‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 203 sur 344 · SENTIMENTS DE LA FRANCE ET DBS ÉTRANGERS SUR CE REFUS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DE LA FRANCE ET DBS ÉTRANGERS SUR CE REFUS

nistre, elle s'attachait de nouveau à la combinaison de miner et d'abaisser la France par l'Espagne, Villeroy et Matthieu témoignent de l'effet produit par la détermination à laquelle elle s'arrêta. Le roi, disent-ils, fut plus étonné de la réponse de la reine d'Angleterre qu'il ne l'avait été de la prise d'Amiens : il vit avec autant de surprise que de douleur l'aide lui manquer du côté où il en avait le plus attendu, dans l'extrémité où étaient réduites ses affaires. La France entière fut scandalisée et offensée de la conduite de la reine et de ses ministres, chacun s'é^ tant promis toute autre chose de cette ligue si fastueusement annoncée. Plusieurs dès lors jugèrent et dirent que l'une des raisons, et peut-être la raison déterminante pour Elisabeth d'accéder à la ligue, avait été d'induire le roi à continuer la guerre ; que dès lors son but avait été de la faire durer , au lieu de la terminer ; que dans l'avenir, ses efforts tendraient à l'entretenir entre les deux rois. Les étrangers en jugèrent de même, et Grotius, qui voit très-bien ce qu'elle se proposait, en essayant de donner une durée indéfinie aux hostilités, dit à ce sujet : « Les prospérités de Henri avaient fait succéder chez )) Elisabeth à une commisération de peu de durée l'an- ;> cienne animosité que les Anglais ont toujours témoi- » gnée contre la France *. » Villeroy et de Maisse, certainement les mieux instruits des contemporains, l'un en qualité de ministre, l'autre en qualité d'ambassadeur, affirment que tout ce que Henri put obtenir, ce fut qu'Elisabeth continuât à la France le faible secours de 2,000 soldats anglais, au delà des six mois expirés, et pendant

1 Mémoire manuscrit de Villeroy, fol. 8 recto. — Matthieu, liv. Il, p. 230. — Grotius, Annal., Ub. IV, p. 228, id. 1657 in-fol. « Henrici » res secunds, pro brevi miseratione, yeterem gentis invidiam repon suerant. » Grotius avait terminé en 1612, la composition de ses Annales imprimée beaucoup plus tard.

346 LIV.V. CH. X. MlSÉnABLR SECOURS ACCORDÉ PAR L^ANGLRTCIIU.

la durée et la prolongation du siège d'Amiens. L'un des historiens du temps confirme leur témoignage en termes formels ^ Trois autres historiens du temps avancent que le contingent anglais fut porté de 2,000 à 4,009 hommes ^. Mais évidemment ils ont été trompés par les termes du traité public, en contradiction avec la corwention secrète, laquelle réduisait à 2,000 le nombre des soldats fournis par l'Angleterre. A supposer même qœ Taugmentation eût eu lieu, elle n'aurait été nullement en rapport avec les dangers de notre pays : elle n'anrûl changé en rien le fond de la politique d'Elisabeth , Fisdement relatif dans lequel elle laissait la France. Henri fat instruit de la détermination de la reine le 28 avril, par le retour de Foucquerolles sur le continent, et par la déclaration de l'ambassadeur anglais à Paris ^.

Henri chercha du côté de la Hollande, en même temps que du côté de l'Angleterre, l'assistance d'une grande force militaire. Aux termes du traité de la ligue de 1596, les Hollandais étaient tenus à deux choses. Ils devaient nous fournir un contingent de troupes, et ils s'étaient acquittés envers nous de cette moindre partie de leurs

> Villeroy, dans son Mém. niauusc., fol. 8 reclo, à la fin, témoigne que pendant toute la durée du siège d'Amiens, le contingent anglais se borna à 1,800 hommes effectifs^ chiffre encore au-dessous de celoi que portait la convention secrète entre les deux couronnes. « Au recour » vrement de la ville d'Amiens, Sa Majesté a esté aus&y assistée de » vingt enseignes de pied de la dite royne d'Angleterre, qui pûavoient » faire en tout, lorsqu'elles eatoient plus fortes, dix huit cents hommes M au plus. » — De Maisse, dans son journal , cité par M. Prévost-Paradol, p. 36, note, affirme la môme chose.— P. Cay«ît, l. IX, p. 771 A. « Le roy fit faire monstre à toute son infanterie qui estoit de dix-huit » mille de pied, y compris environ deux mille Anglois et mille Suisies.»

* De Thou, 1. cviii, § 8, t. V, p. 678; Davila, 1. XV, p. 100; Camden, pGU's IV, p. 697, disent que le contingent anglais fut de 4,000 hommes, trom{)és, comme nous venons de le faire observer, par les termes du traité public^ lequel imposait à l'Angleterre de fournir à la France un secours de 4,000 soldats.

* Lettre du roi au connétable du 28 avril, t. IV, p. 755.

Page 1