‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 247 sur 344 · ATROCITÉS DE FONTENELLE : RAISONS DE SON PARDON. H · texte numérisé non relu

ATROCITÉS DE FONTENELLE : RAISONS DE SON PARDON. H

cenis et de sa citadelle, se hâtèrent de se soumettre : tous les autres les imitèrent. Un seul, Fontenelle, pouvait braver les injonctions comminatoires, et faire à la France un sensible dommage. Le roi et «on Conseil craignaient qu'il ne livrât aux Espagnols Douarnenez et l'île Tristan. Pour le détourner de celte résolution désespérée, ils lui accordèrent le maintien de son gouvernement, une compagnie de cincpiante hommes d'armes, et par-dessus tout, J'abolition de ses crimes (20 mars, 26 avril). L'un de ses forfaits, qu'il rangeait lui-même parmi les plus impardonnables, et pour lequel il sollicita une rémission spéciale, étaient les atrocités commises par lui à Penmarch. Après la prise du fort de cette ville, il avait fait mourir dans les tourments plus de cinq mille paysans, déshonoré lui-même et fait déshonorer par ses soldats toutes les femmes et toutes les tilles au-dessus de dix-sept ans, mis le feu à plus de deux mille maisons, pillé et emporté tous les meubles de quelque espèce qu'ils fussent *. Tous les gouverneurs pour la Ligue, y compris Fontenelle, ayant mis bas les armes, partout dans la Bretagne, comme dans le Poitou et l'Anjou, l'autorité royale , et avec elle l'ordre et l'empire des lois, se trouvèrent rétablis. Dès lors fut accompli ce qu'un grand citoyen, Duplessis-Moruay , souhaitait quelques mois auparavant : a II n'étoit laissé en Bretagne

» Thuanus, 1. CXX, § 4, t. V, p. 724. Voici la traduction de ce passage : « Jacques de la Vigne de la Bastide fut envoyé à Champigny » qui étoit maitre'de Tiffauges; à Villebois qui Tétoit de Mirebeau; » à Bourcani qui avoit manqué de fidélité au duc d'Elbœuf^ et s*étoit » emparé du cbâteau d'Ancenis. La Bastide les somma au nom du roi » de se rendre. » On lit dans M. Grégoire, p. 280 : « Villebois rendait » Mirebeau^ Champagnac, Tiffauges. » En comparant ce passage avec le texte de de Thou, on volt tout de suite qu*il renferme plusieurs inexactitudes et confusions d'hommes et de choses. — Dom Morice, 1. 111 , col. 1656, 1681, 1683. 1691, 1692. Dans l'abolition pour Fontenelle : a Nous avons quitté et déchargé le sieur de la Fontenelle de tous » crimes, maléfices, bruslemens, notamment de la prise de Pennemarch^ » el des maisons de Couetfret et Guerrand, »

450 LIV. V. CH. XI. LE TRAITÉ APPROUVE PAR DOPilMSETmMrraOUlICT.

D aucun germe y aucun levain de la Ligue, pour aigrir et » lever la pâte qui en restoit au royaume '. i» En £aveur du mariage de son fils avec la fille du duc de Meroœur, comme consolation accordée au duc et à sa femme de la ruine de leur fortune princière, comme facilité apportée à la conclusion du traité , le roi donna à son fils César le duché de Vendôme, distrait du domaine de Navarre, et lui conféra peu après le gouvernement de Bretagne. Mais sa prudence prit soin de tenir la couronne et l'État en garde contre Tabus des apanages. Les contemporains re- ' marquent qu'il mit constamment dans la Bretagne un lieutenant général, et dans les villes principales des gouverneurs, sur la fidélité et le dévouement desquels il pouvait compter. Il est très-remarquable que Duplessis- Momay, chargé depuis plus de deux ans des négociations en Bretagne, instruit à fond des motifs qui pouvaient décider Mercœur à se soumettre, des moyens de pacifier le pays, non-seulement approuva, mais provoqua et prépara, dans l'intérêt public, le mariage de César avec la fille du duc, et la collation du gouvernement de Bretagne à ce jeune prince. Il est également digne d'observation que le roi soumit au connétable le traité avec Mercœur, et ne le signa qu'après avoir reçu de lui l'assurance qu'il le trouvait conforme au bien de l'État *.

La soumission de Mercœur termina le soulèvement de la moitié du royaume, commencé dix ans auparavant sous le règne de Henri III. Elle mit fin à la Ligue consi-

* I>îttrc à Schomberg du 26 novembre 1597, dans les Mém. et corresp. de Duplessis-Moruay, t. VII, p. 405.

« P. Gayet, 1. IX, p. 785. « Le petit prince Goosar Monsieur fut fait » gouverneur de Bretagne, où depuis le Roy mit partout des lieU' M tenants généraux à sa dévotion. » — Lettre de Duplessis-Momay à Schomberg du 26 novembre 1597, t. Vil, p. 406, 407. « Je n'ai oublié » les persuasions les plus intim(*s, m etc. — Lettre du roi au connétable du 21 mars, t. IV, p. 935, 936.

AVANTAGES DU TrtAlTÉ : PROMPT ENREG. PAR LE PARLEMENT DE PARIS. 451

dérée comme révolte de la société religieuse contre le gouvernement politique. Elle mit fin aussi à la tentative armée de l'aristocratie pour démembrer le royaume en principautés indépendantes ; Mercœur était le dernier des grands seigneurs qui avaient essayé de changer leurs gouvernements en comtés et en duchés féodaux. Les biens de la maison de Penthièvre, dernier grand domaine qui fût en France, entrés par mariage dans la maison royale, étaient un fait capital; dont nous apprécierons plus tard les conséquences.

La prudence demandait que l'on se hâtât d'assurer ces importants résultats. En effet, au moment où le roi éteignait la guerre civile du côté des catholiques par la soumission de Mercœur, il avait à craindre de la voir renaître du côté des calvinistes : contenus momentanément , mais non soumis, ils persistaient dans leur violente opposition et dans leurs projets de révolte , s'ils n'obtenaient du roi le nouvel édit objet de leur poursuite. La paix de Vervins n'était pas conclue : Philippe II pouvait dans de nouveaux troubles intérieurs, plus sérieux que ceux qui avaient suivi la prise d'Amiens, retrouver tout-à-coup des chances de succès, et prendre ses avantages contre la France. Le Parlement de Paris comprit la gravité des circonstances, et, libre des préventions religieuses, car Mercœur était catholique, libre de tout intérêt personnel, il se hâla de sanctionner le» conventions arrêtées parle roi. Le Parlement enregistra l'édit accordé au duc de Mercœur le 26 mars, la Cour des comptes le lendemain, la Cour des aides deux jours plus tard. La Cour des comptes de Nantes se montra moins sage, éleva des difficultés, et mit des restrictions que Henri eut à vaincre par les prescriptions les plus impératives. Cependant, au milieu de l'impatience que lui causait l'aveuglement des magistrats, il n'oubliait pas de rappeler les principes de la juste distribution des

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pouvoirs, et il annonçiût que, s'il ne tenait aucun compte de leur opposition^ c'est qu'ils s'immisçaient dans les droits de faire la guerre et la paix, de conclure les traités, qui appartenaient exclusivement à la couronne. « Je vous envoyé mes lettres de jussion pour ma Cour des comptes afin de lever les modifications au registrement des articles secrets que j'ai accordés à mon cousin le duc de Mercœur. Elle s'est tant oubliée que d'avoir pensé que je les envoyois pour en avoir avis, et les mettre en délibération. En telles afiaires, je ne communique mon pouvoir à personne : à moi seul appartient, en mon royaume, d'accorder, traiter, faire guerre ou faire paix, ainsi qu'il me plaira. Ç*a été une grande témérité aux officiers de ma dite chambre de penser diminuer un iota de ce que j'ai accordé ; nulle compagnie de mon royaume n'a été si présomptueuse, aussi ne les fais-je pas juges ni arbitres de telles choses; cela ne s'achète pas aux parties casuelles. Faites donc entendre ma volonté à ma dite chambre , qu'elle obéisse à mes commandements, et m'envoye incontinent l'arrêt d'enregistrement pur et simple par ce porteur *. »

L'èdit de réduction, qui délivrait la Bretagne de la guerre et du brigandage, portait en même temps réorganisation et réforme de l'administration civile dans toutes ses branches. Parlement, cour des comptes, sénéchaussées, sièges présidiaux, autres juridictions et charges de justice et de finances, étaient rétablis. Les officiers attachés à ces divers corps et à ces divers services, tant du parti royal que du parti de la Ligue, étaient réintégrés dans Texercice de leurs états et fonctions, remis en jouissance de leurs rangs, des libertés et prérogatives attribuées à leurs états, tels que ces états existaient avant la naissance des troubles. En ce qui concernait le Parlement

* Lettre de Henri IV à Rosny, du 30 avril 1598, daDs les Lettres Missives, t. IV, p. 970.

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