OFFRE FAITE DE LUI LAISSER CALAIS EN GARDE
qu*il eût terminé ses préparatifs, ils le contraindraient à se tenir sur la défensive, au lieu de prendre Toffensive contre eux. En ce qui concernait les Pays-Bas, Henri jugeait très-bien que, malgré tout ce que Philippe II et l'archiduc Albert pouvaient dire et écrire aux assiégés d'Amiens pour leur donner courage, ils ne laisseraient pas perdre ces provinces, qu'ils rangeaient l'une et l'autre parmi les plus importantes de la monarchie espagnole, et où ils avaient l'un et l'autre un particulier et si puissant intérêt. L'instruction de FoucqueroUes portait en pro- (M«s termes :
a Le sieur de FoucqueroUes remonslrera â la royne que si l*on veut gagner quelque chose contre Tennemi, il faut y travailler, devant qu*il ayt recueilli les forces qu*il faict lever en Italie et en Allemagne ni mis à terre celles qu'il a préparées en Espagne ^ lesquelles sont très grandes. Car quand il les aura amassées, ce sera tout ce que Ton pourra faire que de Tempescher d*assaillir et forcer les places ; au lieu que si Von commençoil dès à présent à l'assaillir de tous coslex, comme il ne peut recueillir et avoir ses forces de deux mois. Ton pourroit gagner sur luy tel advantage, qu*il faudroit qu*il se tint par après sur la deifeiisive au lieu d^assaillir. Que le vray moyen d'empescher ses descentes et desseings en Angleterre et en Bretagne y est de l'assaillir en Flandres^ ce que leurs Majestez assistées des dicts Estais (les Hollandais) peuvent faire facilement et puissamment, quand elles voudront s*y résoudre, comme Sa Majesté les en a faict souvent requérir ; et a donné charge au sieur de FoucqueroUes d*en prier de rechef la dicte dame ^ »
En réclamant l'aide de l'Angleterre, Henri avait tenu compte de la périlleuse situation où se trouvait le royaume, des précédentes réclamations, ainsi que de la pensée favorite et constante d'iilisabeth. Il offrait de lui engager et
1 Mémoire manuscrit do VUleroy, fol. 7 verso, parmi les manuscrits de Taucien fonds français, ou fonds du roi, n* 8, 963. — « Instruction » au sieur de FoucqueroUes envoyé par sa majesté en Angleterre, le n deuxième apvril 1597. » Le passage cité se trouve au fol. 12 de ce dernier manuscrit.
3U Liv. V. cii. \. REFUS d'Elisabeth.
de lui laisser en garde Calais, sous la condition qu'elle occuperait la ville comme appartenant à la couronne de France : s'il réservait au royaume la souveraineté et la propriété de cette place importante , il en aliénait du moins la possession à l'Angleterre ^ Ainsi la reine , conformément à ce qu*elle avait demandé, obtenait une ville de retraite pour ses soldats : elle recevait une garantie pour les sommes qu'elle avait fournies à Henri et pour celles qu'elle pouvait encore lui prêter : elle chassait l'Espagnol d'un poste d'où il menaçait sans cesse l'Angleterre : elle donnait pied aux Anglais en France pour ud laps de temps indéterminé, flattait au plus haut degré leur orgueil national, nous plaçait à leur égard dans une situar tioD, sinon périlleuse, du moins délicate et difficile. Ni ces avantages, ni les engagements contractée par elle dans k traité de la ligue, ne la décidèrent à céder aux sollicitations de Henri. Elle répondit qu'elle emploierait son armée expéditionnaire à une autre entreprise contre le roi d'Espagne ; qu'elle bornerait les secours accordés à la France aux 2,000 hommes qu'elle lui avait envoyés peu auparavant, et pour l'espace de temps qui avait été déterminé, c'est-à-dire pour six mois *. Ainsi elle était revenue à la politique de lord Burghley, dont elle s'était un moment éloignée : cédant aux suggestions de ce mi-
* Mémoire manuscrit de Villeroy, fol. 7 verso. « Sa Majesté flst offrir » à la dicte dame de luy engager et laisser en garde la ville de » Calais. » Instruction de Fouquerolles : « Il dira à la dicte dame (f^*^ » Sa Majesté est maintenant coniraincte de convenir avec elle du à^^ » laissement de la dicte ville de Calais, à condition toutes fois qu'été* » la gardera comme appartenante à la couronne de France. » M. Prévo«*-* Paradol a cité avant nous ce dernier passage, dans son ouvrft^^' chap. î, p. 35, note.
* Mémoire manusc. de Villeroy, fol. 7, verso. « Sa Majesté nep^^^ » seullement tirer de la dite royne asseurance d'un plus grand seco'*^ » que les deux rail hommes de pied, lesquels elle avoit quelques Dt*
» devant faict passer en ce royaume, mesmes d'en continuer Ten^'^^ M tenement les dits premiers six mois passez. »