PANIQUE DES ROYAUX : L'ARGHIDUC N*08E ATTAQUER LES LIGNES
sier, maltraités par les décharges incessantes du canon des Espagnols, n'avaient pu tenir contre leur cavalerie : ils avaient été contraints de se retirer précipitamment vers le camp ; le faux bruit de leur défaite s'y était répandu, et y avait jeté la consternation '. Les valets de l'armée et les vivandières qui logeaient au quartier de Longpré, prirent la fuite à toutes jambes à l'approche des ennemis, et coururent se sauver dans les lignes. Ce désordre épouvanta l'infanterie, composée en majorité de nouvelles levées et peu aguerrie. Plusieurs corps abandonnèrent les retranchements, et avec tant de précipitation, que le connétable ne put ni les arrêter ni les empêcher de fuir avec leurs enseignes vers la rivière *. L'avant-garde espagnole, nous l'avons dit, était alors à trois cents pas de Longpré, et demandait le combat à grands cris. L'archiduc n'était pas assuré du succès : des généraux tels que Henri lY et Mayenne changent souvent tout à coup, par leurs combinaisons et leurs manœuvres, un danger passager en une victoire définitive. Toutefois on pensa généralement dans l'armée espagnole, et même dans l'armée française, que si, en ce moment où notre nouvelle infanterie était en déroute, Albert eût donné prompteraoït et vigoureusement avec toutes ses forces combinées; sî changeant sur place son plan primitif, il se fût décidé à une attaque du camp du roi, il aurait eu chance au moins de le forcer, d'accabler nos vieux soldats qui tenaient bon, de vaincre, de délivrer Amiens. Ce moment il le Isdssa échapper, cette
* Discours véritable, p. 6. « Les eDoemis commencèrent à marcher » droict où le sieur de Montigny esloit logé sur l'advenue de Varmée » de Sa Majesté. » — Advis très-nolable et très-véritable, dans Leatoile, p. 287 B. « A la teste marchoit la cavalerie des ennemis» laquelle quoi. }> que inférieure à la nostre en nombre et en valeur , chassa toutefois » la nostre à la faveur du canon» qui marchoit avec une si rude façon, » que plusieurs eussent appelé une fuitte cette retraictc trop précipi- » tée. »
« Davila, t. MI, «• partie, p. 119.
WÊ UT. X. CH. T. LA PASnOCS DE L^EfFA.VrElUX FRANÇJJ» mSStPÈE.
chance, il la perdit. Aa lieu d'agir, il consulta avec ses généraux et fit halte. Le duc d* Arschot dit qn*on ne devait pas céder à Fardeur aveugle et inconsidérée du soldat; qu'il fallait reconnaître d'abord avec soin la position de Tennemi, s'assurer de sa situation , observer ses démarches ultérieures. Le comte de Mansfeld ajouta qu'on ne pouvait, sans une témérité évidente, attaquer les lignes du roi. Le désordre, dont on se juromettait tant d'avantages, n'était peut-être que l'effet de quelque méprise des ennemis, que les cheCs feraient cesser bientôt. Si les Français venaient présenter la bataille, il fallait l'accepter sans balancer, et compter sur la victoire. Tenter de forcer l'ennemi dans ses retranchements, c'était courir à une défaite certaine, et mettre la Flandre dans le péril le plus imminent. Les plus vieux capitaines se rangèrent à cet avis, et l'archiduc s'y arrêta * . Les généraux espagnols persistèrent donc dans leur première idée de ne pas affronter un assaut du camp du roi. Leur projet fut d'emporter Longpré situé au-devant de nos lignes ; de foiidroyer de ce poste avec leur artillerie nos retranchements et de s'efforcer de les détruire ; de cribler notre armée de coups de canon et de rendre pour elle le séjour du camp impossible ; de la contraindre ainsi à la retraite ou à un^ bataille ; enfin si toutes ces tenUitives échouaient, de s'aider du village de Longpré pour s'emparer du pont fortifié qui était établi au-dessous, et de conduire un grand secours dans la ville assiégée par le midi et la rive gauche de la Somme. Nos chefs profitèrent avec promptitude et habileté du répit que leur laissaient les Espagnols. Mayenne, chargé spécialement par le roi de la défense des lignes, jeta à Longpré, au-devant de l'avant-garde ennemie, un gros corps de vieilles troupes suisses, quelque cavalerie et six pièces de canon que lui
« Davila. 1. XV, p. H9, 120. — BenUvoglio, 1. XX, t. IV, p. lîî-iW de la traduction.