LONGPRB ET LE CAMP MIS EN ÉTAT DE DÉFENSE
amena de Born. Par les mesures que prit le duc, il mit Longpré en état de résister : il offrit en outre un rempart à l'armée royale au moment de sa dispersion, et fournit aux autres chefs les moyens de rassurer les troupes et de réparer leur désordre. Ni les Suisses ni l'artillerie n'auraient pu tenir sans la fortification commencée à Longpré, et c'est dans ce sens que le roi disait, et disait avec raison, qu'elle avait été le salut de son armée. Les ducs de Montpensier et de Nevers, marchant avec la cavalerie légère dont ils déployèrent les rangs, garnirent toute la face des retranchements, et donnèrent le temps à l'infanterie de revenir de son épouvante. Ses chefs dissipèrent sa frayeur en lui montrant l'avant-garde espagnole qui faisait halte au milieu de la campagne, et ils l'amenèrent tout entière à reprendre ses postes *.
Le roi, arrivé en ce moment, acheva de rétablir les affaires. A la première nouvelle de la panique répandue dans son camp, il avait donné les derniers ordres pour tenir en respect et en arrêt le corps de Bucquoy, et avait envoyé devant lui un gros corps d'infanterie pour soutenir ses gens en péril, les raffermir et les rallier. Peu après, il repassa la Somme, acheva sur son passage de rendre la confiance et le courage à ses soldats, et courut à la tête du village de Longpré joindre Mayenne, qui travaillait sans relâche à ajouter aux fortifications de ce poste . Henri, pour mieux assurer sa circonvallation, la garnit de ses meilleures troupes. Eif même temps, il sortit de ses lignes à la tête de la cavalerie divisée en un grand nombre d'escadrons, et après l'avoir rangée en dehors sur un front étendu, après avoir ordonné au connétable d'amener l'infanterie pour soutenir la cavalerie dès le premier engagement, il attendit l'ennemi en bonne posture. L'archiduc descendait alors la colline, au sommet de laquelle il avait ' > D'Aubigné, t. UI, 1. IV, ch. 17, p. 892. ~ DavUa, p. 119, 120.
390 uv. X. GH. V. l'archiduc échoue sur la rive droitk db la
tenu jusqu'alors le gros de son armée, et se dirigeait sur Longpré ouvrant sa marche par des décharges incessantes d'artillerie. Quand il fut à mi-côte, le roi ordonna à de Bom d'ouvrir le feu. Chaque coup de nos pièces emportait des rangs entiers d'Espagnols : leur feu était si meurtrier, les pertes si sensibles, que l'archiduc ne put passer outre : renonçant à la tentative sur Longpré, il rebroussa chemin, regagna le haut de l'éminence et s'éloigna <• Peu après, on le vit paraître au bord de la Somme, et son canon battit aussitôt avec fureur le pont établi au-dessons de Longpré, les chemins et les logis qui en étaient voisins. Son dessein était évident : il voulait, en se saisissant du pont, couper la communication entre les deux parties de l'armée royale, conduire ses troupes au-delà de la rivière, écraser le corps que le roi y avait laissé contre Bucquoy, s'il s'opposait à son passage ; introduire du secours dans Amiens, par la porte de la Hautoye ou de Beauvais; détniire ainsi en un jour le labeur de six mois. Son attaque du pont ne lui réussit pas mieux que sa tentative sur Longpré. Le roi avait prévu son dessein, quitté Longpré, et passé Teau de nouveau, avant son ar- . rivée. Il fit venir quatre canons, les dressa en batterie à la tête du pont, salua de leurs décharges les bataillons espagnols, contraignit l'archiduc de changer encore de place, et de s'éloigner vers le village d'Arquesne, distant de Longpré d^un quart de lieue. Les assiégés ne furent pas plus heureux du côté de la ville que l'archiduc du côté de la campagne. Monténégro voulut faire une sortie sur les tranchées que les Français avaient poussées dans
* Discours véritable, p. 10. « Les eoDemis paroissoient au dessus de » Longpré, avec leur artillerie dont ils tiroient iDcessamment. » — Mezeray, t. III, p. H99. « Gomme les Espagnols passoient l-j costeau » qui les avoit empeschez de voir pleiuomeut le camp du Roy, et qui I) les couvroit aussi, Born, ayant attendu qu'ils fussent à moitié de ki » descente^ fit jouer le canoo ai à propos^ çtc. »
SOMME. SUR LA GAUCHE, LE ROl ARRÊTE LA MARCHE DE BUCQUOY. 391
lefossé, et SUT le terre-plein vis-à-vis de ses remparts. Mais il trouva que le régiment de Navarre qui les gardait n'avait fait aucun mouvement, et qu'un corps de Suisses, posté un peu au-dessus, l'attendait de pied ferme et en bataille. Le reste du jour se passa en escarmouches et en canonnades que le roi fit entretenir très -fréquentes et très-vives,: pour tenir l'armée d'Albert dans Téloignement de ses lignes où il l'avait placée, et il y parvint. Le soir venu, il ordonna au duc de Mayenne d'achever les retranchements de Longpré : le duc y fit travailler toute la nuit, et le lendemain c'était l'endroit le mieux fortifié de notre camp. Tandis que ces travaux s'exécutaient, Henri reportait son attention et son infatigable activité sur la rive gauche de la Somme, et s'occupait d'opposer une insurmontable résistance aux essais de secours et au passage de Bucquoy. Il appelait au-delà de la Somme le régiment de cavalerie de Fervaques, quatre compagnies d'infanterie d'élite, leur donnait pour les diriger trois des officiers les plus braves et les plus intelligents de l'armée , de Vie, de la Boissière, Descluseaux, accroissait jusqu'à trois mille quatre cents le nombre des soldats opérant sur cette rive. Quand il se fut assuré que tout était dans l'ordre voulu, la nuit étant déjà fort avancée," il traversa derechef la Somme, et rentra dans son camp pour se préparer aux événements du lendemain *.
* Discoure yéritable, p. 9, 10, il. — Advis très-notable et tiès-yéritable, dans Lestoile, p. 288 A. — Circulaire du roi du 16 septembre dans les Lettres mi8siy.,-t. IV, p. 844. — Bentivoglio, t. IV, p. U4. — Davila, p. 120. — Thuanus, 1. CXVIII, § 3, t. V, p. 684. Nous ne donneiions de citatioos que sur trois points^ les plus importants et les moins connus. Discours véritable, p. 9. « Sa Majesté ayant repassé l'eau vm^ n à la teste du village de Long pré , où elle trouva M. de Mayenne qui » faisoit travailler au retranchement d'iceluy. » P. 10. « Sa Majesté se » ressouvenant des gens de l'ennemy qu'elle avoit veuz delà la rivière, » y fit passer le régiment de cavallerie du sieur de Fervaques , et y » retourna elle-mesme, pour mieux recognoistrç aussi la contenance de » l'ennemy (rarchiduc), qui s'estoit rangé le long de la coste regar*
392 UV. X. CH. V. DÉFAITE DB BUCQUOT. RETiUlR DB L*ARCH1DDC.
Le lendemain 16, de grand matin, l'archiduc fit reconnaître Longpré. Informé de Tétat de défense dans leqad ce poste avait été mis, il jugea que retourner à une attaque serait perdre inutilement ses soldats, et il lui fallut y renoncer. En même temps, il vit évanouir sa dernière espérance d'introduire du secours dans Amiens. Au-delà de la Somme, de Yic attaqua le corps de Bticquoy. Après un combat acharné, où il tua et noya quelques centaines de soldats, il le contraignit à se retirer en désordre vers le camp de l'archiduc, laissant ses deux ponts entre les mains des Français. Albert craignait de manquer de vivres s'il prolongeait son séjour en France, et il avait hâte de retourner dans les Pays-Bas pour s'opposer aux progrès des Hollandais. Il commença sans retard sa retraite, la protégea avec soin par l'ordre dans lequel il rangea ses troupes et ses chariots, et se dirigea vers Vignacourt. Le roi, après avoir laissé sous les murs d'Amiens un nombre plus que suffisant de troupes pour coih tenir les assiégés et continuer à les canonner, se mit à la poursuite de l'archiduc avec douze mille fantassins et quatre mille chevaux.^L'un de ses dix souhaits depuis bien des
» dont la rivière, avec son canon, duquel il battait le pont dfi Longpré, — Adviâ trôs-nolable, p. 288. « Cesl effroy s'augmenta encore par lea I) coups de canon qui desjà donnoient à nostre pont de bateaux près » d'en estre rompu, et par conséquent à leur laisser libre le jmssage de M la ville, et à nous oster la communication de nos troupes qui estaient de )> là... S'ils eurent poussé leur poincte, le meilleur marché que uoai » eu pouvions avoir estait de voir secourir la ville en notre présence, et » perdre en un Jour le labeur de six mois, ». Circulaire du roi, p. 844. « Voyant que nos ennemys s'estoient retirez contre la coste, du costé » de la rivière, d'où ils combattoient à coups de canon le pont que » nous avions sur ladicte rivière, nous feismes passer delà l'eau quatre » pièces, desquelles ayant tiré sur eux quelques coups , nous leur fei»- » mes encore changer de place. » Le Discours vcrilable, p. 11, écrit le villa-ze d'Arquesne; la circulaire du roi le village d'Arquelles. Ce village, incendié par les Espagnols au moment de leur retraite, parait avoir disparu; il n'est mentionné dans aucun des dictiouoaires géographiques, ni dans aucune des cartes que nous ayons consultés.