‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 188 sur 344 · ETAT DBS SOLDATS DANS LES GARNISONS ET AUTOUR I)*AMIENS · texte numérisé non relu

ETAT DBS SOLDATS DANS LES GARNISONS ET AUTOUR I)*AMIENS

de se dissoudre. On en jugera par quelques passages de ses lettres au connétable. En ce qui concerne les garnisons, il dit : a Les gens de guerre n'ont reçu payement il y a plus 1» de cinq mois, et je vous dirai que je suis plus étonné » comment ils vivent et servent à ce prix, que je n'ai » occasion de me plaindre d'eux pour leur indiscipline. » En ce qui regarde les troupes qui se rassemblent en armée aux environs d'Amiens, il ajoute : « Vous savez » que sans argent, sans pain, sans canons, sans munitions 9 de guerre, il est difficile de conserver une armée, ni

» d'en tirer service. J'en suis là réduit Faites je vous

» prie, mon cousin , avec ceux de mon Conseil , que je » sois secouru promptement , et que le troisième mois de » mon armée ne soit retranché , pour ma bienvenue en » icelle *. » Cette situation, il la changea; ces difficultés, qui semblaient insurmontables, il les leva toutes en quelcjues jours. A force d'injonctions adressées aux gouverneurs des provinces et des villes du centre; à force d'instances auprès du connétable et du Conseil d'État et des finances, il reçut, le 19 mars, un renfort considérable de gens de pied et de cheval, et les premiers fonds venus de Paris *. Il distribua sans retard cet argent aux troupes réparties dans les diverses villes de Picardie , les satisfit d'une partie de leur solde arriérée, les décida à rester dans leurs garnisons. Le 24 mars, il reçut à son camp d'Hangest les munitions, les vivres, les commissaires des vivres qu'amenait d'Escures. Il assura aussitôt les subsistances des hommes et des chevaux, établit ses maga-

* Lettres au connétable, des !9 et Î4 mars, t. IV, p. 710, 7!7, 718.

* Lettre da 19 mars, p. 708. « Toutes les compagnies de gens de » pied et de cheval que j*ay mandées commencent à arriver et s'as- » sembler aux rendes vous que je leur ay donnez.... Vous ne m'avés » envoyé que dix mil escuz pour payer la cavalerie légère gui est aux » garnisons. Je vous prie de nous faire tenir encores trois mil escuz » pour le parfaict de ladicte monstre, »

32â LIV.V. CH. X. EFFROI DES POPULATIONS. HENRI REMÉDIE A TOUT.

sinsà Abbeville, Corbie, Péronne, Montdidier, et sa vigilance, qui s'étendait aux moindres détails, ordonna de diriger par la Seine et l'Oise les avoines nécessaires à la subsistance de la cavalerie ^ Du 24 au 31, il pressa et obtint l'envoi de nouvelles sommes de deniers, acquitta la solde de l'armée réunie près d'Amiens, pour le mois courant, retint dans le camp et sous le drapeau les corps qui se disposaient à le quitter *. L'efiroi était encore plus grand parmi les habitants des villes et des campagnes que le désordre parmi les gens de guerre : c'était un sauve-qui-peut général entre Amiens et la capitale *. La présence du roi dissipa bientôt cette panique : en se portant au milieu des populations pour partager leurs dangers, il leur communiqua sa fermeté résistante, et les disposa à attendre résolument l'ennemi, s'il osait se présenter. Après avoir relevé leur courage, il leur fournit les moyens matériels de résistance. Dans tous les villages, il ordonna de fortifier les églises et les clochers. Celles des cités qui avaient le droit de se garder elles-mêmes, faites sages par l'exemple d'Amiens, ofiErirent de recevoir telle loi et telles garnisons qu'il jugerait nécessaires : il s'empressa de satifaire à leur vœu, leur donna ime force, les mit dans une situation militaire entièrement nouvelle. Partout, dans les faubourgs des villes, il veilla à ce qu'on abattît ce qui pouvait favoriser les approches de l'ennemi; partout il fit réparer les fortifications et y ajouta. Par ce

^ Letlre du 24 mars, p. 717, 718, à la tin.

• Lettre du 24 mars, p. 718. A cette date, les dispositions des troupes sont les suivantes : « Les officiers de Vartillerie et les cappitaines du M charroy demandent leur troisiesmu mois, protestans de tout quicter » s'ils nu le reçoivent; Galaty en dit autant. » La solde payée du 2i au 31 prévient cette désertion.

' Harangue du roi au Parlement de Paris, prononcée le 13 avril, Jors de sou retour et de son séjour momentané à Paris, dans les lettres missives, t. IV, p. 744.

LES VILLES MISES PARTOUT A L'aBRI DBS ATTAQUES. AMIENS CERNÉ. 3^

concours de mesures , il mit les villes en étal de n'avoir plus à redouter les surprises et les soudaines attaquer, soit dans la direction de Paris à Amiens, soit dans la longue ligne de la Somme depuis St-Quentin et Ham jusqu'à Abbeville, où il s'assurait que le gouverneur de la province Saint-Paul avait mis la place à l'abri des insultes *. Eu même temps que le roi se livrait avec cette attention intelligente aux soins de la défense, il projetait l'attaque , et se décidait, contre l'avis de tous ses capitaines, excepté de Lesdiguières, à cerner Amiens et à préluder ainsi à un blocus et à un siège en règle. La prompte exécution de ces opérations préliminaires importait au plus haut point. En efiPet, si on laissait les Espagnols s'établir fortement dans Amiens ; si on leur permettait d'y rassembler ce qu'il fallait pour nourrir leur garnison et les habitants, pour refaire incessamment leurs soldats des fatigues et des blessures essuyées dans les assauts, pour ajouter aux fortifications, il devait arriver de deux choses Tune : ou que la reprise de la place deviendrait impossible, ou que la longueur du siège achèveraitla décadence de la monarchie, comme plus tard la durée du siège d'Os-

1 Harangue du roi au Parlement, t. IV, p. 744. ~ Lettres missives, pages 699, 700, 703, 704, 730. — Détails sur les travaux de fortification exécutés par Tordre du roi : 1» Dans la direction de Paris à Amiens, à Beauvais par exemple, « Monsieur de Beauvais, ayant recogneu, à » mon arrivée en ceste ville , qu'il estoit nécessaire , pour la seureté n d'iceile, d'abattre la tour de Croux, qui fait l'un des coings des jardins » de vostre évesché, j'ay advisé de le faire et en employer les démoli- » tions aux réparations de ladicte ville.» 2» Dans la ligne de la Somme depuis Haro jusqu'à Abbeville : « Il est nécessaire de faire travailler » aux fortifications de la ville et chasteau de Ham, pour les incon- » vénients qui peuvent arriver à mon service, par faulte d'y pourveoir. » C'est pourquoy je vous prie, mon cousin, faire en sorte que l'on or- » donne quelque chose pour y besoigner. — Je n'ay point eu de nou- M velles de mon cousin le comte de Saint-Paul depuis qn'il est arrivé » à Abbeville ; mais on m'a dict que les habitans ont reçeu en leur »» ville les Suisses du colonel Galaty. Si ainsy est, ladicte ville est bien, » asseurée. »

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