INCAPACITÉ, COURTE DURRE, FIN DU CONSEIL DE RAISON
mais à un rabais qui les déconcerta. Les pensionnaires de rÉtat les pressaient de leurs demandes, et ne parlaient que par millions à des gens qui n'avaient pas encore recouvré une obole. Aigris par le chagrin et le dépit, ils s'accusèrent bientôt réciproquement d'ignorance et de précipitation, et leur mésintelligence hâta la dissolution du Conseil. A bout de toute industrie, et succombant sous le faix, ils vinrent trouver le roi, confessèrent qu'ils avaient eu grand tort d'aspirer à gouverner l'Etat, et le supplièrent de reprendre et le maniement de tous les deniers publics, et l'autorité qu'ils lui avaient enlevée ^ Ainsi, se termina l'important, mais court démembrement des prérogatives royales : la couronne recouvra et exerça dès- " lors la plénitude des pouvoirs publics.
Le gouvernement représentatif successivement développé et perfectionné par le temps, comporte aujourd'hui dans sa plénitude le partage nettement établi des pouvoirs législatif et exécutif,rexistenceet le jeu de deux chambres, la convocation périodique des représentants de la nation, le vote annuel de l'impôt, la discussion libre et publique de tout ce qui touche aux grands intérêts du pays. Que Henri IV et les Notables assemblés à Rouen, aient tenté, à la fin du xvi* siècle, d'établir un semblable gouvernement en France, alors qu'il n'existait nulle part en Europe, dans cette plénitude et cette perfection, c'est ce qui ne viendra à l'idée de personne. Mais, d'un autre côté, il faut ou nier l'évidence, ou reconnaître que deux grandes choses s'accomplirent à l'assemblée de Rouen. D'une part, le roi inaugura et commença le changement foncier qu'il avait résolu d'apporter au goiïvernenient de ses prédécesseurs, par un retour aux anciennes institutions du pays. D'une autre, une sérieuse tentative fut faite par
• « Sully, CEcoD. roy., ch. 73, p 245.
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les Notables, alors fidëks encore auxndées saiiies et fmrtiques, ponr perfectioiuier ces institutions, pour les développer dans le sens de la liberté. Henri était convainca, par lexemple des derniers Valois, que Fabsolutisme dégé* nérait vite ; que dans sa corruption il devenait la pire des institutions politiques, le fléau de la nation en même temps que le grand danger de la couronne : il était persuadé de plus qu'avec des agents d'administration formés sous un semblable régime^ une réforme et l'établissement d*un bon gouvernement présentaient de telles difficultés, qu'un homme, abandonné à ses seules lumières et à son seul pouvoir, pouvait craindre d'échouer. Le roi résdut ' donc de substituer la monarchie tempérée, demeurée en vigueur jusqu*à la mort de Charles YII, à la monarchie absolue établie par François P' et Henri II, poussée jusqu'à la tyrannie sous Charles IX par le massacrç des huguenots; sous Henri III, par une dilapidation des finances, une prostitution des charges et honneurs publics également monstrueuses. La différence essentielle entre la monarchie tempérée et l'absolutisme réside dans la faculté laissée ou ôtée à la nation de voter les impôts, le pouvoir ne pouvant se rendre arbitraire, tant qu'il n'a pas la libre disposition de la fortune publique. Comines témoin de ce qui s'était pratiqué sous Charles VII, et plein des maximes de ce temps, a dit d'une manière excellente : c n n'y a ni roi ni seigneur en terre, qui ait » pouvoir, outre son domaine, de mettre un denier sur » ses sujets, sans octroi et consentement de ceux qui » doivent payer, sinon par tyrannie ot violence *. » Henri partageait ces idées :i\ en fit la première application à l'assemblée des Notables, et rétablit dans son principe essentiel la monarchie tempérée. Il laissa les Notables décider souverainement du nouvel impôt du droit d'entrée, 1 Mémoires de P. de Comines, ch. 19, l. IV, p. iSi, coUect. Micbaud.