‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 204 sur 344 · LE ROI DEMANDE UNE ARMÉE AUXILIAIRE A LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

LE ROI DEMANDE UNE ARMÉE AUXILIAIRE A LA HOLLANDE

obligatioDS. Ils devaient en outre envoyer au mois de mars 1597 une armée de 9,500 hommes^ qui sur un point déterminé par le prince Maurice et par le duc de Bouillon, se joindrait à Tarmée française, et agirait de concert avec elle contre l'Espagnol.

Pendant tout le cours du mois d'avril, le roi, pai* son ambassadeur Buzanval, et par lui-même, ne cessa de réclamer l'exécution de cette clause avec les plus vives instances *. De ce câté encore il échoua, fui^éçu dans ses légitimes espérances. Deux motifs portèrent les Hollandais à manquer à leurs engagements. Après la prise de Cadix, Ëlis8Ï)eth se croyant désormais hors de toute atteinte d'invasion, à l'abri de tout danger, en était revenue avec les Hollandais aux persécutions et aux menaces, pour les contraindre à lui rendre l'argent qu'elle leur avait prêté. Ils n'avaient obtenu, avec peine, un sursis qu'en offrant divers moyens de se libérer de leur dette, et eu s'engageant à fournir une escadre à sa flotte, quand on avait appris que Philippe H suivait contre elle ses desseins et ses armements ^. Intimidés par ses rigueurs, dominés par son autorité de protectrice, craignant de sa part de nouvelles violences s'ils ne conformaient toutes leurs démarches aux siennes, ils s'arrêtèrent à l'idée de n'aider la France en péril d'une partie considérable de leur force militaire, de n'envoyer une armée combattre avec son armée, qu'après en avoir reçu l'exemple d'Éli-

< Mémoire inaDUSc. de Villeroy, fol. 7 verso. On peut voir ci-dessus, dans le texte p. 340, la citation entière. Voici ce qui se rapporte aux Hollandais : « Sa Majesté adverlit les dits sieurs des Estais (les » Hollandais), les priant et conjurant de la vouloir assister de nou- » velles forces en ceste occasion.»

* P.Cayet, l. VIII, p. 745 B, 746 A. «U royne d'Angleterre avoit fait n demander aux sieurs des Estats des Provinces-Unies qu'ils eussent à » luy rendre quelque partie des deniers dont elle les avoit secourus » depuis dix ans en ça. Le comte Lincoln passant par La Haye en fit » la demande, etc. »

ZiH UV. T. CH. 1. HEMIl VL PUTT L'OBTEXU.

jvabeth. Un autre motif, an motif ii*ég<âsme, les confirma dans cette résolution. Déjà vainqueurs des lieutenants de rarchiduc Albert, dans le combat de Toumhout livré le 23 janvier, ils calculèrent que tandis que la France oceufieraitau siège d'Amiens la majeure partie desforcese^pagnôles des Pays-Bas, les villes possédées par Philippe II dans les provinces de Gueldre, d'Over-Yssel, de Frise, resteraient sans suffisante défense ; que c'était pour esax une excellente occasion de s'en emparer et d'en arrondir leur territoire ; que dès lors Temploi de leurs troupes dirait être réservé pour ces conquêtes. Ainsi sous l'empire de la crainte et de Fintérét personnel, les Hollandais H'tinrent Tannée qu'ils nous avaient promise. Le roi étut informé de leur refus le 29 avril, et il le consignait dans ce mot au connétable : a Chacun nous abandonne ! n 0 continua les négociations avec eux jusqu'au 3 juillet ; mais ses démarches et ses sollicitations restèrent infructueuses * .

C'était de la part de l'Angleterre et de la Hollande une llagrantfî infraction au traité de la ligue offensive et défensive de 1596. Elles refusaient de se jeter avec leurs

' U'ttre du roi au ronuélable, du 29 avril, t. IV, p. 756. « Il est )i nAcf»»«aire do penser h nos affaires, puisque chacun nous abandonne. » Voif'i danrt quels termes Henri pressait les Hollandais de lui fournir une année. Li'ttres missiv., t. IV, p. 797 : « Vous m'avés promis de w vous mettre en eampa^ne, et assaillir de vostre costé nostre ennemy )» commun, quand je feray le semblable du mien. Je vous semondt >; maintenant de vostre promesse , sur l'asscurance et foy de laquelle M j'ny hniiMi la résolution que j'ay prise... Lorscpie vousn'aviéstaot de » moyen d'endommager Tennemy, je u'avois tant de besoing de vostre » (isrtiritantte : lorsque vous n'estiés obligé à tnoy, comme vous estes par » nostre traicté d'alliance solennellement Juré, vous avés faict de » iMdlpï* et ffrand«*s entreprises, (.'onduict de belles et fortes armées. )» Qnf»y ! s«Ta-t-il diet (|ue vous fassiez moins aujourdlmy que vous ») av<»z plus de moyen de y proulKcter pour vous et pour vos alliex? » Je ne me suis point promis cela de vous, principalement depuis nostre n susificte alliance.» — Pour le combat de Toumhout, P. Cayel, 1. IX, p. 757, 758, et Meteren, 1. XIX, fol. 399.

PROPOSITIONS DE PAIX FAITES PAR L*ESPAGNE. 3i9

armées entre Philippe II et la France, au moment de son épuisement, de ses plus pressants périls, des plus menaçants succès de l'Espagne. Henri se contint toutefois dans l'intérêt de son peuple, et n'eut même pas une parole blessante pour le manque de foi de ses alliés. Il considérait que s'ils lui refusaient leurs armées, ils lui fournissaient ensemble au-delà de 6,000 auxiliaires*, notable partie des troupes qu'il était alors donné à la France de rassembler, et de rassembler avec une peine infinie, sur la frontière du nord. Il jugeait que s'ils ne voulaient s'engager dans la grande guerre, amenant des résultats décisifs, reprendre Amiens et Calais, porter de là les hostilités dans les Pays- Bas espagnols, les étendre en même temps à l'Espagne avec l'armée expéditionnaire et la flotte anglo-hollandaises, ils nous prêteraient du moins une aide utile, bien qu'indirecte, par les diversions qu'ils feraient aux attaques de Philippe II contre le royaiune ; par l'occupation qu'ils donneraient à ses armes sur divers points à la fois du théâtre de la guerre.

La France se trouvait entre l'abandon relatif de ses alliés, elles menaçants préparatifs du roi d'Espagne et de Parchiduc. Le roi manquait encore des moyens, au moins des moyens assurés et aSAuellement réalisés, de préserver le royaume d'une invasion. Dans cette situation, c'était pour lui un devoir de prêter l'oreille aux nouvelles propositions que lui adressait l'Espagne, par l'intermédiaire des représentants du pape médiateur, et d'examiner s'il pouvait les accueillir avec honneur. L'un des délégués du pape était le cardinal de Florence, légat. L'autre était Calatagirone, général des Cordeliers, habile négociateur que Clément VIII venait d'envoyer pour agir sous la direction du légat : ce religieux s'était rendu dans les Pays-Bas, et s'était abouché avec l'archiduc Albert, avant de passer

1 Lettre Missive du M août^ t. IV, p. 826.

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