LES ESPAGNOLS EN VUE DE LONGPRÉ. TRAHISON DE B1R0N
troupes, et déployait son armée, rangée dans la plus belle OFdonnance, à deux portées de canon des lignes des Français. Bientôt il s'approcha encore davantage, occupa une éminence à une canonnade de Longpré, et poussa son avant-garde dans la plaine, à trois cents pas de ce village. Longpré, où Top avait établi l'un des quartiers de notre armée, était situé en dehors et à cinq cents pas en avant de la ligne de circonvallation *. Le maréchal de Biron avait refusé de fortifier Longpré. En s'emparant de ce poste , demeuré sans fortification , resté ouvert , les Espagnols trouvaient le meilleur point de départ pour Tattaque du camp du roi, s'ils s'y décidaient ; le plus sûr moyen d'attirer son armée à une bataille ; la facilité enfin de s'emparer du pont fortifié établi au-dessous de Longpré, avec les redoutables conséquences qu^ cette prise devait entraîner. Biron n'avait pas pardonné au roi de ne lui avoir pas laissé conduire seul le siège d'Amiens; et son ambition, comme celle de son père, rêvait la perpétuité de la guerre. Par une indigne perfidie, il avait prévenu l'archiduc que Longpré était l'endroit vulnérable de la position du roi ; que c'était par conséquent sur ce point qu'il
* Bentivoglio, 1. XX, t. IV, p. 121. a L^archiduc &*étoit avancé près » des rotraiichemens des François, et on découyrit son armée, rangée » dans la plus belle ordonnance , sur une hauteur à deux portées de » canon, il 8'ap)>rocba encore davantage. » — Circulaire du roi du . 16 septembre, dans les Lettres missiv. , t. IV, p. 844. « Nos ennemys » s'advancèrent en ceste façon jusques à une canonnade de nostre » camp... Nous feismes advancer une partie de nostre cavallerie et de » nos gens de pied jusques au village de Longpré, esloigné de nostre » dict camp de cinq cens pas, et jusques à ceux de la teste de leur » armée. » — Lettre d'avis dans les Mém. de la Ligue, t. VI , p. 515. a Les ennemis approcboient toujours, de sorte qu'étant à trois cens pas » de Longpré, nous pensions^ etc. » L'archiduc , avec le gros de son armée, occupait la hauteur à une portée de canon du camp ou de la eirconvallation, c'est-à-dire à environ deux mille cinq cents pas : Longpré était à cinq cents pas de la circonvallation, et Tavant-garde espagnole à trois cents pas de Longpré, entre ce village et l'armée de rarchiduc.
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avait à porter l'effort de soa armée. $*il ▼calait Laissons l'historien qui tenait ses renseigaeaients de la bouche même du roi continuer cet exposé. « Le duc de Mayenne, dit Matthieu, ayant reconnu Tarmée ennemie du haut d'une colline, jag^& que si elle Eaisait ce qa^elle pouvait faire, celle du roi serait en peine de la repousser. Il donna avis au roi de fortifier Longpré, et le roi m^a dit depuis que ce conseil avait été le salut de son armée; que le maréchal de Biron ne l'avait pas voulu retrancher, étant d'intelligence avec Farchiduc pour laisser passer et entrer des secours, afin, disait le roi, qu'il me vit toujours en peine, et se rendit toujours nécessaire. D me Ta confessé depuis, et demâ|idé pardon ^ » A la suite de la délibération du 14, Mayenne et le roi avaient, d'un commun accord, fait commencer des retranchements à Longpré pour garantir et les troupes qui y stationnaient et li circonvallation. Sans être achevés, ces travaux donnaient déjà des moyens d*une sérieuse défense, circonstance qu'il faut remarquer, parce que la fortification commencée fournit des moyens de résistance à l'armée royale au moment de son plus grand danger -.
Les opérations de rarchidiio, aidées par la perfidie de Biron, furent favorisées par un premier succès partiel, et par quelques-uns de ces hasards si fréquents à la guerre. La cavalerie légère de Montigny et le corps de Montpen-
^ p. Matthieu, 1. Il, p. 234, i35, 255. L'orthosraphe du temps D*est pas reproduite. L*avea fait par BiroD, le pardon qu'il demaode, se rapportent au pardon posl<!»riPur d^" Lyon. La lettre du roi, du 12 juillet 1602, t. V, p. 629, établit avec détails que les trahisons de BiroD remontaient même à la fin de Tannée 1595.
• A la date du ir, Davila, 1. XV, t. 111, 2< partie, p. 118, dit : « Le » roi se détermina à rester (dans le camp), et à confier la défense des n lignes au duc de Mayenne... Ce générai se transporta en persoime à » Longpré pour le faire mieux fortifier. » A la page 121 et à la date du 16, Davila ajoute que les retranchements furent achevéd un peu pins tard.