‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 145 sur 344 · GRANDS AVANTAGES QU'ELLE EN RETIRE D*UN AUTRE COTÉ · texte numérisé non relu

GRANDS AVANTAGES QU'ELLE EN RETIRE D*UN AUTRE COTÉ

La réputation des affaires du roi s'est relevée parmi les étrangers, lesquels ordinairement n'affermissent que ce qu'ils estiment déjà fort et capable de se défendre ^

Tek furent les avantages que la politique du roi, l'intelligence et la fermeté de ses ambassadeurs, profitant habilement de l'ambition et de la haine de Philippe U, de ses nouveaux projets contre l'Angleterre, assurèrent à la France par le traité du 24 mai 1596. Dans le cours des deux années suivantes, ce traité exerça sur nos affaires une influence qui, sans être souveraine ni décisive, fut pourtant favorable. L'Espagne ayant à faire tète à la fois à la France, à l'Angleterre, à la Hollande, fut obligée de partager ses forces pour repousser leur attaque, sinon combinée, au moins partielle et simultanée. L'Angleterre et la Hollande fournirent à Henri des secours qui bien que restreints, insufiisants poiur décider l'événement, aidèrent cependant la France à traverser la crise où elle était engagée, et qui bientôt s'aggrava encore.

Dès que la ligue offensive eut été signée à Londres,, et que l'Angleterre eut autorisée la Hollande à y accéder, les Anglais et les Hollandais, animés d'une nouvelle ardeur, d'une nouvelle audace , commencèrent contre Philippe H, sinon la grande guerre, au moins l'attaque dans ses foyers, que jusque là ils n'avaient osé visiter en armes, et firent une diversion, dont il ne faut ni diminuer ni exagérer l'iniportance. Elisabeth envoya d'abord dans tous les ports de l'Espagne et du Portugal sa déclaration solennelle de guerre à Philippe H , ce qui fut suivi du départ des marchands étrangers. Elle ordonna ensuite aux vaisseaux équipés dans les divers ports de son royaume, de se réunir dans celui de Plymouth, où ils fiurent ralliés bientôt par vingt-quatre voiles hollandaises. La flotte combinée d'Angleterre et de Hollande, forte de

^ Du Vair, Advis sur la présente négociation, p. 1168, 1169.

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cent cinquante vaisseaux, fut mise sous le commandement de l'amiral Howard, et Tannée expéditionnaire sous celui du comte d'Essex *. Hles parurent en rade de Cadix à la fin du mois 4e juin 1596. Âpres un combat acharné livré dans le port le 1®' juillet, Essex jeta le lendemain sur la côte ses troupes de débarquement, prit Cadix, tua tous les Espagnols trouvés les armes à la main, contraignit la garnison et les citoyens réfiigiés dans la citadelle à mettre bas les armes; pilla la ville, força les habitants à racheter leurs vies d'une somme de 120,000 ducats et à livrer quarante otages qui furent emmenés en Angleterre ; réduisit peu après le gouverneur de la province Medina-Sidonia à incendier la flotte militaire et marchande de l'Espagne. Les Espagnols perdirent en cette occasion deux galions où l'on avait embarqué cent canons de fonte verte ; treize vaisseaux de guerre ; treize bâtiments de transport, lesquels avaient été préparés pour l'expédition contre l'Angleterre, et où se trouvaient entassés les lingots venus d'Amérique et les produits des impôts d'une partie de l'Espagne, des armes pour cinq ou six mille hommes, des munitions de guerre; enfin onze navires équipés pour les Indes, en tout trente- neuf vaisseaux appartenant au roi. Les navires marchands qui étaient retirés dans le canal, et que Medina-Sidonia ordonna d'incendier, montaient à trente-deux. Ils étaient chargés de denrées d'un prix inestimable, pour le rachat desquelles les m^chands avaient composé avec les

1 Pour le texte de la déclaration de guerre qu'Elisabeth n'avait jusque là jamais voulu faire à Philippe II, voir P. Cayet, 1. VIII, p. 743. (( Les deux généraux firent une déclaration des causes qui I) avaient meu leur royne de la dresser, laquelle fut imprimée en fran- » çois, anglois, flamand, espagnol, latin et italien... Geste déclaration » fut envoyée en divers ports d'Espagne et de Portugal. » — Pour la force de la flotte d'Angleterre et de Hollande, voir Rapin de Thoyras, 1. XVII, t. VU, p. 487.

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