‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 213 sur 344 · ELLE EST REPOUSSES. ÉTAT DE LA GARNISON ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

ELLE EST REPOUSSES. ÉTAT DE LA GARNISON ESPAGNOLE

brûlés du côté droit, il faisait des signaux pour annoncer Textrême danger qu'il courait. Henri les aperçut, et prit sur-le-champ son parti : il mit pied à terre, et s' armant d'une pique, suivi des gentilshommes qui se trouvaient autour de sa personne, il vola stu secours de ses serviteurs en péril, sauva la vie au maréchal comme il Tavait déjà fait à Fontaine-Française, et préserva d'un coup de main la batterie attaquée. Après lui arrivèrent de proche en proche les comtes d'Auvergne et de Saint-Paul , et un grand nombre de nobles qui sortirent du poste de la Madeleine. Un combat qui ressemblait fort à une bataille rangée, s'engagea alors pendant deux heures entre les Français et les Espagnols. L*aide intrépide que nous prêtèrent les Anglais, les charges exécutées à la tête de son escadron par le prince de Joinville, qui ce jour- là fit des prodiges de valeur, la survenue de Mayenne avec six cents chevaux décidèrent enfin l'avantage en notre faveur. Les Espagnols furent contraints de battre en retraite vers le fossé, et furent poursuivis jusqu'à la contrescarpe, laissant un grand nombre de morts sur le champ de bataille*.

Depuis ce jour, les assiégés ne firent plus de sorties. Ils étaient hors d'état de les renouveler et d'arrêter désormais les progrès du siège. Les combats et en dernier lieu celui du 17, leur avaient enlevé beaucoup de monde, les maladies davantage. Les maladies, qui de bonne heure

« Davila, L XV, p. 108-111. — Thuanus, 1. CXVIII, §9,t. V,p. 679. — P. Cayet, L IX, p. 765 B. P. Matthieu, hist. des derniers troubles, fol. 116, verso. — Davila, témoin et acteur dans cette journée où il fut blessé, en donne Texposé le plus circonstancié, et dans Tensemble le meilleur. On peut y relever cependant quelques inexactitudes. Il assigne à la grande sortie le 16 au lieu du 17 juillet, date donnée par tous les autres contemporains. Le nombre des morts du côté des Français, qu'il porte à neuf cents, est exagéré de moitié. Villeroy qui payait l'armée, et qui avait une liste exacte des mort't, dit que, dans tout le siège, >l'armée royale Be perdit guère au delà de six cents hommes. De Thou tenait ce renseignement de Villeroy.

368 LIV. V cil. X. LES MALADIES, LA DISETTE. LA HADfE DES HAUTAZOS.

avaient attaqué leurs soldats, prirent, au milieu de juillef, un développement et un caractère de gravité également désastreux : les fièvres malignes dégénérèrent en contagico^ et les moindres blessures devinrent mortelles : la garnison, portée au-delà de cincf mille hommes par les secours au commencement d'avril , fut réduite à deux mille hommes au temps qui nous occupe. Bien d'autres circonstances ajoutaient à la rigueur de sa situation, à ses dangers, et toutes avaient été préparées par la promptitude avec laquelle le roi, dans sa prévoyance, avait fait cerner d'abord, bloquer ensuite la place. Dès le 21 juin, les assiégés n'avaient plus qu'une médiocre quantité de provisions. Au commencement du mois d'août, les vivres leur firent faute et la disette les pressa : dans la ville, le septier de blé se vendait 6 livres, la livre de mouton 3 livres, la livredelardSOsous, un poulet lOOsous, une livre de beurre 40 sous ; prix qu'il faut augmenter de quatre à peu près, quand on veut avoir la valeur de l'argent d'aujourd'hui. I']n même temps, Hernantello et ses soldats avaient i lutter contre la haine et les incessantes entreprises des habitants, dont la surveillance les épuisait. La destruction de leurs faubourgs, après le pillage impitoyable de leurs maisons, la dureté et Tinsolence de la domination espagnole avaient porté au comble l'exaspération des bourgeois, et dès le commencement du siège ils avaient dit : « Qu'ils aimeroient mieux être pillés une autre fois » par l'armée du roi, que de vivre sous l'orgueil de cette » nouvelle domination. » Le capitaine Sireuil, introduit dans les murs sous un déguisement, le conseiller au bailliage Adrien de Mareuil ourdirent une première conspiration, dans lacjuellc entrèrent les religieux Augustins, bon nombre d'habitants, queliiues soldats wallons achetés, qui convinrent ensemble de livrer au roi l'une des portes de la ville. Le comi^ot fut découvert le 10 juin :

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