RÉFORME DE LA DISCIPLINE DE L^ARMÈE
Revenu de rexpédition d'Ârras sous les murs d'Amiens, le roi pressa avec une nouvelle ardeur les préparatifs de la reprise de cette ville. Il sentait que l'une des conditions principales du succès était le changement de l'état de Tarmée : depuis son arrivée au camp^ il n'avait cessé d'y travailler ; Û acheva cette réforme entre le 26 mars et son départ pour Paris. Après le siégai de La Fère, toute discipline sérieuse avait péri dans l'armée, faute d'argent, faute de moyens de satisfaire le soldat. L'État ne lui fournissait que le pain de munition : il avait à se procurer, avec sa paye, les autres vivres et les vêtements *. Cette paye, on vient de le voir, avait été suspendue cinq mois pour les troupes en garnison. L'arriéré pour les troupes qui tenaient la campagne, et dont le roi essayait alors de faire ,1e noyau d'une armée, était moins considérable , mais la montre se faisait souvent attendre. Les soldats demandaient à la violence ce qui leur manquait. Us quittaient leurs garnisons, ils quittaient le camp, s'exeraptant des gardes et d'une partie du service, laissant les villes et l'armée exposées aux surprises de l'ennemi, et aussi loin qu'ils pouvaient pénétrer dans le paya, ils allaient dévaster les campagnes et rançonner les paysans : pour se livrer plus aisément à leurs excursions de brigands, ils s'étaient débarrassés de la pique, l'arme la plus redoutable du temps au jugement du prince
historiens contemporains omettent Tattaque contre Arras. Le fait est établi par la Lettre Missive du roi, par d'Aubigné, par BentivogUo, par Meteren enfin , qui donne la date précise du 26 mars 1597. Dans les OSconomies royales, ch. 63, p. Î05 A, les secrétaires de Sully déplacent cet événement, et lui assignent fautivement pour date la fin de Tannée 1596. La Lettre du roi expose très bien les chances de succès qu'avait l'entreprise sur Arras : pour Teffet produit par l'attaque de cette ville et de Dourlens, voyez ci-après la harangue de Henri au Parlement de Paris.
^ Lett. Miss., t. IV^ p. 813. « Les soldats n'ont moyen de vivre que » de leurs monstres et du pain qui leur est distribué journellement. i>
328 LIV.V. CH. X. HERNANTELLO. — PROGRÈS DE L*ARHftE ROYALE.
Maurice ^ Le roi, après avoir assuré aux soldats du camp le pain de munitioiiy après leur avoir distaiboé la paye du mois courant, du mois de mars, et leur avoir ainsi fourni les moyens de se procurer les autres viTres, leur donna des habillements. Quant il eut pourvu à leurs besoins, il les ramena à une exacte discipline. U les retint dans le camp, Jes astreignit à toutes les parties du service militaire, les prépara aux travaux de campement et de siège, leur fit reprendre la pique, réprima leurs désobéissances et leurs brigandages en les soumettant à la justice prévotale de Rapin et de ses archers, les mit dans l'état des vieilles bandes espagnoles, avec la subordination de plus *.
Les ennemis sentirent combien était menaçant pour eux le nouvel ordre introduit dans les troupes déjà rassemblées , et préparé pour la grande armée qui devait bientôt s'y joindre : ils tentèrent partout les moyens de conjurer le danger. Hemantello tint les assiégeants tant qu'il put à distance par un feu continu de coulevrines : il détruisit les faubourgs \\o\xt leur interdire les approches d'Amiens. L'archiduc Albert prépara, et Gusman introduisit le 1" avril dans la place un renfort qui échappa à.
1 Discours au Roy sur le reiglement de l'infanterie, par Solagnae,:^ Paris, veuve Nicolas Roffet, in-S**, p. 24. « Je ne trouve pas estr&ng^^ » qu'un soldat qui est contraint d'aller courir bien loin et pour vivre..^ » et pour dérober quelque chose pour avoir une mauvaise paire d^g » soulliers, ne se veuille pas charger de la picque, et s'en trouve too^B^ » embarrassé. »
* Lettres Missives des 18, 19 mars, 3, 5 avril, t. IV, p. 704, 708,71(1^,^ 7iU, 732. « J'ay besoiug sur toutes choses d'estrc asseuré que le tror — » sième mois de l'armée et des garnisons sera prest au temps qa'i> ' » doit estre payé. — Je vous prie m'envoyer le prevost Rapiu ate ^^ w trente archers, estans payez pour servir en mon armée, où il r^^ n commet infinie- excès et désordres f)ar faulte de justice, » — « Mo m^ n infanterie est très leste, rar depuis (pie je leur ay faict bailler de?-=» » habilliîineuls et des picques, vous les prendriés pour les vicill^^^ » bandes espagnoles. »