RÉVOLTE D'AUXONNE, D'AUTUN, DE !ÎUIT8 CONTRE MAYENNE
naisoDS militaires que de détails d'administration ; le droit et la coutume chez la masse des citoyens de prendre des déterminations dans toutes les circonstances importantes, non d'après le mot d'ordre et les caprices du pouvoir, mais d'après leurs convictions, leurs intérêts locaux, l'intérêt général de la France ; l'habitude des armes , l'expérience et le mépris du danger dans la milice bourgeoise. Cette vie de liberté entretenait les plus rares qualités de l'esprit comme les plus hautes vertus, et enfantait des prodiges.
A la nouvelle du succès de l'insurrection de Beaune, les gouverneurs et les garnisons des villes qui tenaient encore le parti de Mayenne en Bourgogne furent frappés d'épouvante et de découragement ; les citoyens redoublèrent d'audace. Beaufremont de Senecey, qui commandait dans Auxonne avec des forces considérables, craignant de se voir entraîné dans la ruine de Mayenne, livra sa place au roi,' à condition d'obtenir la lieutenance générale de la province (lin d'avril) . Le maire et dix des principaux habitants d' Autun traitèrent avec Biron , lui livrèrent l'une des portes de leur ville dans la nuit du 15 mai, et lui fournirent les moyens de surprendre et de détruire successivement les divers corps de soldats ligueurs préposés à la garde de la ville et du château. Les bourgeois de Nuits ne recoururent qu'à eux-mêmes pour se délivrer : le maréchal, qui n'était même pas prévenu de leur projet d'insurrection, apprit à sou grand étonnement qu'ils étaient parvenus à envelopper la garnison et à la désarmer. Dijon lit sa révolution à la fin du mois de mai. Le grand prévôt de Mayenne avait été arrêté par les habitants de Beaune , porteur de deux listes de proscription, l'une pour Beaune, l'autre pour Dijon. Ceux de Beaune envoyèrent à ceux de Dijon la liste qui les concernait, et les informèrent du sort réservé aux principaux d'entre
40 LIV. V. CH. 1. DIJON s'insurge CONTRE LA GARNISON.
eux. Les partisans du roi et de la cause française profitèrent de la fermentation qu'excita ce redoublement de tyrannie, pour pousser la masse de la population à un soulèvement contre le gouverneur de la ville, le vicomte de Tavannes, et contre l'italien Franceschi, gouverneur dû château. Le Parlement de Dijon s'associant au vœu des habilants, et lui donnant une nouvelle autorité, rendit le 29 mai un arrêt portant que Henri IV serait reconnu pour roi, et seul désormais obéi de tous. Le vicomte de Tavannes et Franceschi appelèrent du dehors quelques troupes ligueuses qui se trouvaient à proximité, les joignirent aux forces qu'ils commandaient, et attaquèrent les habitants pour les ramener violemment sous l'obéissance de Mayenne. A la suite d'une lutte prolongée, les bourgeois avaient été acculés par Tavannes, réduits à une porte et à un coin de rue , quand Biron , qu'ils avaient appelé, vint à leur secours le 1" juin. Le maréchal regagna les quartiers de Dijon perdus , et contraignit les assaillants à se retirer, les uns sous la conduite de Franceschi à la citadelle, les autres avec Tavannes au château de Talan, situé à mille pas de la place. Mais la ville, arrachée aux ennemis , restait assiégée par ces deux forteresses : de plus elle voyait, avec toute la province, l'armée espagnole et ligueuse s'avancer. La Bourgogne et sa capitale avaient en perspective l'invasion, avec l'alternative du rétablissement du despotisme de Mayenne ou de la domination étrangère.
Pendant le soulèvement des villes de Bourgogne, dom Velasco, connétable de Castille et gouverneur du Milanez. était parti de ce pays avec une armée, et était entré en Franche-Comté. Mayenne n'avait pas tardé à le joindre avec les forces qui lui restaient, et les troupes des coalisés s'étaient élevées alors à plus de dix mille hommes de pied et de deux mille chevaux. Le connétable de Castille avait
LB ROI APPELÉ AU SECOURS DE LA BOURGOGNE CONTRE l'ESPAGNOL. 41
employé le mois de mai à reprendre sur les Lorrains au service de la France les places qu'ils avaient occupées, et à rétablir en Franche-Comté le protectorat de son maître. Cette œuvre accomplie, il se présentait maintenant sur la frontière de la France. Les troupes réunies sous les ordres de Biron n'étaient pas en nombre pour afironter l'armée hispano-ligueuse, et le maréchal sentait bien qu'un effort de^ coalisés pouvait en peu de temps effacer jusqu'à la trace de l'insurrection bourguignontie et de ses propres conquêtes. Aussi avait-il à diverses reprises sollicité des renforts et la présence du roi, et maintenant il insistait plus vivement que jamais pour les obtenir. Ses demandes se rapportaient de tous points à celles de Montmorency. Le nouveau gouverneur de Bourgogne et le nouveau connétable s'accordaient pour appeler Henri à eux, reconnaissant qu'il pouvait seul achever ce qu'ils avaient commencé, sauver ce qui était en péril *.
Le roi n'avait pas attendu leurs derniers avis pour prendre sa résolution. Les armées de Philippe II menaçaient notre territoire au Nord et l'Est. Mais siu: la frontière du Nord, nous n'avions à défendre que des provinces déjà ramenées à l'obéissance, et nous n'avions affaire qu'à un ennemi dont les 4orces étaient alors médiocres. En effet, comme le témoignent d'Aubigné et de Thou, le comte de Fuentes, nommé gouverneur par intérim après
* Pour ce3 deux paragraphes, voir la lettre de Balthaznrd à Rosny dans les OEcon. roy., ch. 60, p. 197 A. — Thuanus, I. CXII, § 3, 4, p. 460, 462.— P. Cayct, 1. VU, p. 661 A, 663. — Matthieu. 1. 1, p. 486. — D'Anbiffné, t. 111, 1. IV, ch. 7 (et non 6), p. 352. — Dom Plancher, l. XXIII, t. IV, p. 627. — La lettre du roi à Rosny, t. IV, p. 374. « Le » lendemain de la réception des lettres de mes cousins le connestable M de Montmorency et mareschal de Biron, par lesquelles iU me don- » noient advis que le connestable de Gastille assembloit de grandes n forces en Lombardie, avec le dessein de descendre au Lyonnois et en » la Bourgogne, et me priaient de me vouloir odvancer, n La lettre du roi à Du Plessis-Momay , t. IV, p. 372, pour le nombre des troupes réunies par le connétable de Gastille et par Mayenne.