POUVOIR EXIGÉ DE PHILIPPE II POUR TRAITER AVEC NOS ALLIÉS
vins, les plénipoteotiaires échangèrent leurs pouvoirs. Les pouvoirs produits parles plénipotentiaires espagnols^ pour traiter avec la France, furent trouvés régidiers et suffisants. Mais en ce qui concernait l'Angleterre et la Hollande, ilsn'apportaientqu'un pouvoir émané de Farchiduc^ pour traiter avec les ambassadeurs de ces deux puissances, si elles voulaient en envoyer, et promesse de Tarchiduc de faire ratifier çnsuite par le roi catholique ce qui aurait été arrêté et conclu. Les plénipotentiaires français réclamèrent sur-le-champ. Ils dirent qu'il n'y avait ni mandement ni pouvoir du roi d'Espagne , sans lequel celui de l'archiduc ne pouvait valoir ; que l'intention hautetement déclarée du roi avait toujours été de ne traiter qu'au cas où ses alliés seraient compris dans le traité ; qu'on ne lui donnait sur ce point aucune assurance ; qu'ill'exigeait absolument ; que jusqu'à ce qu'il l'eût reçue, rien de ce qui pourrait être agité au congrès n'aurait caractère de convention même préalable, mais resterait provisoire et précaire. Peu après, le roi fit par lettre une déclaration semblable, et les ambassadeurs espagnols furent obligés d'envoyer un courrier en Espagne, lequel revint le 31 mars avec un pouvoir en forme du roi catholique pour traiter avec l'Angleterre et la Hollande *.
Henri ne s'en tint pas là : pendant ce voyage du courrier, il demanda à l'Espagne une trêve de trois mois pour l'Angleterre et la Hollande, afin de leur donner toute facilité d'être comprises au traité si elles voulaient y entrer,
> Mém. de Sillery, p. 170, 172-174. - Lettre du roi du 21 février 1598 aa duc de Luxembourg, t. IV, p. 910, 911. n Mes depputez ont com- » mencé de traicter des affaires fort avant à Vervins ; mais parce que » les depputez du roy d'Espagne n*ont apporté un pouvoir de leur o maistre pour traicter avec la royne d*Angleterre , il faudra en en- » voyer quérir un en Espagne. Je ne veux donner occasion à la dicte » royne de se plaindre de ma foy. » — Lettre de Bellièvre et Sillery à Villeroy du 13 avrils dans les Mém. et corr. de Duplessis^ t. VIU, p. 311, 312.
460 LIV. V. cil. XI . TRÊVE POUR L'ANGLETERRE ET LA HOLLANDE EXIGEE.
et de recevoir la paix si elles l'agréaient. L'ADgleterre et la Hollande n'avaient envoyé aucun député au congrès : elles n'avaient adressé aux plénipotentiaires aucune demande tendant à obtenir ni paix ni trêve. Les ambassadeurs espagnols se récrièrent : ils dirent qu'il était sans précédent qu'on accordât une suspension d'armes à des puissances qui ne la sollicitaient pas^ et qui ne donnaient même aucun signe qu'elles la désirassent. La contestation fut si vive qu'on put craindre que le traité, déjà convenu dans toutes ses parties principales, ne se rompit. Le roi ayant déclaré par lettres de Villeroy d'abord, et de luimême ensuite, qu'il perdrait plutôt non -seulement les villes qu'on parlait de lui rendre, mais même son État, que de séparer un seul instant sa cause de celle de ses alliés, et ne pas obtenir pour eux l'avantage qu'il réclamait, les Espagnols cédèrent enfin : l'archiduc et Philippe II accordèrent une trêve de deux mois à l'Angleterre et à la Hollande pour leur donner le temps de se décider *.
L'Angleterre et la Hollande, cette dernière poussée par la force et par la crainte à conformer ses résolutions à celle d'Elisabeth et de ses ministres, répondirent d'une
1 Mém. de Sillery, p. 294, 295, 304, 305, 810, 331, 333. — Lettre de Villeroy aux négociateurs français, Bellièvre et Sillery, du 3t mars 1598, dans les Mém. de Duplessis, t. VIII, p. 259. «Sa Majesté dict que » l'on veut accabler ses amis et alliés à force d'armes, en faisant la » paix avec elle; qu'elle a toujours dict à M. le légat qu*elle demau- » doit le sien, et que ses alliés fussent compris en la paix comme elle » ne voulant les aibandonner; mesme que vous lui avés escrit que » vous estimiés que aussitost que l'on proposeroit la dicte suspeDsion M d'armes ou tresve, elle seroit accordée. Sa Majesté voit maintenaut M qu'on la refusée alin de la surcharger de honte et de reproche en- M vers ses alliés, et non-seulement leur manquer de foy, mais aussi )) estre faulteur de leur ruyne... Le roy perdra plus tost, je ne diray » pas les villes que l'on parle de luy rendre, mais son Estât que de M faire une telle lascheté. » Le roi dit la même chose, presque dans les mêmes termes, le 9 avril, p. 295.