‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 238 sur 344 · LIV. V. CH. X. LIAISON DES NÉGOCIATIONS ET DES INTÉRÊTS IITTFJI · texte numérisé non relu

LIV. V. CH. X. LIAISON DES NÉGOCIATIONS ET DES INTÉRÊTS IITTFJI

tutions auxquelles il était obligé devaient nous faire rentrer dans le surplus des villes que les étrangers nous avaient enlevées ; rendre à la France , sans conabat , l'intégrité de son territoire, et le dernier reste de ses conquêtes en Italie, le marquisat de Saluces.

Si nntérèt général du pays, en ce qui touchait à son existence même, imposait au roi un accord avec l'Espagne, l'attitude des partis à Tintérieur , la situation déploraUe de trois provinces de TOuest ne le lui commandaient pas moins impérieusement. Il avait une guerre civile à prévenir, et une autre à terminer. Le parti protestant conti* nuait à menacer la France d'un soulèvement armé: Matthieu témoigne que, pour le contenir, il fallait le déploiement de la force publique, et que cette nécessité fut de moitié dans l'expédition de Bretagne *. Sous peine de laisser périr la Bretagne, le Poitou, l'Anjou, le roi devait sans retard y conduire une armée, abattre le dernier reste de la Ligue dans le royaume. La continuation des hostilités avec l'Espagne exigeait la présence de Henri; remploi des forces précaires qui nous restaient dans le Nord, sur la frontière de Picardie, (excluait l'expédition de Bretagne. Au contraire l'ouverture des négociations avec ri^^spagne, la suspension des attaques contre nos villes frontières, qui en était la conséquence obligée, appuyées d'une médiocre armée, mettaient nos provinces septentrionales à l'abri , permettaient et favorisaient l'expédition de Bretagne. Villeroy a bien exprimé l'union et la correspondance de ces faits quand il a dit : u D est certain » que l'esi)érance que les Espagnols ont conçue de parvenir » iï ladite paix par le moyen de leur députation, et la jalou-

^ Multhiou, Hisl. des derniers Iroubles^, fol. 1Î7 recto, Lyon, 1610 iii-80. « Ceux de la religion prétendue réformée s'estoient assemblez M à Chalellerault : un bruit avoil couru qu'ils vouloieiit lever leâ » armes : le roij avoit entrepris le voyage de Bretagne pour y donner » ordre. »

ETAT RELIGIEUX ET POLITIQUE DE LA BRETAGNE. iî9

» sie que M. de Mercœur eu a eue, ont aidé à retenir et emî) pêcher les uns d'entreprendre en Pic«irdieeten Champa- » gne, sur Téloignement de Sa Majesté ; et à étonner da- D vantage et tant plus tôt ranger à la raison le duc de Mer- » cœur et les siens *. » Un exposé de Fétat de la Bretagne, du Poitou, de l'Anjou, va démontrer que le roi ne pouvait retarder plus longtemps un voyage armé dans ces pays, sans les exposer à une prochaine et complète ruine. Les registres des États de Bretagne dépeignent en ces termes navrants les calamités de ce malheureux pays, du commencement de Tannée 1593 à la fin de 1597. Les soldats, après avoir épuisé toutes les cruautés que la corde , le fer et le feu ont pu leur fournir pour extorquer leur argent au laboureur et au marchand des campagnes; après avoir pillé les maisons des paysans, enlevé leur bétail, brûlé ce qu'ils ne pouvaient emporter, violé leurs femmes et leurs filles sans distinction d'âge, les ont enfermés, pour les contraindre à racheter leurs femmes et leurs enfants, dans des cachots où les vivants sont accolés aux cadavres des morts. Les gens des localités environnantes, pour échapper à ces supplices, se sont réfugiés dans les champs et dans les bois, où ils se nourrissent d'herbes, et meurent la plupart au bout de quelques jours. Das paroisses entières sont désertes, les grosses bourgades abandonnées de tous leurs habitants, surtout dans les cantons éloignés des villes et des lieux de retraite : il ne reste que bien peu de noblesse et d'habitants dans le pays. Les historiens et les chroniqueurs du temps ajoutent quelques traits à cet affreux tableau. Dans une multitude d'endroits, disent-

* Mém. manuscrit de Villeroy, fol. 9 verso h la fin. L'orthographe du temps n'est pas reproduite. — La lettre du roi du 14 mars 1598, dont on trouvera ci-après Textrait, montre que Touvcrture des négociations avec TËspagne entraîna comme conséquence de la part de Tarchiduc la suspension de toute entreprise contre les places de Picardie et de Champagne.

iSTl LIV. V. CH. X. DETRESSE DE L\ BRETAGNE. DC POITOC, DE L^AMOC.

ils. les Itf^rres sont restées sans cultore : le blé et le seigle ont monté à douze ou quinze fois au-dessus de leur râleur ordinaire, et la famine a sévi : on a en à condamner des pères, qui avaient tué leurs enfants pour les soustmin; au supplice de languir et de périr lentement de foîm. La peste nommée mal j aime a joint ses ravages à ceux de la famine, aux fureius de la guerre, aux atrocités des Fontenelle et des Gouleine pour achever la dévastation et k dépopulation de la province. Au mois de septembre 1597, le roi écrivait à Duplessis-Momay : « Il faut à présent »» recouvrer la Bretagne : le pays se perd, et ne peut être » sauvé que par ce remède *. » L*état du Poitou et de l'Anjou n'était guère moins misérable que celui de la Bretagne. Après la prise du château de La Grange, et de la ville de Mirebeau. livrée en trahison à Mercœur, la désolation du Poitou fut sans mesure. On voit par la corres- [Kjndance du roi et Texposé de deThou, que lescourses des garnisons, mises par le duc dans ces places, achevèrent de ruiner la province, qui avait jusqu'alors extrêmement souffert de la guerre civile. L'Anjou avait son fléau dans les trois chefs ligucnirs Duplessis de Cosme. et les deux frrTCs Sainl-Offang<î Heurtault et Lahoussaye. Duplessis tenait Craon : les deux frères Saint-Offange occupaient avec une forte garnison la ville de Saint-Symphorien , et la forteresse presque imprenable de Rochefort, située près

* Prruvi.s (11? l'hist. «Je BrelapiiP, par Dom Morice, t. 111, col. V.hl H riiiv.— Tliuanu<, 1. CXIII. j; 13, t. V, p. 508. « Ad ca?lera Aruiorie» )i ma la, qiiic faux*, va-flitale, <*t ru?ticjc plebis passim agros de:sereiitis » p'initibus atllii.tabatnr.... nova ralamilas accessit.» — Lettre missive du il *epl»Tiil»r<' , t. IV, p. 8*)1. — M. Gréiroire a donné d^amples 4*t iinpnrtanls fx traits «l«\s Ki'gi>tres d»\s Etats, et des diveis historiens et chroniqiiLMirn broloiis cont»Mnporains, au rbap. XI, p. 287-290, de son ouvrage intitnit* : Ln Lifjue en Bretagne. Une r«> vision sévt-re de 6on oavrafzf pourra conduire l'aubuir à modifier quelques-uns de ses jujrements sur les bomuies et sur les choses, et à corriger quelques inexactilu'ies «pie non.- relèverons ci-après.

HBNRI RÉSOUT DE SAUVKR LES TROIS PROVINCES DE LA RUINE. i3l

du confluent de la Loire et de la Mayenne. Partant de ce poste, que les contemporains nomment une caverne de brigands, ils descendaient la Loire avec des galères armées jusqu'aux confins de la Bretagne, la remontaient jusqu'à la frontière de la Touraine, pénétraient journellement par la Mayenne jusqu'aux portes d'Angers, désolaient la province entière par leurs pillages et leurs exactions depuis neuf ans. En 1 597 ils avaient enlevé tous les blés, et pris jusqu'aux semences; il n'y avait plus d'espérance qu'on pût semer en la présente année pour avoir récolte l'année suivante ; les laboureurs et les métayers étaient contraints de vendre leurs bestiaux pour vivre. Angers et les autres villes royales étaient menacées de la famine, si le pays n'était promptement délivré de ces^ courses de bandits, qui s'accomplissaient au milieu du sac des châteaux des nobles, de la destruction des habitations des paysans,' du massacre indistinct des citoyens des deux religions *. Ainsi ce n'était pas seulement l'empire des lois et de la justice , mais aussi la sûreté des propriétés et des personnes qui avaient entièrement péri en Bretagne, en Poitou, en Anjou, dans l'anarchie qui avait remplacé la juste et protectrice autorité de la royauté.

Henri résolut de tirer à tout prix les trois provinces de ce sanglant chaos. Dès qu'à la fin de novembre 1597, il

* Lettre missive à Malicorae vers la fiu de mare 1597, t. IV, p. 727. « J*ai receu vos contre-lettres des 11 et 17 du mois passé, et sceu par » icelles les maux et misères que supporte mou pays de Poiclou. » — Thuanus, 1. CXVlIf, § 17, t. V, p. 686, 687. « Quo Pictones, qui belli » civilis incendia hue illuc toleraverant, orauino vastati sunt. » — Pour l'Anjou et les Saint-Offange . voir ; Thuanus, 1. Cm, § 15, t. V, p. 1*6, 147, et l. CXX, § 3, p. 723. « Inde navigiis armatis supra in fra- » que flumen continuo excurrebant, et prandis usque sub Andegavi » portas quotidie factis, totam provinciam, niiseranduro in modum, » totos IX annos infesta verant. » — M. Mourin, les Registres du pays, et les auteurs cités par lui, p. 273, 274, 306, 307, dans son sérieux et beau travail intitulé : La Ré forme et la Ligue en Anjou.

432 LIV. V. CH . X . LB ROI CREE DES RESSOURCES FINANCIÈRES POUR 6 MOIS.

vit les négociations avec FEspagne se lier fortement, il prépara l'expédition de Bretagne, qui du même coup devait délivrer le Poitou et l'Anjou. Dans la pénurie à laquelle le grand appareil militaire de 1597, les extraordinaires et lourdes dépenses du siège d'Amiens avûent réduit le Trésor, la grande difficulté était de trouver des fonds pour entretenir deux armées, au moins pendant quelques mois. Le roi demanda un dernier sacrifice aux classes qui pouvaient encore le supporter, et les y décida. Les 5 et 16 décembre, dans une assemblée générale , Téchevinage d'Angers lui vota une somme de 24,000 écus ou 72,000 livres du temps, pour l'aider à réduire les pays occupés par Mercœur et par ses lieutenants. Le 12 décembre, il obtint de la municipalité de Paris 20,000 écus par mois, pendant quatre mois, pour la continuation de la paye des Suisses: En même temps, il reçut des États de Bretagne la promesse de lui fournir 50,000 écus par mois, durant le même espace de quatre mois, et en total 200,000 écus, pour la solde des troupes qu'il conduirait dans leur pays : les villes royales de la province, moins ruinées que les campagnes, s'engageaient le 12 décembre à parfaire ce subside. Rosny ramassa avec soin le reste des deniers dont il avait été fait fonds pour le siège d'Amiens, et opéra la recberche des parties égarées. Ces sommes jointes aux anciens impôts, aux deux nouveaux impôts du sou pour livre et de l'augmentation sur les droits du sel, qui commençaient à donner des produits, fournissaient les ressources voulues pour l'entretien de notre état militaire pendant la durée de la guerre. Mais il fallait que la guerre se terminât à court délai, et la suppression ou rajournement seulement de Tune de ces ressources devait jeter le roi dans les plus graves embarras. Après avoir arrêté ces mesures financières, Henri l)ourvut au rassemblement des troupes pour l'expédition

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