BIRON RÉDUIT LA VILLE. SIÈGE ET CAPITULATION DU CHATEAU
et pour assurer leur propre victoire par les secours du dehors. Ils élevèrent des barricades tout autour de la rue Belle-Croix , et les garnirent d'arquebusiers et de piquierSy enfermant ainsi les restes de la garnison dans un étroit blocus. Aidés d'ouvriers qu'ils mirent en réquisition, ils brisèrent les serrures et les verrouxdes portes de la ville dont les clefs étaient dans la citadelle. Les portes ouvertes, ils tirèrent le canon de dessus les murailles pour avertir Biron qu'ils étaient aux prises avec leurs ennemis, et ils lui dépêchèrent en outre quelques-uns d'entre eux pour presser sa venue. Ces messagers trouvèrent Biron à une demi-lieue de Beaune.
Entré dans la ville avec ses troupes les plus lestes , il attaqua sans retard les restes de la garnison qui occupaient la rue Belle-Croix, les contraignit à mettre bas les armes et acheva la délivrance de la ville. Il fit avancer le même jour le gros de ses troupes, infanterie et cavalerie, appela le lendemain les Suisses avec douze canons, et ouvrit la tranchée devant le château. Le siège de cette citadelle, qui passait pour imprenable, dura six semaines, et il y fut tiré plus de 3,000 coups de canon. Mayenne et le duc de Nemours songèrent un moment à réunir six ou sept mille hommes et à secourir le château de Beaune. Mais quand ils apprirent que toute la noblesse de la province s'était rendue au camp de Biron, et que le roi y avait envoyé des renforts, ils renoncèrent à leur projet. Montmoyen désespérant dès-lors d'être dégagé , et voyant la brèche ouverte pour faire entrer trente hommes de front, capitula et remit à Biron le château de Beaune le 19 mars, jour des Bameaux 1595.
L'issue de cette entreprise entraînait à sa suite toute une révolution. L'auteur de la relation , écrite aussitôt après l'événement, en prévoyait et en annonçait les conséquences quand il disait : « La prise de Beaune est un
38 LIV V. CH. l. JUGEMENT DES CONTEMP. SUR L^INSURRECT. DE BEAUNE.
coup d'Etat en la France, étant la ruine et la mort du duc de Mayenne et de son parti. Car il ne faut pas douter que toutes les villes de Bourgogne ne fassent comme Beaune et ne se dépêtrent de cette tyrannie. » Les historiens du xYi** siècle ont célébré à Tenvi le généreux effort des habitants de Beaune : d'Aubigné et Sully l'ont proposé à l'imitation des générations suivantes. Le dernier s'exprime ainsi : « D se fit en Bourgogne des choses admirables, qui commencèrent à la fin de 94 et ne finirent qu'en avril 95 , surtout en la ville de Beaune , dont les habitants firent des merveilles, tant en affection envers le roi et leur patrie , qu'en courage , résolution et persévérance, ayant par eux seuls défait ou contraint de s'enfuir dans le château une grande et forte garnison que M. du Maine avait mise dans leur ville, s' étant retranchés et barricadés contre ledit château , et ayant appelé M. de Biron à leur secours *. »
Nous avons dû raconter ce fait dans ses détails principaux. Il contient la vive peinture de l'esprit et des mœurs de la bourgeoisie dans l'une de nos principales provinces sous ce règne. Il présente aussi le tableau de ce que beaucoup de villes conservaient de leurs libertés communales à la fin du xvi^ siècle : la décision de tous les grands intérêts de la cité par le maire , les échevins , les principaux habitants, se concertant entre eux et avec les représentants de Tordre judiciaire et du clergé ; les allures politiques et guerrières des magistrats municipaux, aussi occupés de questions de gouvernement et de combi-
1 Pour les sept para.îîraphes qui précèdent, voir la relation contemporaine, Discours de la prise des ville et chasteau de Beaune par M. le mareschal de Biron, p. 16-30. — Tliuanus, 1. CXII, § 3, t. V, p. 458- 460. — D'Aubigné, t. III, 1. IV, ch. 7 (et non 6), p. 350r352. — Sully, OEcon. roy., ch. 56, t. I, p. 171. — Lestoile, p. 260 A. — Lettres du roi des 12 février et 19 mars 1595, dans les Lettres miss., t. IV, p. 303, 831, 332.— Dom Plancher, 1. XXUI, t. IV, p. 622, 624.