BAVAGE DR L'ARTOIS PAR LES FRANÇAIS : TROIS INCURSIONS
peine d'être pris. Dans la seconde expédition, six chefs, parmi lesquels le comte de Saint-Paul, gouverneur de Picardie, et Saint-Luc, joignirent leurs troupes à celles du maréchal etformèrent une petite armée *. Biron, après avoir défait les Espagnols dans une nouvelle rencontre, dévasta les environs de Bapaume, Benvilliers, Courcelles, Béthune, Thérouanne. Par ordre de l'archiduc Albert, huit mille sol(lats tirés des garnisons voisines et de l'armée qui avait servi au siège de Hulst, se réunirent sous les ordres du duc d'Arscot pour défendre l'Artois, mais ils n'y parvinrent, pas. Tandis qu'ils se portaient et campaient dans le comté de Saint-Paul, Biron envahissait l'Artois par un autre côté, et dans sa troisième incursion désolait le pays jusqu'aux environs de Douai *. ia dévastation du Boulenois par l'archiduc AUiert avait provoqué de terribles représailles : les Français les exercèrent dans toute leur rigueur. Ils incendièrent beaucoup de localités, surtout celles où ils trouvèrent de la résistance. Ils pillèrent les viUés sans défense , mirent les villages et les bourgs à contribution, enlevèrent les blés, le bétail, les draps produits des maou&ctures du pays, et ramenèrent tout ce butin avec une foule de prisonniers en Picardie,
' La Relation contemporaine dans P. Gayet, 1. VIII, p. 741-743. — Les secrétaires de Sully, dans les CEcon. roy., ch. 63, t. I, p. 205 A; induisent en erreur quand ils placent la tentative pour surprendre Arras à la fin de Tan 1596, et pendant les incursions de Biron en Artois. La tentative contre Arras eut lieu, non à la fin de 1596, mais le 26 mars 1597, pendant le commencement du siège d'Amiens. C'est ce dont témoignent Meteren, hist. des Pays-Bas, 1. XIX, fol. 409, recto, et les Lettres Missives du roi. i:e qui a trompé les secréteires de Sully, c*est que d'Aubigné a parlé deux fois de la tentative contre Arras, une première fois, en 1596, par avance; une seconde fois à sa vraie date de mars 1597 : les secrétaires n'ont consulté que le premier passage de d'Aubigné.
« P. Gayet, 1. VIU, p. 741-743. - Sully, CEcon. roy., ch. 63, t. I, p. 205 A.
250 LIV. V. CIÎ. vil. PHILIPPE TENTE L'INVASION DE L^ANGLETERHE .
Les pertes des Espagnols furent énormes, et vinrent se joindre à celles que la prise de Cadix leur avait occasionnées.
Certes depuis la conclusion de la ligue offensive, la guerre d'incursions s'était faite avec toute la vigueur, toute l'àpreté imaginables. Cette guerre ne décidait rien, comme l'avait jugé Henri IV, comme l'avaient anuoucé ses ambassadeurs. Les attaques de Philippe II ne pouvaient être prévenues dans leur retour, sa puissance ne pouvait être foncièrement abaissée que pair la grande guerre, entreprise avec les armées réunies des coalisés, et portée en Espagne, portée encore dans les Pays-Bas, d'où il menaçait sans cesse la Fraiice , l'Angleterre et la Hollande. Les événements de la fin de 1 596 fournirent une première preuve de cette vérité. Tandis qu'Elisabeth et ses ministi'es s'imaginaient que Philippe, courbé sous les coups, abattu par les pertes qui l'avaient atteint à Cadix et en Artois, était hors d'état d'agir contre eux, il préparait une éclatante vengeance, et une invasion en Angleterre. Entre les mois d'août et d'octobre, il rassembla les vaisseaux qui lui restaient, en fréta un grand nombre d'étrangers, et disposa d'une flotte que les contemporains qualifient de formidable. Il se concerta avec les chefs rebelles d'Irlande , pour soulever en même temps ce pays, et se trouva en mesure d'attaquer à la fois Elisabeth sur terre et sur mer. A supposer même qu'il ne put emprunter aucun corps d'élite aux vieilles bandes rassemblées dans les Pays-Bas sous les ordres d'Albert, son armée de débarquement trouvait un point d'appui solide, une aide puissante dans Calais conquis par lui. Un sérieux danger, que la guerre continentale aurait prévenu, menaça donc l'Angleterre. Un accident, un hasard heureux, te conjura , il est vrai ; mais , dans une sage politique , on