‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 206 sur 344 · LE ROI REPOUSSE CES |^ND1TI0NS · texte numérisé non relu

LE ROI REPOUSSE CES |^ND1TI0NS

cédât, y compris Amiens, les villes de la Picardie que la guerre avait mises en son pouvoir. Il prétendait en outre que la France séparât sans retard sa cause de celle de TAngleterre et de la Hollande, contre lesquelles il persistait à vouloir se mesurer corps à corps, et qu'il entendait attaquer sans tiraillement et sans diversion. Le roi, avec une résolution inébranlable pour le maintien de son honneur et de celui de la France, avec une loyauté pareille envers ses alliés, répondit sans hésiter au général des Cordeliers : a je ne fais rien par force : les choses » ne sont pas en Tétat d'accord, la partie n'est pas bien » faite: nous en reparlerons quandj*aurai repris Amiens, » Calais et Ardres. Et puis l'on se trompe de croire que » j'entendrai jamais à un accord sans l'avis de la reine » d'Angleterre et des États, et de vouloir profiter en cela » ou en autre chose de la disgrâce qui m'est arrivée en » la ville d'Amiens. J'ai bonne j^pérance que Dieu, pro- )> tecteur de la justice et de mes actions, me fera raison » en peu de temps ; que si le dommage que j'ai reçu a D été grand, la honte qui en demeurera au roi d'Espagne » et au cardinal, en sera encore plus grande *• »

Henri n'avait pu décider l'Angleterre et la Hollande à lui fournir les armées auxiliaires auxquelles les obligeaient et les traités, et les pressants dangers d'un allié. n ne songea plus dès lors qu'à tirer de la France une force militaire capable de réprendre Amiens ; et après cette conquête faite, de continuer la guerre contre l'Espagnol . jusqu'à ce qu'il l'eût contraint de déposer les armes, de mettre fin aux hostilités, sans exiger de lui aucune cession de villes , aucun abandon de territoire. U s'agissait de donner au pays non-seulement une armée nombreuse , mais une armée complètement régulière

* p. Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. Il, p. 254 : nous ne reproduisons pas l'orthographe. — Mémoire manusc. de Villeroy, fol. 8 recto.

:)52 LIV. V. cil. X. HENRI CaKRCHB LA FORCE MILITAIRE NÈCESSàlRB.

et permanente, qu'il n'avait pas eue depuis le conH mencement de ce règne. Ce que Ton avait essayé sous ce rapport au siège de La Fère était à peine nn prélude : la paye , comme on l'a vu , avait failli manquer à la fin du siège, et l'entreprise échouer par la désertion : la ville prise, le roi avait ètè contraint de licencier l'armée. Le nombre des troupes à rassembler pour l'attaque d'Amiens, leurs subsistances dans un pays dévasté ^ leur solde, leur bon état sanitaire, les habitudes à leur donner pour un long siège en règle, étaient paiement nécessaires et difficiles. Il y avait toute une révolution à faire dans notre état militaire : les écrivains du métier l'ont bien senti, et l'un d'eux a signalé cette rupture avec le passé en disant : « Le roi établit un ordre p pour la durée de son armée, qu'il n'avoit jamais c*- )) saïè ^. )) Pendant son séjour à Paris et à Saint-Germain, il ne passa pas un seul jour sans travailler à cette œuvre pénible. Dans la composition de la nouvelle armée, il appela comme vieux corps les régiments de Picardie, de Champagne», de Navarre ^ L'Ile-de-France , la Normandie, rOrléanais, la Tonraine, le Berry, provinces les [)lus rapprochées de la Picardie, les plus menacées par les progrès de l'Espagnol, s'étaient engagées peu auparavant à lever et à entretenir à leurs frais, trois régiments de 1,500 hommes chacun, d'après l'un des contemporains, six régiments selon un autre*. Le roi surveilla et hîlta l'effet de ces promesses : il pressa en même temps la

« Davila, 1. XV, l. III, 2« part., pages 104, 116.

« D'Aubi^né, t. III, 1. IV, ch. 16, p. 388. — Davila, 1. XV, p. 104.

» IVAubiffDé, 1. IV, ch. 17, p. 390. — Davila, 1. XV, p. 100, 109.

* Sully, (.Econ. roy. , ch. 74, t. I, p. 248 B, dit ou semble dire que que les cinq provinces ensemble, ne fournirent que (rois régimeoLs. Mais le passage présente quelcjuc obscurité, et Mezeray, Grande hist., t. III, p. 1192, ÎD-fol., témoigne qu'elles en fournirent six. — Lettre Missive du 25 août, t. IV, p. 831.

IL FORME UNE GRANDE ARMÉE RÉGUl»IÈRE ET PERMANENTE. 353

levée des recrues dans tons les autres gouvernements*. A quelque intervalle entre eux, les contingents des divers pays se rendirent au camp d'Amiens, grossirent journellement l'armée, depuis le commencement du mois de juin. Par ses leltres de convocation du 4 juin, et par l'arrêt qu'il fit rendre le même jour au Parlement de Paris, le toi appela les gentilshommes au service du ban et de l'arrière-ban, et leur donna rendez-vous pour la fin du mois au camp devant Amiens, en leur prescrivant de s'y rendre armés et équipés. La noblesse, malgré son effrayante diminution, répondit avec empressement à l'appel, et ne tarda pas à se porter en masse au secours delà patrie en péril *. Henri obtint des gentilshommes, qu'ils s'astreignissent à ce qu'ils avaient déjà observé au siège de La Fère ; qu'ils ne quittassent le camp pour retourner dans leurs châteaux qu'après la ville rendue et l'entrçprise terminée. Le pays répondait à l'appel du roi et s'aidait lui-même. Villeroy, témoin de ce grand mouvement national, l'a décrit en ces termes : « Les efforts » que la France fit en ce péril, que courut Sa Majesté au » sujet de la ville d'Amiens, ont été tels que chacun I) sçait *. » Les divers corps qu'on vient d'énumérer formaient le fond de l'armée : l'accessoire était le contingent anglais et le contingent hollandais, formant ensemble de 6 à 7,000 hommes. Les troupes françaises et étrangères réunies devaient avant la fin du siège présenter un effectif de 30,000 hommes.

* Lettres du Roy sur la convocation du ban et de l'arrière-ban, adressantes aux baillifs et sénescbaux de ce royaume, 4 juin 1597. — Lettre de convocation du même jour du prévôt de Paris. — Arrêt de la Cour de Parlement au même sujet et à la même date. Ces trois pièces se trouvent imprimées dans le toîne II, p. 171-183, des Mélanges bist. et critiques, par Damiens de Gomicourt, Amsterdam et Paris, Debansy, 2 vol. in-12.

* Mémoire manusc. de Villeroy, fol. 8 recto.

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354 uv. V. cii. X. lVdministration financiërb sous sanct.

Le roi sentit que vainement il aurait assuré raccroissement continu et progressif de la force militaire, s'il ne pourvoyait à sa subsistance et à sa durée, en introduisant un changement radical, en opérant une révolution dans la direction et le maniement de la fortune publique. Depuis la mort de François d'O, la surintendance avait été supprimée. Sancy n'avait pas été investr de cette cliarge, comme le disent quelques historiens contemporains i mais il avait exercé la principale autorité dans les finances*. Presque toutes les mesures financières avaient été décidées sur ses avis et sur ses propositions dans les deux Conseils où il siégeait, le Conseil privé ou étroit qui se tenait autour du roi, et le Conseil d'État*. Sancy

» Sully, QEcon. roy., ch. 75, p. 250 A. — Thuanus, 1. CXI, § 9, t. V, 483. De Thou dit : a Post mortein Doi, noD unus sed plures cBrario, » pari auctoritate prœpositi, iisquc omnibus prœflcitur Nivemiiu. » Ad aniium dura vit hœc in plureis didita œrarii adininistratio, d<mee » uni rursus Nicolao Hariœio Sancio attributa est, i> C'est une inexactitude ; le témoignage formel et circonstancié de Sully, ch. 59, t. I, p. 189, établit que Sancy n'obtint jamais la charge précédemment exercée par François d'O, la suriiitoudance.

« Au temps où Sancy exerça la princi[Kile autorité dans les finances, de 1595 à 1597, il y avait trois Consoils : 1** Le Conseil privé ou étroit qui se tenait autour du roi, et ou siégeaient seulement les ministres et ses plus coufidonts serviteurs. 2° Le Conseil d'État, infiniment plus nombreux, lequel se composait des membres du Conseil privé, des principaux seigneurs, des principaux magistrats des cours souveraines, des hauts fonctionnaires dsins Tordre administratif, des ambassadeurs et chargés d'affaires ; 3" Le Conseil d'Etat et des finances, ou par abbréviation le Conseil des finances, composé seulement de huit membres, et siégeant à Paris.

Le Conseil privé ou étroit, et le Conseil d'Etat sont clairement distingués dans ce passage du Brief discours de du Plessis-Moruay, Mém. et corresp., t. VII, p. 287, 288. « Le roy escrivit à M. du Plessis qu'il M estoit res-oleu d'envoyer au premier jour quelques notables peraon- » nages de son Conseil privé pour adviser à leur contentement (des M Calvinistes).... Ces personnages furent MM. de Vie et Callignon, M conseiilen au Comeil d'Estut et de Sa Majesté, qui arrivèrent le » 20 juin (1596) ù Loudun. » Ces deux conseils sont fréquemment iudiciués dans les Lettres Missiv. du roi et particulièrement dans celle

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