‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 256 sur 344 · TRAITÉ DE VERV1N8 : SES CONDITIONS ET SES CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE VERV1N8 : SES CONDITIONS ET SES CONSÉQUENCES

de France et d'Espagne signèrent la paix à Yervins le 2 mai 1598. Le traité de Cateau-Cambrésis était remis en vigueur et devenait la loi commune des deux couronnes. Le commerce entre leurs sujets était rétabli. L'Espagne abandonnait toutes ses conquêtes, et restituait à la France, dans le nord, les six villes de Calais, Ardres, Monthulin, Dourlens, la,Capelle, le Castelet ; en Bretagne, la ville de Blavet. Le duc de Savoie était compris dans le traité : il rendait Berre, la seule place qu'il tint encore en Provence ; il désavouait et abandonnait le capitaine Lafortune, qui jusqu'alors s'était autorisé de lui et du roi d'Espagne pour oser retenir la ville de Seiure en Bourgogne ; le marquisat de Saluées, usurpé par le duc sur la France durant les troubles de la fin du règne de Henri III, était remis à l'arbitrage du pape, cpii dans l'espace d'un an devait rendre sa sentence et l'adjuger à celui qu'il en jugerait légitime propriétaire. Genève, qui depuis 1580, avait sans cesse été aidée par la France , restait sous sa protection, parce qu'elle se trouvait au nombre des confédérés de la Suisse, et que la Suisse elle-même était comprise au traité comme alliée de Henri *. Le grand résultat du traité de Yervins, le seul avantageux que la France eût conclu depuis trente ans, était que le royaume recouvrait entièrement l'intégrité de son territoire continental ; que les dernières des profondes blessures que la Ligue et l'ambition de l'étranger lui avaient faites étaient cicatrisées et fermées.

Henri compléta ces résultats, en contraignant la Toscane à la restitution de quelques annexes maritimes de notre territoire qui avaient la plus grande importance. Le grand-duc de Toscane jugea téméraire de lui disputer

< Le texte du traité, dans les Mém. de Dupleasis, t. VIII, p. 431-453; plus pour la reine d'Augleterre et les Hollandais, p. 457, 458. — Dumont, Corps diplomatique, t. V, partie I, p. 561.

468 LIY. V. CH. 11. ILES POMSGUB ET IP OCCUPÉES PAA LES PUMOirrmS.

une partie de sa finontière du midi, lorsque le roi d*£spagne venait de loi rendre sa frontière du nord , dL il se hâta de terminer par on traité son différend airec la France. Henri III avait demandé à Ferdinand de Hédicis, grand-duc de Toscane, un prêt de 3 milltcms 600 mille livres pour combattre la ligue. Le grand- duc Favait accordé, mais en exigeant en nantissement File de Pomégue, Tlle et le fort château d'If, qui commandait tout à la fois l'entrée du port de Marseille, et servait de citadelle à la viUe. Dans la dissolution alors menaçante de la monarchie, le dessein avoué du grand-duc était, selon les circonstances, soit d'enrichir son duché de l'actif commerce de Marseille, soit de le détruire et de le transporter en Toscane, soit de livrer cette ville aux Espagnols pour retirer de leurs mains les villes de Telamone, de Porto- Hercole, d'Orbitello , qu'ils lui détonnaient dans le territoire de Siène '. Ces desseins ne pouvaient -s'exécuter que s'il disposait de Marseille. Or, d'une part, la Ligue, les tyrans Louis d'Aix et Casaux, le duc de Savoie, le roi d'Espagne s'y étaient rendus maîtres. D'une autre, Nicolas de Bausset, capitaine du château d'If, s'était montré décidé à conserver sa forteresse au roi et à la France, à ne la remettre qu'entre les mains du roi, à la défendre contre tous, et contre les Florentins, aussi bien que contre les tyrans de Marseille, le duc de Savoie, le roi d'Espagne. Le grandduc, devenu l'allié de Henri IV, dans l'intérêt de l'indépendance des États italiens menacés par l'ambition du roi catholique, avait en 1591 envoyé des troupes au secours de rîle et du château d'If, et les Florentins avaient aidé Bausset dans sa rude et patriotique tâche, depuis lors jusqu'à la réduction de Marseille. Mais tout dans leurs dispositions et leiu* conduite avait changé l'année suivante, après la perte d'Amiens. Le grand-duc, croyant

* Tbuanus, l. 95, § i5, t. IV, p. 736.

DANGERS DB CETTE OCCUPATION POUR MARSEILLE ET LA FRANCE iG9

alors, comme la plupart des souverains étrangers, que la France touchait à sa ruine, s'était apprêté à prendre sa part dans ses dépouilles, et en était revenu à son ancien projet de s*emparer de Marseille. Bausset avait remis la garde de sa forteresse à son fils; celui-ci en étant sorti pour aller voir sa femme malade , les Florentins avaient profité de son absence pour s'emparer par un stratagème du château d'If sur les Français, et pour se saisir ainsi de l'entrée du port (20 avril 1597). Les Marseillais et le duc de Guise s'étaient vigoureusement employés pour repousser cette sujétion : ils avaient construit en toute hâte un fort dans l'ilé de Ratonneau , en opposition avec le château d'If occupé par les Florentins, et leur avaient Ihrré de continuels combats. Mais le 14 juin, le grand-duc avait envoyé des troupes, des galères, des barques chargées de matériaux, et ses soldats étaient parvenus à élever dans rile de Pomégue un nouveau fort, destiné à protéger le château d'If, et à battre en ruine le fort de Ratonneau <• Au mois de septembre, les Florentins étaient assez solidement établis pour retenir de force les vaisseaux étrangers dans le port, et pour apprendre à Marseille que ses navires n'en pouvaient plus sortir que sous leur bon plaisir, avec l'expectative de leurs douanes et de leurs exactions prochaines ^. Les hommes chargés par

1 Bouche, Hist. de Provence, 1. X, t. II, p. 826. — Lettre Missive du roi du 81 mai, t. ÏV, p. 768, 769.

s Uttres Misaiv. du 21 juillet 1597 à de Brèves, t. IV, p. 806 ; à de Brèves et au duc de Luxembourg du 6 septembre, p. 840, 841. « Le » fort de Rotonneau (sic) que mon cousin le duc de Guise a faict » construire, vis à vis du dict chasteau, nous aydera pour recouvrer » ceste place... Le grand-duc et àom Jean de Médicis, qui commande » à ses galères, veulent que je croye que pour le chasteau d*If, tout » ce qu'ils font est pour mon service ; et toutes fois je vous desclare » que je ne les en ay jamais requis, et que tout s*est faict à mon » desceu. Je ne cognois que trop le desseing du dict duc : ilveutpro- » fiter de la ruine et confusion de la France, comme les aultres, mais » soubs prétexte d'amitié et d'assistance, »

470 LIV. V. eu. XI. LE GRAND-DUC DE TOSCANE FORCE A RESTITUTION.

le gouvernement de surveiller la succession de ces événements, lui signalaient en ces termes la servitude de Marseille 9 et les dangers où les faits accomplis pouvaient jeter le royaume dans l'avenir, si la paix que Ton venait de conclure avec TEspagne venait à se rompre. « Quatre » méchantes galères d'un duc de Florence ^ disaicait-ils , » ont mis à la France la chaîne au col, et les fers aux 9 pieds. .. Si on ruinait les forts qui ont été bâtis en Ttle y> de Pomégue, sans par même moyen gâter le port, il y » aurait danger que l'importance de cette Ue, aupara- » vaut ignorée, étant à présent connue, les Espagnols ne » s*emparassent de ladite lie, et que par le moyen de tant » de galères qu'ils ont , ils n'y fissent d'autres forts, ne » tinssent en sujétion les autres îles Ratonneau et If et » la ville de Marseille, en alarme toute la Provence et » la France même '. d Le roi avait les yeux ouverts sur ces dangers. Tandis qu'il marchait en Bretagne contre Mercœur, il chargeait d'Ossat de sommer le grand-duc d'évacuer l'île de Pomégue, l'île et le château d'If.. Les temps étaient passés où le grand-duc pouvait tergiverser ou refuser. 11 céda, en stipulant seulement, qu'outre l'argent que lui devait la France, les frais des fortifications construites par lui dans les iles lui seraient remboursés : d'Ossat, au nom de son maître , promit 900,000 livres. Nos finances étaient assez obérées en ce temps pour que Ferdinand demandât que douze seigneurs des plus considérables de France cautionnassent le roi pour la sûreté de cette somme. Rosny s'indigna qu'on traitât le roi comme un marchand, et Ferdinand se contenta de la parole du prince. Le traité, conclu le 1*' mai, fut exécutoire le 1" août 1598. D'autres affaires ne permirent d'y mettre la dernière main que lors de Tarrivée des plénipoten-

1 Letlres de d'Ossat, 136 et 141, t. lll, p. 77, 96. Amsterdam, Hambert, 1708, m-12, sans Torthographe du temps.

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