‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 214 sur 344 · COMPLOTS DES HABITANTS. L'ARMÉE ROYALE S'ACCROIT · texte numérisé non relu

COMPLOTS DES HABITANTS. L'ARMÉE ROYALE S'ACCROIT

un Augustin et sept bourgeois le payèrent de leur tête. Leur supplice n'arrêta rien : les complots se succédèrent sans interruption. Pour empêcher les bourgeois de se soulever, les Espagnols furent obligés, à chaque sortie, de faire la ronde en même temps dans toutes les rues avec de fortes patrouilles : plus tard, quand les sorties cessèrent, quand l'ai^mée royale attaqua les fortifications, les assiégés furent contraints , dès qu'on donnait l'alarme, de tenir à la fois des troupes sur les places publiques et sur les remparts ^

Tandis que l'ennemi allait ainsi s' usant et s'afiPaiblissant, le roi se fortifiait chaque jour, ajoutait à ses moyens d'attaque contre Amiens, à ses chances de conquête. Du milieu du mois de juillet au commencement d'août, il recevait incessamment de nouveaux corps de troupes que lui envoyaient les provinces. L'artillerie était commandée par Saint-Luc, qui après avoir pourvu aux besoins de la Bretagne , était venu au camp exercer les fonctions de grand-mattre. Excité par son propre génie, et par l'émulation de surpasser La Guiche son prédécesseur, il s'employait avec une extrême habileté à tous les travaux, et donnait à ses soldats une précision de tir inconnue jusqu'alors. Quarante-cinq canons, dont une partie avait été fondue au camp, étaient dressés en batterie contre la place, et l'adresse des canonniers démontait la plupart des pièces ennemies, éteignait presque partout le feu des assiégés *. Tout présageait à l'armée française un pro-

> p. MalUiieu, Hist, de Henri IV, p. Î30. — Davila, \. XV, p. 106, 108, 111. — Le P. Dalre, Hist. de la ville d'Amiens, t. I, p. 376. — Lettre de Biron au roi dans Matthieu. — Lettres Miss, des 15 et 21 juin, t. IV, p. 784, 788. — Les deux lettres d'Hemàntello sur sa situation à l'archiduc Albert, dans P. Cayet, 1. IX, p. 766, 767.

« Bentivoglio, 1. XX, p. 105, 106. — Davila, L XV, p. 104, 117; à cette dernière page, il dit, qu'après l'arrivée des ducs de Montpensier et de Nevers, rarmée du roi monta à vingt âiille fantassins et à plus Il U

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rhain succès, lorsqu'on nouveau manque de ressounaes financières \int se jeter à la traverse, et un moment tout compromettre. Les membres du Conseil d'Etat et des finances, soit improbité, soit inhabileté, avaient conclu, pour la vente des offices de triennaux, des marchés qui devaient fruster l'Epargne d'une partie considérable de ses ressources. En outre, ils s'étaient mal rendu compte des rentrées d'impôts qu'on pouvait faire, en usant des diligences et de la pression nécessaires. Dans la prévision d'un prochain épuisement de fonds, et pendant une courte absence que Rosny avait faite de Paris, ils écrivaient, le 27 juillet, au roi, qu'ils ne pouvaient plus fournir à la paye de son armée que pour un mois. S'ils eussent administré seuls, s'ils eussent consené seulement Taotorité dont ils jouissaient avant le 1" juin, le siège d'Amiens aurait fini comme ceux de Paris et de Rouen ; les soldats auraient déserté ou se seraient mutinés, comme les Suisses en 1590 et 1592, et tout aurait été perdu. C'est ainsi qu'en jugeait le roi , comme on peut le voir par la lettre qu'il écrivait le 28 juillet à Rosny. Mais Rosny avait passé pour la vente des offices de triennaux des marchés qui donnaient à l'Epargne près du double de ce qu'avaient trouvé les membres du Conseil d'Etat et des finances : en outre, il avait opéré la rentrée des impôts exigibles, et s'était assuré de leur

de huit mille chevaux. — P. Gayot, 1. IX, p. 766, 767. « U roy rece- » v<iit tous h'6 jours de nouvelles troupes des diverses provinces.... *> \j' roy ayant fait mener quarante-cinq pièces de canon devant Amiens, » ï'slonna tellement les assiégez qu'Hernantello fut contrainct d'esorire M <\h nouveau au cardinal Albert. » — Lettre d Heniantello à rarehiduc Albert. « Nos delîenses sont bien visitées par l'artillerie de leu- » iiemy ; la nostre ne peut jouer qu'avec grande diflicult^ : elle e«t »> oiït'u^de de la leur. » Ou fond simultanément des canons à Par» et au camp du roi. Matthieu dit, liv. Il, p. 231, § 2. « Parce que le M Roy avoit perdu «on canon, t:n perdant ceste ville d'Amiens^ i7 en M fini fondre et monter dans le camp, mesmes des pièces de batterie.»

l'armée royale emporte une partie des fortifications. 371

exact payement pour les prochaines échéances. Il put donc répondre à la lettre désespérée du roi, qu'il lui garantissait encore quatre montres pour son armée, et qu'il ne manquerait pas d'argent jusqu'à la fin du siège. En effet les voitures d'argent se succédèrent, et à la fin de chaque mois apportèrent, avec une ponctuelle exactitude, la solde des troupes et les sommes nécessaires aux travaux *.

Les choses étant remises en état, chacune des opérations du siège devait être, et fut un progrès pour les Français. Le 1*^ août ayant poussé leurs tranchées jusqu'au fossé, ils les débouchèrent, plantèrent leurs étendards sur la contrescarpe et s'y établirent. Toutes leurs attaques se dirigèrent vers la porte Montre-Écu, vers les ouvrages qui la protégeaient, vers la partie des fortifications qui l'avoisinait. On peut voir l'exposé détaillé de ces opérations fait par un homme du métier, par Davila présent au siège. Nous n'en présenterons que le résumé ; mais au point de vue des progrès de l'art militaire, nous ferons remarquer que les ouvrages furent attaqués à la fois par l'artiUerîe, par la sape et par la mine, dont on fit alors un plus fréquent usage qu'à aucun des sièges entre-

• Sully, OEcon. roy., ch. 75. Aux pages 450, 251, il donne -l^expoaé de son altercation avec les membres du Conseil d*État et des finances, et des marchés passés par lui, à près de moitié de bénéfice, pour la vente des offices de triennaux. De la page 251 B à la page 255, il relate l» la lettre pleine d'émotion et d'inquiétude du roi du 28 juillet, commençant par ces mots : « Mon amy, un homme de bien comme » vous n'a que sa parole; c'est pourquoy m'estant fié sur celle que » vous m'avez donnée de faire encor fournir près de quatre monstres » à mou armée, je vous envoyé la lettre que m'escrivent ceux de » mon Conseil, par laquelle ils me désespèrent d*en pouvoir fournir » plus d'une, afin que vous vous acquittiez de ce que vous m'avez » promis, et que vous fassiez voir que vous en sçavez plus qu'eux. » 2« La réponse rassurante qu'il fit courrier par courrier au roi. 3* «Son » accoustumé recouvrement des deniers provenant des imposts. » 4* Les envois successifs de voitures d'argent au camp d'Amiens à la fin de chaque mois.

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mMi^ et k« <azic<miepe« qui s'y ^i^zrûeiiL sornuit Fanrit^jB^ maxûenr ôe fc^tiôer ks fixées : {nùs poosBêrail lecr^ nleri^s ju3«t%^ s<:4Is la mar&ilje. Siint-Loc éiahlit un»: batkri^ de boit caooBs o:<itz>Êr le nridin qui couvrait k pcnt et la porte MoDtr?^-Éra : l'arlîUene tîia jusqn aa 24 : alors ks Français et les Anslais iiM>Dt«rait à Tassul de& deux CiVtès. ei se rendirent maîtres da raTelîn. En njéme temp». ik avaient attaque le basiion de la porter et ils s en emparèrent, ainsi que de la moraille oootigQe, le2lS. Ir i9. sur la noorelle que les premiers corps espafm^As. réunis en Flandre pour la déliTrance d'Amiens, paraissaient aux environs de G:«i>ie. le roi partit da camp à la tête de deux cent cinquante chevaux* auxquels se yii|iniirent bipul&t le corps de Biron, et un corps de (•H\h\fT\ft léfrêre commandé par le survivant des frères Montifaiy. Henri rencontra mille cavaliers ennemis, conduits par tous leurs ^ieux capitaines, allant reconnaître le prrxrhain logis de leur armée et le moyen de secourir Amiens. Il leur tua trois cents hommes, leur prit deux cor^ nettes, mit le reste eu fuite, et les poursuivit jusqu'à une lieue de Ba[>aume. Après cette ren«"ontre, certain que Tarmée de Tarchiduc Albert ne tarderait pas à s'approcher des muris. il forma le projet de s'emparer d'Amiens avant que r-iîtte armée n'arrivât, et fit, à son retour au camp, presser si vivement les travaux, que, le 3 septembre, ses troupes purent tenter d'emporter les demi-lunes. Elles n'y réussirent pas, mais dans l'attaque elles frappèrent" Fennemi

* D'Auhi^ué, I. IV, r.h. 17, p. 390. « Le siépe s^ poarsuirit par mi'afx »> [trincipalerueut, plus pratiquées lors quelles n'avoient esté en France. »

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