‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 225 sur 344 · LE ROI RENONCE AU PROJET DE LIVRER RATÂILLE A L' ARCHIDUC · texte numérisé non relu

LE ROI RENONCE AU PROJET DE LIVRER RATÂILLE A L' ARCHIDUC

années était « de gagner en personne une bataille contre le » roi d'Espagne, pour revanche de tous les maux qu'il luy » avoit faits, » et le 16 septembre il ajoutait : « Si je p gagne la bataille, je passe victorieux jusqu'à Anvers, » et je suis roi des Pays-Bas*.» Quoique les troupes d'Albert fissent bonne contenance et se retirassent dans le meilleur ordre, on reconnut cependant que les revers de la veille et du matin, la honte de la retraite, le nombre et l'ardeur des Français attachés à leur poursuite, avaient porté le découragement et l'effroi dans leurs rangs. La tentation de livrer bataille était donc forte, et Henri agita s'il ne chercherait pas à y contraindre les Espagnols. Mayenne et le connétal>le furent d'avis de ne pas risquer dans les hasards d'un combat la reprise maintenant assurée d'Amiens, la paix probable et prochaine du royaume. Henri, habitué à ployer à l'intérêt public ses passions et ses désirs, préfcTa le certain assuré à Pavenfureux le plus brillant, fi suivit, comme il le dit dans ses lettres, le conseil des plus sages, se borna à harceler l'armée de l'archiduc dans l'espace de trois lieues, et à la renvoyer à Arras diminuée de bon nombre de soldats qu'emporta notre artillerie *.

Ayant ramené son armée au camp, il envoya un trompette dans la ville, -pour témoigner aux assiégés que c'était toujours à regret qu'il voyait couler le sang chrétien ; pour les exhorter à ne plus s'opiniâtrer à la défense de la place, puisque la retraite d'Albert leur avait ôté toute espérance de secours, et à se ménager udc capitulation qu'il accorderait honorable, proportionnée au courage déployé

* Sully, OScon. roy., ch. 7«, t. l, p. 243 A. — P. Matthieu, 1. Il, p. 236.

« Pour l'ensemble de ce paragraphe : Thuanus, 1. GXVIII, § 18, t. V, p. 684. — P. Cayet, 1. IX, p. 769. — Discours ▼érilable , p. 12, 13. — Lettire d'avis dans les Mém. de la Ligue, t. VI, p. 516. « Les ennemis

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la défense d' Amiens. Xuntenesro comrint avec le roi le lî) septembre .le lui rendre la place dans âx jours* » «isrant (^ «^pace de temps il œ rarevaît pas an 3ec<ims de denx mille hommes, et sons la (?omiition 4pi*il se retirerait libremi»it à Dooriens ou à Arras* avec toos les honneurs de la ^nerre^ ses armes et ses baça^es^ tous les

hommes composant âagamiâon«âes malades et ses hk»és transportés sor des charrettes foomies par le roi « ceux enfin des habitants dWmiens qui s'étaient compromis par Téelat de leor dévouement à la cause espagnole, oa qui Toolaient foir la contagion répandue dans leurs mois. La capitulation, approuvée par rarchiduc. recat son exécution le 25 septembre. G» jour, à dix heures do malin les Espagnols sortirent d'Amiens par la porte de Beauvau, toute Tarmée firançaise étant rangée en bataille 'i une demi-lieue de la ville, et Henri les attendant dans 1^ costume et la pompe de la royauté. Arrivés à vingt pas du roi, Montenegn> et ses capitaines mirent pied a tem, «i lui baisèrent humblement la botte. H reçut ces marques de soumission avec toute Thumanité ima<rinable embrassa Monténégro, adressa à ses capitaines des paroles de courtoisie. A quatre heures après midi, aecomj>agTié de mille gentilshommes, il entra \ictorieux dans Amiens, et alla droit à la cathédrale rendre grâces à Dieu du succfîs d'un siège qui avait coûté à la France un effort de six mois et demi , et six millions de livres du temps, environ viiigt^eux millions d'aujourd'hui. Henri prit aussi tAt les mesures nécessaires pour assurer sa conquête, fl y avait quelque chose qui passait avant les privilèges

»» fnUticni /'tonnés, encore qu'ils fir^sent bonne mine el se retirassent en n fort b*;l ordre. >» — (Circulaire du roi du 16 .-eplembre, l. IV, p. su* ♦' Le.iionneinyn sont parly» avec efTroy. » l.ettre à Rosny du 18 septembre, p. 84C. « J'ay auivy le conseil des sages, el comme jVspère que n r.Hcy me donnera bientost ceste ville, je veux dire avec eux que je n n'auray [:»9 peu faict. »

EFFET PRODUIT EN EUROPE PAR Là REPRISE D' AMIENS. 395

d'une ville; c'était le salut du pays. En maintenant aux habitants d'Amiens le reste de leurs droits communaux, le roi leiur ôta celui de se garder eux-mêmes, dont ils avaient fait un si funeste usage. Il leur donna une garnison de vingt compagnies d'infanterie et de trois de cavalerie, avec le brave et intelligent de Vie pour gouverneur. De Vie, en peu de temps, repeupla la ville, répara les murailles, et commença la construction de la citadelle sur l'emplacement de la porte Montre-Ecu *.

A la date du 29 août, l'un des mieux informés des contemporains disait au sujet du siège d'Amiens : « Toute » l'Europe estoit en peine à qui demeureroit la victoire de w ce siège, parce que d'icelui dépendoit la servitude du » François ou sa liberté *. » Ainsi à supposer qu'Amiens fût resté aux mains des Espagnols ; que l'armée de l'archiduc Albert eût vaincu ou contraint à la retraite l'armée royale, l'indépendance de la France, ou du moins de la France du Nord, aurait été en péril. Ce grand danger était écarté sans retour. Dans la moitié de notre firontière du Nord, l'invasion espagnole avait reculé d'Amiens à Dourlens : elle se concentrait maintenant dans la lisière étroite de teï'ritoire la plus rapprochée des Pays-Bas. L'inébranlable fermeté du roi au milieu du revers, son courage à la guerre, son intelligente application des grands principes de l'art militaire et du génie militaire

* Avis certain de tout ce qui s'est passé en la sortie des Espagnols de la ville d'Amiens, dans les Mém. de la Ligue, t. VI, p. 517-519. — P. Cayet, 1. IX, p. 770, 771 : il donne le texte de la capitulation. — Thuanus, 1. CXVIII, § 14, p. 684, 685 et § 9, p. 679. Le texte de de Thou porte que le siège d'Amiens coûta six millions d'écus ou dix-huit millions de livres du temps : tout porte à croire qu'il y a erreur, et qu'il faut lire sLx millions de livres , au lieu de six millions d'écus. — Lestoile, p. 289. « Avant la prise d* Amiens par les Espagnols, les » privilèges en estoient rois, et non pas le Roi. » — Lettres du^roi à Du Plessis et à la Guiche des 22 et 25 septembre, p. 851, 852.

* Lestoile, p. 287 A.

396 LIT. T. CH. X. ATTAQCE D'AUUS ET DC DOCBLEMS PAR LC ROI.

en partimiier, avaient fait en partie la f<»tone du siège d'Amiens : le reste du succès était dû à la formaiioii d'une grande force militaire permanente, et au bon état non pas encore des finances, mais au moins de la caisse de Tannée. L'action puissante des divers services de IIÈM les uns sur les autres avait éclaté dans cette circ<Hislance et dans ce pays, où depuis la défaite de Dourlens nous avions éprouvé presque sans interruption des revers et des pertes : les résultats de la guerre avaient changé, parce que Tétat de Tannée et du trésor public avait changé. Le roi et Rosny firent les plus grands efforts pour maintenir les choses au point où ils les avaient amenées, pour tirer de la conquête d'Amiens tous les fruits qu'elle devait naturellement produire. Le 21 septembre Henri pressait Rosny de lui envoyer le septième mois de son anùée, pour empêcher, conune il le disait, que la plus grande partie ne s'en débandât. Rosny répondit à cette sommation en lui envoyant sans retard l'argent demandé *'. Mais le roi, même Targent à la main, ne put arrêter les chefs , ni retenir au-delà de cinq cents gentilshommes siu* cinq mille, ni contraindre Tinfanterie. quoique soudoyée, à rester entière sous le drapeau. Après six mois et demi de siège, la fatigue, le désir de revoir leurs foyers étaient si grands chez ces gens de guerre, que Henri fut impuissant à obtenir d'eux cette persévérance ferme qui manque si souvent aux Français : le 28 septembre, les deux tiers de Tarmée avaient quitté le camp. Avec les dix ou douze mille soldats qui lui restaient, il jioussa vigoureusement la guerre contre Tennemi. Il marcha en Artois, pour nmdre au cardinal la visite qu'il lui avait faite , canonna Tarmée espagnole dans Arras où elle s'était retirée, la provoqua ce jour là et le

1 Lettre du roi à Rosuy du 21 septembre^ t. IV ^ p. 849. — Sully, OEcon. roy., ch. 79, t. 1, p. 268 A.

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