‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 143 sur 344 · ACCESSION DE LA HOLLANDE CONVENUE DÈS LORS, SIGNÉE PLUS TARD · texte numérisé non relu

ACCESSION DE LA HOLLANDE CONVENUE DÈS LORS, SIGNÉE PLUS TARD

fixé à quatre mille hommes dans le traité public ; mais d'après la conveutiou, il fut réduit à deux mille hommes *. La France faisait cette concession en considération du redoublement de haine et d'eflforls de la part de Philippe II auquel l'Angleterre allait se trouver exposée, et la reine , sans prendre d'engagement formel, promettait d'augmenter le secours dès qu'elle serait sortie du danger. Du jour où la ligue offensive et défensive fut signée entre les deux Etats, le gouvernement du roi compta et avec raison, sur l'accession de la Hollande. Pour repousser les offres d'un périlleux accommodement avec Philippe II, que leur apportaient les envoyés de l'empereur, et auxquels ils avaient un moment prêté l'oreille, les Hollandais 'n'avaient besoin que d'être autorisés par Elisabeth ^ s'allier avec Henri, et ils l'étaient maintenant ; et de trouver dans l'union des deux grandes puissances, la France et l'Angleterre, la garantie qu'ils seraient protégés contre les forces de l'Espagne^. L'accession effective de la Hollande à la ligue date donc du 24 mai, bien que son engagement écrit ne soit intervenu que quelques mois plus tard. Le traité fut conclu le 31 octobre 1596 ; la France et la Hollande jurèrent ensemble la ligue générale, et convinrent de plus des point particuliers qui suivent :

Au mois de mars 1597, Tarmée du roi très-chrétien se rendra sur lesf frontières de Picardie et d'Artois. L'armée des seigneurs États^

* Mémoire manuscrit de Villeroy, folio 5 verso. « Il fut faict deux » coDctratz^ Tun public, pour donner crédit et réputation à la ligue, » et l'autre secret, lequel détruisoit les promesses et effets du prew mier. » Au folio 8 recto, il fixe à 1800 hommes effectifs le nombre des soldats fournis par l'Angleterre pour le secours: il y avait sans doute 200 malades ou déserteurs.

' Du Yair, Ad vis sur le fait de la présente négociation. — De Thou, liv. CXVl. « On étoit sûr que les Etats-généraux, voyant que l'union » de ces deux grandes puissances étoit capable de les mettre à l'abri » des forces de l'Espagne, ne voudroient plus prêter l'oreille aux pro- » positions de paix que l'Empereur leur faisoit faire. »

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laquelle sera de sept à huil mille hommes d*infant6rie et de quinze cents chevaux, avec les équipages et artillerie convenables, se rendra de son côté au lieu et temps dont le duc de Bouillon et le prince Maurice seront convenus. On délibérera alors, et l'on résoudra d'un avis commun sur ce que Ton aura à entreprendre avec les deux armées, pour attaquer l'ennemi commun.

En outre, pour l'année 1597, les seigneurs États des Provinces- Unies porteront à quatre mille hommes d'infanterie le secours qu'ib ont récemment fourni- au roi, consistant dans les régiments commandée par les sieurs de la Noue et de Rignac. Les États promettent de remettre la somme de. 450,000 livres, payables mois par mois, pour la solde de ce corps de quatre mille hommes.

Réciproquement, le roi sera tenu d'envoyer aux Etats quatre mille hommes de pied et mille chevaux, quand il en sera prié par eux, et quand ses affaires le lui permettront *.

La suite des événements demande que les termes de ces deux traités soient bien précisés. L'engagement entre les puissances contractantes était réciproque, le contrat synallagmatique. Le roi était obligé envers l'Angleterre, et par suite envers la Hollande , à ne conclure sans leur consentement aucune paix, aucune trêve avec le roi d'Espagne. Mais son engagement était rompu, à l'égard de l'Angleterre, du moment où Elisabeth ne fournissait pas, outre le secours de deux mille hommes, le contingent de troupes convenu pour faire la grande armée qui devajt attaquer Philippe II dans tous ses domaines et dans les villes qu'il avait récemment enlevées à la France, devenues son domaine. Le roi était relevé de son engagement à l'égard de la Hollande, si les Etats-généraux négligeaient de lui envoyer les neuf mille cinq cents hommes

1 Dûment, Corps diplomatique, p. 531-534, 538, 539, articles III, IV, du traité. La ligue offensive et défensive entre la France et l'Angleterre, fut convenue et arrêtée le 24 mai 1596 : elle fut signée par le roi (le France le 29 août. Los États des Proviuces-unies y accédèrent le 3i octobre : le roi ratifia les conventions faites avec eux au mois de janvier 1597. Mais bien avant que toutes ces lenteurs de la diplomatie fussent épuisées, et dès la fin du mois de juin 1596, les confédérés firent un mal infini au roi d'Espagne.

PARLETaAITB: LEUR INEXÉCUTION LIBERERA LA FRANCE DES SIENNES. 243

destinés à la même attaque, à la même guerre. Au moment même où les ambassadeurs de Henri signaient ces traités, ils prévoyaient le cas où nos aUiés n'observeraient pas les clauses de la ligue, et prétendraient cependant contraindre le roi à l'observer, abusant contre lui de sa parole. Ils déclaraient Henri dégagé dès lors de ses promesses. Ils fixaient en même temps la mesure dans laquelle le traité devait être légitimement observé, et établissaient les vrais principes , en matière de pactes et de ligues. «Le roi, disent-ils, est moins obligé, par ce traité, à la continuation de la guerre, qu'il ne l'était auparavant; car le roi ef la reine d'Angleterre avaient, dès l'an 1593, promis purement et simplement l'un à l'autre de ne point faire la paix ni d'accord avec le roi d'Espagne, sans le consentement l'un de l'autre. Par ce traité, cette première obligation est tacitement innovée, et mise en coiidition de r exécution de la ligue offensive. » Les ambassadeurs entrent ensuite dans la supposition où nos alliés ne rempliraient pas les engagements auxquels les oblige cette ligue, non seulement en ce qui concerne les secours, mais en ce qui regarde l'armement général, et ils déclarent que le roi pourra dès lors traiter avec l'Espagne, s'il y est contraint par la nécessité ou invité par l'intérêt de son peuple. Hs terminent par cette réflexion : a H ne s'est jamais fait ligue qui ait empêché ses confédérés, quelques clauses qu'il y ait eues, de pourvoir à leur salut, quand la nécessité les y a conviés , n'étant les confédérations faites pour ruiner y mais pour sauver les Etats qui y entrent) et nul prince n'estime pouvoir légitimement obliger son Etat à la ruine ^. »

Les historiens et les hommes d'Etat contemporains, ont

* Du Vair, Advis sur le fait de la présente négociation, p. 1169. L'orthographe du temps n*est reproduite ni dans ce passage ni dans celui qu'on trouvera cité plus bas.

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