IL V18ITB QUATRE GÉNÉRALITÉS : SOMMES QU*1L RAMASSE. S
tilre quelconque sur les divers impôts avant qu'ils fussent versés dans les caisses du roi : il sut, par exemple, que les intérêts de telle dette étaient pris d'avance sur les gabelles , et que telle pension était acquittée d'avance aussi sur les aides. Ces anticipations étaient la cause de la moitié au moins des désordres, comme nous le verrons bientôt. Il possédait dès lors les documents nécessaires pour établir les principes d'une réforme financière. Il s'occupa en même temps de ramasser les sommes dont Henri avait un si pressant besoin. Il n'examina les comptes que de quatre généralités pendant quatre ans et l'année courante : parmi les innombrables articles de dépense, il n'apura que ce qui concernait les assignations pour de vieilles dettes, le remboursement de prêts, les arrérages de gages, les rentes et pensions à des gens obscurs et indignes, les rescriptions en blanc ou sous des noms supposés. Et sur ces seuls articles, soit en refusant le paiement, soit en exigeant le remboursement, toutes les fois qu'il n'y avait pas titre sufiBsant , ou qu'il y avait fraude manifeste, il rassembla 500,000 écus, c'estàdire, 1,500,000 livres du temps (environ 5,490,000 francs d'aujourd'hui). Il plaça ces sommes sur soixante-dix charrettes , et les conduisit à Rouen, où se tenait alors l'assemblée des Notables.
Si un sévère examen des titres et une comptabilité régulière s'établissaient dans les finances, dès lors la source des grâces pour les pensionnaires abusifs , et des gains illicites et énormes pour les financiers, était tarie. Us firent donc d'incroyables efforts pour perdre Rospy sur sa première démarche. Pendant son absence, ils publièrent qu'il avait usé de ses pouvoirs avec une t}n:annie qui rendait le roi odieux; qu'il avait rempli les prisons des officiers et des commis des finances; que par un raffinement de cruauté et d'insolence, il traînait à sa suite cinquante Il il
858 LIT. y. CH. vni. vains efforts faits pour perdre rosny.
des principaux d'entre eux enchaînés. Ils ajoutaient qne Taisent ramassé par Rosny était le produit des plus violentes exactions exercées sur le peuple ; que ces rigueurs n'auraient même pas le mérite de soulager le roi niFEtat, puisque les sommes dont Rosny remplissait le trésor avec tant de peine étant celles-là même sur lesquelles étaient assignéesles pensions desprinces du sang, du connétable et des autres grands officiers de la couronne, de la foule de ceux qui s'étaient déclarés poiur le roi, surtout dans les derniers temps, ce prince serait réduit ou à rendre d'une main ce qu'il recevrait de l'autre, ou à s'exposer à un mécontentement général, et peut-être à une dangereuse défection. Les financiers espéraient faire condamner Rosny avant qu'il fût entendu, et ils soulevèrent tant de clameurs contre lui qu'ils ébranlèrent le roi. Toutefois Henri s'arrêta, heureusement pour la France, à la résolution d'examiner, et à la première explication avec Rosny, il se convainquit que toutes les allégations de ses ennemis étaient autant d'impostures. Rattus sur ce terrain , les financiers et les courtisans se placèrent aussitôt sur un autre pour continuer leurs attaques. Ils tentèrent d'épuiser en quelques jours les sommes apportées par Rosny, de telle sorte qu'il ne restât ni à ce fidèle serviteur le mérite d'avoir secouru le roi dans ses nécessités, ni à Henri les ressources nécessaires pour tenir tête à l'étranger et au parti aristocratique. Ceux qui étaient chargés de la solde des Suisses rédamaient 30,000 écus, quand ils en avaient 10,000 seulement à payer. Une nuée de créanciers de l'État prétendaient être remboursés immédiatement sur l'argent voiture h Rouen, dont il ne serait pas resté un seul denier. Enfin les agents de l'Épargne ou Trésor osaient bien nier une partie des sommes versées par Rosny entre leurs mains ; le contrôleur général tenta de soustraire par ce moyen 90,000 écus ou 270,000 livres du temps. Rosny