‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 207 sur 344 · EFFETS DES DÉSORDRES FINANCIERS SUR NOTRE ÉTAT MILITAIRE · texte numérisé non relu

EFFETS DES DÉSORDRES FINANCIERS SUR NOTRE ÉTAT MILITAIRE

avait dévoué sa fortune, son intelligente et active intervention comme diplomate, à la défense de la cause royale et.de la cause de la France : sous le règne précédent, et sous ce règne, il leur avait rendu les plus grands services, dans les circonstances les plus difiBciles. Rien ne prouve qu'il ait voulu s'en payer par ses mains ; qu'il ait eu à se reprocher des détournements coupables, des concussions *. Mais soit défaut d'expérience dans les finances et de travail, soit mollesse et complaisance pour des hommes qui avaient été ses collègues ou ses amis du temps de Henri III, il n'avait rien changé, rien réformé, rien diminué aux dilapidations. Les lettres du roi, précédemment citées, montrent dans quel misérable état il avait laissé l'armée et les garnisons de 1595 à 1597. Son manque d'activité, d'initiative, de surveillance, fut mis dans tout son jour par la visite de Rosny dans les quatre généralités ; par les sommes que ce dernier sut en rapporter ; par l'aigre explication qui eut lieu peu de temps après entre eux. Sancy laissa Fun de ses subordonnés qui l'avait sans doute trompé , s'autoriser de son nom et le

adressée à du Plessis le 12 février 1595, l. IV, p. 303. « A Monsieur » du Plessis, Conseiller en mon Conseil d'Estat et privé. »

Le GoDseil d'État et des finances, ou le Conseil dos finances tout court, est mentionné par Sully, QBcon. roy., ch. 59, 60, 67, t. I, p. 189 B, 192 B, 225 A, et par la Lettre Miss, du 27 juillet 1597, t. IV, p. 812.

Sancy fut membre -du Conseil privé et du Conseil d'État; il ne fit jamais partie du Conseil des finances, comme ou le voit par les deux listes des membres de ce Conseil que donne Sully aux chapitres cidessus cités.

Le Conseil des finances fut maintenu, selon toute apparence, jusqu'à Tannée 1599, époque du rétablissement de la surintendance en faveur de Rosny. Le Conseil privé et le Conseil d'Etat subsistèrent pendant toute la durée de ce règne.

* Dans son Discours sur l'occurrence de ses affaires, publié au commencement du règoe de Louis Xill, écrit où il fait un nppel à l'opinion publique et provoque la contradiction, Sancy semble établir victorieusement qu'il est resté pur de concussions et de vols.

356 LIV. V. CH. X. LA GRANDE RÉFORME DU 1«r JUIN.

compromettre, en réclamant 30,000 écus pour la solde des Suisses, auxquels il n'en était dû que 10,000 : Rosny refusa de livrer au-delà de ce qui était dû, et sur ce seul article, dans cette seule circonstance, sauva au roi et à l'État une perte de 20,000 écus *. Le roi présent à cette scène, le roi qui se plaignait d'être plus dérobé et fdos mal servi que du temps de d'O lui-même, apprit alors à qui il devait retirer, à qui il devait donner sa confiance, s'il voulait à la fois terminer avec succès la lutte contre l'Espagne, et régénérer la France. Le l^juin, trois jours avant son départ de Paris, il opéra dans la direction de la fortune publique le changement commandé par la gravité des circonstances. Il assembla son Conseil : là il déclara qu'ayant résolu de ne s'occuper au siège d' Amieiis que des opérations militaires , il entendait être pourvu d'argent et des autres choses nécessaires. Qu'ayant souvent expérimenté que ce dont plusieurs avaient également la charge, était toujours négligé, il avait résolu de choisir dans son Conseil un particulier qui eût à lui répondre de tout, auquel il s'adresserait pour en obtenir ce dont il avait besoin, et sur lequel il ferait peser toute la responsabilité de ce service ; que Rosny élaitcelui sur lequel son choix s'était arrêté ; que pour le mettre en état d'accomplir sa tâche, il lui donnait pouvoir de proposer et de poursuivre sans relâche auprès du Conseil les mesures auxquelles il fallait recourir pour atteindre le but désiré. Rosny se trouvait dès lors chargé de la paye et de l'approvisionnement de l'armée, et par une extension nécessaire, de la rentrée et de l'emploi des revenus, de la mise en valeur des ressources du royaume en général, du parti à tirer en particulier des derniers édits bursaux. Aussi comme consécration de l'autorité ([u'il attribuait à Rosny, le roi ordonna-t-il de lui expédier les brevets nécessaires

« Sully, QEcon. roy., ch. 68, t. I, p. 230-23Î.

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