ACCORD DE PHILIPPE II AVEC LES BANQUIERS : SCS PRÉPARATIFS
flottes de l'Amérique et des Indes, avec un intérêt de 10 pour cent par an, sous la condition qu'ils lui feraient un nouveau prêt de 7,200,000 ducats de 53 sous la pièce ; que durant dix-huit mois, ils fourniraient à l'archiduc Albert 250,000 ducats par mois; que pendant le même espace de temps ils enverraient 150,000 ducats chaque mois en Espagne. Cet accord, conclu par Philippe avec les banquiers au mois de janvier 1 598, fut imprimé et publié à Madrid le 24 février. Un don gratuit qu'il lit demander de porte en porte, ajouta avec quelque hoqte , mais dans une mesure considérable, aux rentrées de son trésor *. Même au milieu de son épuisement, l'Espagne conservait des moyens de subvenir à ses dépenses militaires pour un laps de temps infiniment plus considérable que la France. La campagne de 1597 avait dévoré ses dernières ressources. Les fonds manquaient à l'Epargne pour entretenu* une armée au-delà du terme court de six mois. Us manquaient encore pour couvrir les frais de l'expédition de Bretagne, à laquelle le roi et Rosny aiu*aient été contraints de renoncer, si des dons volontaires n'avaient sou-^ lagé leurs embarras financiers. Mais ces dons, qui paraient à une nécessité du moment, ne pouvaient ni se renouveler, ni conduire au-delà du même terme d'une moitié d'année. L'un des hommes politiques du temps , probablement Sillery, négociateur de la paix de Vervins, a décrit d'une manière précise et excellente l'état de la France et de l'Espagne, au commencement de 1598; l'impérieuse nécessité qui commandait la paix à Henri, au milieu de l'abandon où le laissaient l'Angleterre et la Hollande, en fait d'armées, en fait de subsides. Voici en quels termes s'exprime cet homme d'Etat :
» Meteren, ffist. des Pays-Bas, 1. XVHI, fol. 398 ; l. XIX, fol. 41fi, 417. — Thuanus, lib. CXXI, § 6, t. V, p. 755, 756. — M. Ranke, Hisl. des Osmanlid et de la monarchie espagnole, p. 406.
426 LIV. V. on. \. LA FHANCB N*A PLUS D'aRMÉE QUE POUR SIX MOIS.
« Il (^toit du tout impossible au Roi de continuer la guerre. Partant il ne falloit plus délibérer, puisqu*il étoR nécessaire d*en user ainsi, et quMhne pouvoit faire autrement.
» La démonstration de cette proposition peut être faite par tons ceux qui ont connaissance de la pauvreté du peuple, et du fonds des finances du Roi. Ils sçavent que le Roi a été contraint de 8*aîder de tout ce qui vient aux recettes, sans pouvoir faire payer ni les rentes, ni les gages de ses ofiiciers. Avec tout ce fonds, et ce qui a été accordé par la ville de Paris pour le payement des Suisses , on n'a pu faut état pour le payement de l'armée du Roi que de six mois, et encore retranchée et diminuée, comme elle a été pendant Thiver^ pour épargner la di'pcnse. Cet état, tel qu'il ctoit, n'a pu être acquitté ni en Farmée, ni aux garnisons des places frontières les plus importantes, par faute d'argent qui ne put être reçu, quelque dilig<ince qui ait été employée par les officiers et par les commissaires envoyés exprès. De sorte qu'il n'y a de fonds pour les dépenses nécessaires^ pas nôême pour l'ordonnance de la maison du Roi.
» D'avoir recours aux moyens extraordinaires* c'est un chenuD tant battu qu'il est rompu. Il n'en faut plus rien espérer, tant pour la pauvreté et volonté du peuple, que par les difficultés des compagnies pour vérifier les édits.
» Et si de tout le fonds de finances on n'a pu faire état que pour six mois, si cet étal n'a pu être acquitté, où aurait-on pris les moyens pour payer une anné« puissante, comme ellti scroit nécessaire pour assaillir un si puissant ennemi ; pour assurer les places de Picardie et Champagne, qui sont en tel état qu'une seule, sans armée, ne se pourroit défendre?
9 L'ennemi avait son armée prête, composée de huit à neuf mille Espagnols, de dix mille lansquenets et le reste de Wallons, jusques à vingt-cinq mille hommes. Il y a parti fait et assuré pour le payement, et nous sommes également mal fournis et préparés de toutes choses '. ■
Un ofEicior général do notre armée, Montigny , coniîrme pleinement ce témoignage sur la pénurie du Trésor, sur les misères et le faible de notre situation, a M. de Nevers, dit-il, est vers cette frontière (de Champagne) mais mal assisté de (Capitaines, de soldats et d'argent. MM. le
* Discours sur le traité de paix fait à Vervins le deuzièine may 1598, j)aK(*8 381-383, placé à la suite du mémoire de Sillery, et très-probablemeut composé pur lui.
LE ItOI ACCEPTE LE CONGRÈS DE VERVINS. Hl
connétable et maréchal de Biron qui ont la charge de Picardie sont encore ici : faute de paye tous les soldats se débandent, même ceux qu'entretenaient les Ltats des Pays-Bas, pour ne recevoir meilleur traitement que les autres *. »
Il fallait que Henri pourvût au salut de la France avant ce terme fatal de six mois, avant que les dernières ressources financières et militaires du pays fussent épuisées, et que ses destinées pussent être de nouveau mises en jeu. Le roi ne pouvait y parvenir qu'en travaillant sans retard à rétablir la paix avec TEspagne. Aussi le 12 janvier 1598, il donnait au général des Cordeliers, pour être remise à l'archiduc, sa réponse portant : qu'il consentait à faire l'assemblée des députés pour la paix qui lui avait été demandée, et qu'il agréait Vervins pour le lieu du congrès. Ses plénipotentiaires furent le chancelier de Bellièvre et Sillery. Dans l'instruction et les pouvoirs qu'il leur donna, il se montra aussi soucieux des intérêts et de la sûreté de ses alliés que de ceux de la France même. On y lisait l'article suivant : « Le pouvoir sera donné » aux députés d'Espagne de traiter la paix avec le roi de » France, la reine d'Angleterre et ses alliés (la Hollande)» . Il était enjoint aux ambassadeurs français de n'entamer aucune négociation avant que les députés de l'archiduc et de Philippe II eussent produit ce pouvoir. Les plénipotentiaires des deux puissances s'acheminèrent à Vervins le 29 janvier, pour ouvrir le congrès, sous la médiation du pape et sous la présidence du cardinal de Florence. Au cas où les négociations aboutiraient à un traité de paix, le duc de Savoie devait y être compris *. Les resti-
1 Lettre de Montigoy du 10 février 1598, dans les Mém. et corresp. de Duplessis-Momay, t. VllI, p. 31, 32.
* Mém. de Sillery, p. 159-161.— Thuanus, l. CXX, § I, t. V, p. 720, 721. — P. Gayet, Chron. sept., 1. I, p. 7, 8.