LE ROI LES RELÈVE DANS SA DÉPÊCHE DU 7 MARS
leur ennemi. Clément YIII lui avait répondu (pi'il n'était pas tenu de tenir la parole donnée à des hérétiques ; et que les princes trouvaient dans la raison d'État l'excuse ou même le droit de violer leurs engagements. D'Ossat, sans rien laisser paraître de son étonnement et de son scandale, sans sortir de son rôle d'intermédiaire impassible^ s'était hâté d'informer le roi des propositions de Philippe II , et de l'accueil que leur faisait le pape *. Dans la dépêche que Henri adressa le 7 mars 1597, à d'Ossat, pour être communiquée au pontife , tout en usant à son égard de précautions et de ménagements infinis , il releva les erreurs de sa politique, les écarts de sa morale, avec une force sans réplique. Il écrivit à son chargé d'affaires :
a Je donnerai ici la réponse aux propos que notre Saint-Père a tenus d'une suspension d*armes avec le roi d'Espagne, et à ceux du cardinal de Saint-Georges.
» Je TOUS dirai que commeje n'envie point le bien d'autnii et ne fais la guerre que pour recouvrer celui qui m'appartient, il ne faut user d'autres raisons^ pour me disposer à la paix, que de persuader à mon ennemi de me rendre et laisser ce qu'il a usurpé sur moi, et me détient injustement. Partant, si Sa Sainteté peut gagner ce point sur lui, qui est accompagné de tant de justice, qu'il me semble qu'elle n'en doit être éconduite, vous la pourrez assurer qu'elle disposera toujours de moi comme elle voudra, pour mettre en paix la Chrétienté; car je lui porte tant d'honneur et de respect, et ai si avant
1 Lettres 96 98, du cardinal d'Ossat, alors évéque de Rennes, en date des !•', 9, 18 février 1597, rendant compte de ses conférences avec Clément VIII du 17 au 31 janvier, t. H, p. 357-393, Amsterdam, 1708, in- 12. « Je dis à Sa Saincteté que le Roy qui faisoit particulière profession » de tenir sa parole, ne pourroit sit<St se développer de cette alliance, » qui ne faisoit que venir d'être renouvelée et jurée. Le pape me dit » que ce serment avoit été fait à une hérétique, et que Sa Majesté » avoit fait un autre premier serment à Dieu et ii lui pape. Et puis ajouta » ce qu'il m*avoit dit en l'audience précédente que les rois et autres » princes souverains se permettoient toutes choses qui tournoient a )) leur profit, et que la chose en étoit venue si avant qu'on ne le leur » imputoit point, et ne leur en savoit-on pas mauvais gré. Et allégua
300 UV. V. CH. X. ELCTATIOH ET LOTAITÊ DS SA POUIIQITE.
éprovfé abieofôHaiiee, ifoe non sealemeat je me fieni ém Umt en elle, mais me Uisseni coodoire entièrement â ses bons consmls.
» Vrai est que j*ai si bonne opinion de son éqnaninûté el prudence, qoe je ne croirai jamais qu'elle me conseille d'abandonner k mon ennemi, oatré d'ambition, mes places et mes amis, comme je ferais par one suspension d'armes telle qu'elle a été ptopooée ; e« elle ne servirait que pour lui EMiliter le moyen de me nuire et par- Tenir à la monarchie qn'û s'est figurée, et je n'en rapporterais qoe honte et dommage. J'ai encore, grices à Dieu, asseï de forœs, de courage et d'amis, foire trop de moyen de me défendre de mon ennemi et l'oidommager, pour accepter ce parti.
B J'ai de nouTcau engagé ma foi et promis à Im reine ^Am§UUm et aux EtëU de$ prooinces-'unies des Pa^fs-Bas de joindre met fpreee aux leuri, pour tou$ ensemble nous opposer à lu fdolenee dee armes du roi d^ Espagne. Comment pourrais-je traiter avec lui i leur dommage, suivant la proposition qui tous a été faite, mais seulement défaillir d'un seul point à ce que je leur ai promis , sans manquer i mon devoir, et k ma foi, et â mes propres affaires? Je ne sache point que l'on sçut trouver de prétexte assez suffisant pour colorer une telle lâcheté et perfidie ; mais quand il serait autrement, j'aimerais mieux perdre la vie que de m'en aider. J'ai toujours eu, en mes propres affaires, plus de fiance en Dieu qu'en la force et industrie des hommes; dontjemesuis très-bien trouvé. Et comme sa justice divine est infaillible, je ne croirai jamais qu'elle favorise une déloyauté si manifeste que celle que je commettrais , si j'abandonnais maintenant mes amis et alliés pour accommoder mes affaires.
p Davantage tant s'en faut que j'en reçusse aucun profit, que j'en avancerais ma ruine, et filerais la corde avec laquelle les Espagnols m'étrangleraient après plus facilement. Car s'ils avaient conquis l'Angle-
» uu dire de Francisco Maria, duc d'Urbin, qui vouloit dire lîue si un » simple gentilhomme ou seigneur non souverain manquoit à sa parole, » il en seroit deshonoré et blâmé d'un chacun^ mais que les princes » tsouverains^ pour raison d'Etat, pouvoiont sans autre grand blAme, » faire des traitez et s'en départir, prendre des alliances et les laisser, » mentir, trahir, et toutes telles autres choses. Je n*avois que trop à » répliquera tout cela; mais je u'eslimai me devoir arrêter en uu » lieu si glissant et sentant si mal.... Encore que le pape n'ait aucune » mauvaise affectiou envers le Roy, ni aucun amour vers le Roy d'Es- » pagne et que d'ailleurs il ait l'àine bonne, néanmoins la haine quMl )» porte aux hérétiques le transporte si avant, qu'il se laisse échapper » de la bouche, bien que sous le nom d'autrui , à des maximes pemi- » cicuses et indigues de tout homme de bien. »