‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 148 sur 344 · ÉPUISEMENT DE L^ESPAGNE ET DU TRÉSOR DE PHILIPPE · texte numérisé non relu

ÉPUISEMENT DE L^ESPAGNE ET DU TRÉSOR DE PHILIPPE

compte sur des combinaisons ayant des effets certains, et non sur des hasards. La grande flotte espagnole partit de Lisbonne, se rendit au Ferrol pour embarquer les troupes de terre, et de là prit la route d'Angleterre. Mais une furieuse tempête l'assaillit, le 27 octobre, à la hauteur de Viana-del-Minho, brisa quarante vaisseaux, dispersa le reste, noya une multitude de soldats, réduisit tout cet armement à l'inaction et à l'impuissance pour le reste de la campagne * .

Aux pertes que Philippe II avait essuyées à Cadix et dans l'Artois, venait s'ajouter ce dommage. Les dépenses immenses qu'il avait faites pour cet armement naval étaient perdues : il fallait en subir de nouvelles pour combler les vides delà flotte, sans songer à en couvrir les frais par des sacrifices imposés à ses sujets , car l'excès des impôts était arrivé à son comble. L'épuisement de ses finances, l'épuisement de l'Espagne se révélèrent alors, et il n'y remédia que par un honteux expédient. Renouvelant son manque de foi de 1575, il fit une seconde banqueroute le 20 novembre 1596. 11 annonça qu'il cessait de payer les sommes qui lui avaient été prêtées par les banquiers d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, des Pays-Bas ; qu'il leur ôtait de plus le gage de leurs créances en leur retirant les produits des domaines royaux sur lesquels leurs créances avaient été assignées, en septembre 1575 et décembre 1577; en déclarant que les deniers provenant de ces revenus seraient désormais versés dans ses coffres. Il

1 Camden, part. IV, p. 676, 677. — Rapin deThoyras,!. XVII, t. Vil, p. 491. — Ferreras, XV» partie, t. X, seconde moitié, p. 106. — Lettres miss, à la date du 26 octobre 1596, t. IV, p. 654. Cette lettre indique clairement de quel danger Elisabeth est menacée de la part de VËépagne en Irlande depuis quelques mois. « Madame, voslre am- » bassadcur m'a dict ce qui vous est survenu en Irlande. Croyés que M la malice de nostre ennemy est si grande et si obstinée, qu'il ne » cessera de troubler nos Estais, tant qu'il vivra. »

SSS UT. Y. CH« VU. SECONDE BANQUElAXJTE DE PHILIPPE II.

les frustrait à la fois du capital et des intérêts. Ce vol, qui ruina une partie des maisons de banque de l'Europe, lui rendait la jouissance de ses revenus. Les fonds qu'il se procura ainsi lui donnèrent les moyens d'équiper Tannée suivante une nouvelle flotte contre l'Angleterre. Mais ils étaient loin de suffire à la totalité de s^s charges, et comme il perdit tout crédit, il se trouva sans ressources pour faire face aux autres dépenses publiques, et pour payer les armées de terre. L'archiduc Albert, laissé par lui sans argent, vit ses lettres de change protestées, et fut réduit pendant quatre mois à une entière inaction ^

» Thuanu3, 1. CXVII, § 11, t. V, p. 651. — P. Gayet, 1. VIII, p. 746. « Lesquelles assi^ations baillées sur tous et quelconques de ses do- » maiues, il tenoit en suspens et youloit que les marchands n'en »> pussent jouir et les recevoir, aius que les deniers qui en procéde- )> roient seroient remis en ses coffres, et que tous contracts d'intérêts » cessassent.»

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