TRAITÉ DO ROI AVEC IIERGŒUR, A ANGERS
avee le duc de Mercœur. Voilà l'assurance qu'on peut prendre sur les promesses des peuples ^ »
Devant ces obstacles, le roi renonça sagement à l'emploi exclusif des moyens précaires de la force , ouvrit les négociations, recourut aux concession^. Rosny, arrivé au moment où elles étaient consenties , le blâma d'avoir traité avec le duc de Mercœur autrement qu'à coups de canon, et ailleurs que dans Nantes. Henri lui répondit vivement et victorieusement : « Ce que vous dites eût été fort bon, si j'eusse eu toutes mes forces et artilleries prêtes ; mais il n'y a pas trois jours qu'elles étaient encore séparées, sans même savoir où vous en étiez d'argent; car d'aller attaquer une telle ville sans moyens de quoi la prendre, ce n'était ni mon intention ni la raison. » Or, on voit par leur correspondance , qu'il n'y eut de fonds faits pour acquitter la solde d'une partie seulement de l'armée et pour la faire marcher, que le 26 avril; et que par conséquent l'occasion d'amener Mercœur à se soumettre pouvait échapper*. Tels furent les motifs déterminants du roi, et Rosny ne faisait certainement pas acception assez grande des difficultés. Les historiens, venus après lui, ont beaucoup trop déféré à son opinion contre les faits : ces mêmes faits démontrent que l'influence de Gabrielle d'Estrées fut nulle, au moins sur les parties essentielles de la convention. Le traité, entamé aux Pontsde-Cé le 6 mars, continué à Angers^ fut conclu le 20 mars, accepté et signé le 23 par Mercœur. Le roi el son Conseil exigèrent rigoureusement tout ce que demandaient l'ordre et la paix publics, les grands intérêts de l'Etat 3. La re-
1 Lettres Missiv. des 10 et 15 mars 1598, t. IV, p. 923, 924, 930. L'orthographe du temps n'est pas conservée.
« SuUy, CEcon. roy. , chap. 79 et 81 , p. 270, 280, 281. — Lettres Biissiv., t. IV, p. 964, 965. La lettre du roi est datée, à la fin, du 21 août : c'est une faute, il faut lire 21 avril.
* Les cinq hommes, également remarquables par leurs lumières et
448 LIV. V. CH. XI. SOUMISSION DES GOUVEHimillS DE PLACES.
quête des bourgeois de Nantes^ relativement au gnavernement du pays et de Nautes, fut écartée. Il fut décidé que le duc de Mercœur sortirait de la Bretaj^ne, qu'il renoncerait au gouvernement de cette province, qu'il remettrait toutes les places et châteaux où il avait garnison. Il consentait au mariage de sa fille unique avec César, fils naturel du roi et de Gabrielle, et il leur assurait les immenses domaines de la maison de Penthièvre, dans les diocèses de Dol et de Saint-Brieuc. En échange, Mercœur et tous ceux qui avaient suivi son parti obtenaient pardon et abolition , et de plus l'énorme somme de 4,29 5 ,000 livres du temps (environ 13 millions, 200,000 livres aujourd'hui). Le duc, en outre, pour qu'il n'eût pas l'air d'un proscrit, était maintenu dans sa capitainerie de cent hommes d'armes, et dans le gouvernement particulier de Guingamp, Montcontour, Lamballe, l'île Bréhat, petites places sans importance, n'ayant à elles quatre que cinquante hommes de garnison, et dans aucune desquelles il ne pouvait résider * .
A peine ce traité fut-il conclu, que sommation fat faite à tous les gouverneurs qui n'avaient pas encore reconnu l'autorité du roi, de venir se soumettre, sons peine d'une punition exemplaire, s'ils osaient désobéir. Nul d'entre eux, après la réduction de Mercœur, ne se jugea en état de résister. Champigny, qui était maître de Tiffauges; Villebois, de Mirebeau; Bourcani, d' Anleur expérience des affaires^ chargés par le roi de traiter avec les envoyés du duc de Mercœur, furent Schomberg, de Thou, Galignon, de Gèvres, le président Jeannin (Thuauus, 1. CÎX, § 4, t. V, p. 743). * Articles publics et secrets accordés au duc de Mercœur, danâ les Preuves pour l'histoire de Bretagne de Dom Morice, t. HI, col. 1657- 1G67. Le duc est maintenu dans sa capitainerie de cent hommes d'armes et dans le gouverniiment des quatre petites villes par les articles secrets VII et XXII. — Thuanus, 1. GXX, § 4, t. V, p. 7«3, 724. — SuUy, CEcon. roy., ch. 151, t. Il, p. 30 A, pour les sommes accordées à Mercœur et à ses partisans.