. Le contingent de F Angleterre et celui de la France ne sont pas spécifiés dans le traité ; mais ils sont indiqués par Thistoriographe de France, Mezeray, sur des pièces qu'il avait vues. Il dit. Grand hist., p. 1183. « 11 estoit convenu : Que la reyne fourniroit au » roy 4(U)0 hommes levez à ses despens, et lorsque les mouvemetts » d'Irlande seraient appaisez, 8000 autres. »
3 Articles VIII, X, XI, XIV. La fin de ces articles s'explique par la circonstance qu'aux termes du traité de 1572, l'Angleterre s'était engagée à fournir six mille hommes de secours à Charles IX.
* Article V.