‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 234 sur 344 · GOUVERNEMENT ET TENTATIVES DÉLOYALES DU CONSEIL D*ANGLBT · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT ET TENTATIVES DÉLOYALES DU CONSEIL D*ANGLBT

établi au cœur même de son empire, continuer de là ses attaques contre elle *.

La politique à courte vue de lord Burghley ne soupçonna et ne prévit aucun de ces périls ; repoussa secrètementy dès l'abord, les plans de grande guerre, de guerre offensive, proposés par Henri et par son ambassadeur ; n'employa les délais, qu'ils lui laissaient pour répondre , c[u'à essayer contre la France et la Hollande une perfidie qu'il n'eut pas le triste honneur de faire réussir. Dès les premiers jours du mois de décembre, il persuada à Elisabeth de rechercher la paix avec les Espagnols, de tout • tenter pour prévenir par le traité qu'elle ferait avec eux, celui que Henri pouvait conclure, et ne voulait pas conclure, avant de connaître la détermination de ses alliés. Aux termes de l'accord proposé à Tarchiduc Albert par les agents d'Elisabeth dans les Pays-Bas, la reine otfrait de livrer deux des villes principales que les Hollandais lui avaient données en dépôt, Flessingue et Ostende, où elle avait des garnisons et des gouverneurs, et elle demandait à recevoir Calais et Ardres en échange. Henri fut instruit le 16 décembre des projets et des menées du gouvernement anglais*. Par ce marché déloyal, l'Angle-

' ^ Manuscrit du Jounial de de Maisse, fol. 307. — Thuanus, 1. CXXI^ § 8 et 1. GXXV, § 18, t. V, p. 758 et t. VI, p. 65, C6. — P. Oiyet, Ghron. sept., 1. I, p. 35, 36 ; 1. IV, p. 167.

* Manuscrit du Journal de de Malsse, fol 265« '/C6. a 1 6 décembre 1597. » Ceux qui traicteni de la paix entre la reine et les Espa;;nols, cl » ceux qu'elle y emploie sont le milhort Cobau et le milhort Bocchot » (sic) lesquels entretiennent tous les jours quelque intelligence avec » le cardinal (Albert), par le moyen de quelques Anglois qui sont » réfugiez là pour la religion catholique, et toute fois ne laiss nt de » 8*en servir. Et n'y a double que s'ils pouvaient , i7* ne s'accommo^ n dasseni avec le cardinal... Si la reine pouvait avoir Calais des Espa- » gnols^ elle se pourroit accommoder avec eux. »— Lettres de de Maisse au roi des 9 et il janvier 1598, dans le manuscrit de Tambassade, fol. 149, 182. — Les détails précis fournis par de Maisse sur les propositions adressées par Elisabeth et ses miuistres au cardinal Albert, sont confirmés par le lémoigiiage des agents du pnpe médialeur.

iSO LIV. V. CH. X. LE ROI RESTE FERME DAN'3 SES DEUX RÉSOLUTIONS.

terre tout à la fois compromettait d'une manière grave Tindépendance et le commerce des Provinces-unies, et cherchait à se donner une arme menaçante contre la France. En sortant de la guerre avec l'Espagne, elle y laissait à leurs risques et périls la France et la Hollande, car dans le projet de traité, il n'y avait pas un seul mot qui indi^ quât que ses alliés y seraient compris. Tout était sacrifié li l'égoïste désir de se soustraire au fardeau des hostilités, et de gagner Calais et Ardres sans avoir à les conquérir : c'est ce que Ton a qualifié avant nous de double trahison envers la France et la Hollande *.

Cette nouvelle laissa le roi inébranlable dans les deux * résolutions auxquelles il attachait son honndtir. La première était de n'accorder aucun accueil aux propositions de paix de l'Espagne avant d'avoir reçu de l'Angleterre et de la Hollande la déclaration qu'elles refusaient de s'associer à la guerre forte et courte contre leur commun ennemi, et de lui fournir le secours de leurs armées. Le 21 décembre, en répondant aux renseignements que de Maisse lui avait fournis sur les pratiques de l'Angleterre, il lui écrivait :

« Li reine veut, par ce moyen, prévenir mon accord et traiter avec le cardinal. Pour tout cela, M. de Maisse, je vous assAre que je neme hâterai pas davantage de le conclure, car je ne ferai jamais rien indigne d*un prince de foi et d'honneur. J'ai bâti ma fortune sur ce fondement, duquel je me suis très bien trouvé, grâces à Dieu. Soehex que je ne changerai point, encore que je sois de votre avis que quoi qu'ils disent et fassent paroKre où vous êtes, ils n'en useroient de même en mon endroit, s'ils se trouvoient aux termes où je suis.

M(^m. de Sillory, p. 179 180. « Le père jîéuéral estant venu voir lo » riieur do Sillory, luy dit... (pie quinz»^ jours après que ceste nèpo- >» cialion Bcroit roraputi avec la France , elle scroit cooclue avec la M royne d'Angleterre, qui baillevoH Ostende tt Flesingen pour avoir » Cul'tiSy Ardres et Mouthulin, »

^ M. Prévosl-Puradol, cli. 9, p. 145.

LCIIOI EXIGE TOUTE SURETE POURSESALLIÉS.RBPONSBD' ELISABETH. 421

Pariant sollicitez leur réponse, et mettez-vous en peine de découvrir leurs intentions ^

La seconde résolution fixe et arrêtée de Henri était de stipuler les mêmes garanties de paix et d'indépendance pour r Angleterre et la Hollande que pour la France ellemême, et de n'entrer en aucun traité d'accord avec l'Espagne qu'après les avoir reçues. Dès le 23 novembre il avait envoyé Sillery à Saint-Quentin où le légat et le général des Cofdeliers s'étaient transportés pour travailler plus activement à un accord. Il avait donné à Sillery charge spéciale de tirer des ministres de Philippe H et de l'archiduc l'assurance et parole que toutes ses places, et spécialement Calais, lui seraient rendues, et que ses alliés seraient reçus au traité ; d'obtenir pour ces promesses la garantie du cardinal de Florence et du général des Cordeliers ; de déclarer en même temps, jusqu'à ce qu'il eût reçu ces engagements formels, qu'il ne consentirait à aucune assemblée, et n'enverrait aucuns députés pour traiter de la paix. Il renouvelait ces injonctions à Sillery, par ses lettres du mois de décembre, tandis que de Maisse pressait la réponse des ministres anglais et de la reine '.

De Maisse la reçut le 10 janvier 1598. Lord Burghley lui déclara que la reine et le Conseil n'avaient pris aucune résolution relativement à la paix ni à la guerre, telle (jue le roi proposait de la faire, et que des députés lui seraient envoyés pour débattre ces questions avec lui. Le même jour, et dans la dernière audience qu'elle accorda à de Maisse, Elisabeth lui témoigna qu'elle n'avait pas encore arrêté le choix de ces députés; et en effet elle ne les

1 lettre dn roi à de Maisse du 21 décembre dans le manuscrit de l'Ambassade, fol. 123.

< Mém. de Sillery, pages 145, 147, 149, 154, 155. —Lettre du roi au duc de Luxembourg du 30 novembre , dans les Lettres missives, t. IV, p. 884.

4fô LIV. V. CH. X. DE MAISSE EXPOSE AU ROI LA SITUATION.

envoya en France que près de deux mois après. Elle ajouta qu'une guerre faite par les armées des coalisés n'était pas maintenant opportune; qu'on devait l'ajourner à la mort de Philippe II, selon toute probabilité fort prochaine , temps où il serait facile d'accabler l'archiduc. Voilà , eu fait de force militaire, ce que Henri recevait de l'Angleterre pour continuer la lutte contre TEspagne : quaut à l'argent, au lieu de l'en assister, lord Burghley réclamait avec instance le recouvrement des 20,000 écîus, prêtés naguère à Henri sur la caution de Bouillon et de Sancy. Dans sa dépêche au roi du 1 1 janvier, de- Maisse résumait en ces termes les dispositions d*Élisabeth inspirée et dominée par lord Burghley, et l'état de la négociation et des affaires : a La nécessité porte votre Majesté à la » paix ; la crainte et la défiance conduisent- les Etats à la » guerre ; la reine ne désire à bon escient ni F un ni » rautre^ mais elle veut voir ses voisins embrouillés, et » cependant faire ses affaires. Sur ces trois fondements » si divers, je ne sais quel édifice on pourra bâtir. » Et de Maisse pressait le roi de ne pas se préoccuper d'un accord si douteux, et surtout de ne pas l'attendre. Le té~ moignage de l'ambassadeur est confirmé par les historiens étrangers. Meteren qualifie de refus la réponse faite par le gouvernement anglais aux propositions et à la demande du roi * .

Cette politique de l'intérêt personnel laissait au roi la pleine liberté de poursuivre son traité avec l'Espagne , et les menées déloyales du ministère anglais n'y mettaient aucun obstacle. En effet lord Burgliley avait échoué dans le projet de conclure son marché, de consommer l'échange

i Journal de de Maisse du fol. 404 au fol. 409. — Ambassade,

fol. 184 , 18C..— M. Prévost- Paradol , th. XI, p. 200-205 Meteren,

Hist. des Pays-Bas, l. XIX, fol. 408 recto. « La royne refusa la de- » luaude du roy, n'est qu'elle veit plus grande nécessité. »

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