LE CONGRES DE VERVINS : MARCHE ET CONTENU DU TRAITÉ
on sortait à peine. A moins donc que l'Angleterre et la Hollande, changeant tout à coup de conduite politique à son égard 7 ne lui fournissent sans retard des armées auxiliaires et des subsides , les seuls avantages qu'elle pouvait poursuivre présentement étaient la paix qui lui permettait de se rétablir, la délivrance de son territoire, le recouvrement des villes et pays tombés au pouvoir de l'Espagnol et du Savoyard.
Ce fut sur ces bases qu'elle entama les négociations à Vérvins le 9 février 1598, et qu'elle les poursuivit pendant trois mois. Les plénipotentiaires pour la France furent Bellièvre et Sillery ; pour l'Espagne, Richardot et Taxis ; les médiateurs, le cardinal de Florence et le général des Cordeliers représentant le pape. Toute la discussion porta sur les restitutions qui devaient être faite» à la France, soit par l'Espagne, soit, par la Savoie, et sur les garanties qu'exigea le roi pour l'Angleterre et la Hollande ses alliées. Il fut convenu que l'Espagne rendrait à la France toutes les places conquises sur elle dans la Picardie , le Boulenois, la Bretagne , et ces villes furent nommément désignées. Il fut stipulé que la restitution aurait lieu dans l'espace de deux mois pour les places de Picardie et du Boulenois, de trois mois pour celles de Bretagne. Comme garantie de la fidélité à tenir ses engagements, le roi catholique dut livrer quatre otages, aussitôt après la signature du traité. Le duc de Savoie s'engagea à se dessaisir des deux villes qu'il retenait encore à la France, en Pi'ovence et en Bourgogne ; mais il éleva de longues et opiniâtres difficultés au sujet du marquisat de Saluées. Il avait usurpé sur la France le marquisat, dernier reste de nos conquêtes en Italie, pendant les troubles de la fin du règne de Henri III. Il prétendait le garder en le tenant seulement en fief de la couronne, et il mettait en avant que le roi Henri IV avait, l'année précédente , entamé
458 LIV. V. cil. XI. CONDITIONS POUR LA .FRANCK ET POOII 8K8 ALLIÉS.
avec lai un traité, dans lequel il offirait de lui abandonner le marquisat à cette condition. Sillery répondit à Tarnbassadeur du duc qu'à la vérité le roi y avait consenti, mais dans un temps où Tétat de ses affaires l'engageait à détacher le duc du roi d'Espagne, à quelque prix que ce fût ; que l'ambassadeur n'ignorait pas qu'à cette condition on en avait joint d'autres, qu'il passait sous sil^ice pour ne pas brouiller ensemble les puissances amies ; * donnant à entendre que le duc, en retenant le marquisat, aurait aidé le roi à conquérir le Milanez sur l'Espagne. La France tint bon pour la restitution du marquisat, et le cardinal de Florence leva l'obstacle en proposant de renvoyer le différend à l'arbitrage du pape, expédient qui fut adopté *.
Mais les plus grandes difficultés vinrent du soin que le roi et ses ambassadeurs apportèrent à garantir à l'Angleterre et à la Hollande les mêmes avantages de paix, de sécurité, d'indépendance, qu'ils poursuivaient pour la France elîe-mème. On trouve dans une récente histoire que Henri était toujours prêt à sacrifier ses alliés, pourvu qu'il obtînt pour lui-même des conditions avantageuses, et qu'à Vervins if conforma sa conduite à ces principes *. C'est le contrepied de cela qu'il faut prendre pour arriva* à la vérité.
Le 9 février, à la première séance du congrès de Ver-
* Mémoire de Sillery, dans les Mém. très-particuliers, p. 174, 175, 191, 193, 204-263. — Davila, 1, XV, t. lU, 2" partie, p. 131. — Lettre du roi à Bcllièvre et Sillery du 4 mars 1598, dans les Mém. etcorresp. de Duplessis, t. VUl, p. 161-172.
« M. de Sismondi, Hist. des Français, t. XXI, p. A73-477. — Le roi, et plus encore les faits, répondent victorieu:?ement à cette imputation. Dans cette même lettre, p. 172, le roi dit : « Je ne veulx pas m'obli- » ger de me séparer de l^amilié de mes alliez, combien qu'ils demeaw rent en guerre avec les Espaignols, afin qu'ils ne me reprochent que M je me suis accommodé à leurs dépens, » Cette lettre est omise dans le tome IV du recueil des Lettres Missives.