QUI APPELLENT LK ROI SUR LA FRONTIÈRE DE L'EST
rapportpolitique, était évidemment à la frontière de l'Est. Une autre grave raison, tirée des rapports de la France avec la cour de Rome, entraînait le roi dé ce côté. L'absolution par le pape importait plus encore à la paix intérieure du royaume qu'à ses affaires du dehors. Au commencement de 1594, nous l'avons vu, Clément VIII avait refusé l'absolution à Henri, en partie intimidé par les menaces de Philippe II , en partie convaincu que l'Espagne et la Ligue écraseraient le parti royal *. Les événements de 1594 avaient renversé toutes ces prévisions. Chaque jour avait vu la Ligue décliner, l'autorité de Henri s'étendre à quelque nouvelle partie du territoire, sa puissance grandir. Poussé à bout, il pouvait , ])ar un schisme, distraire les deux tiers de la France de l'obédience du Saint-Siège. Clément Vliï avait alors changé de dispositions et de politique. Son esprit s'était ouvert à l'idée de prévenir une dangereuse rupture avec la France royaliste, d'opposer Henri IV à Philippe H , pour tirer la cour de Rome de l'asservissement où la tenait le roi catholique, et dont il s'indignait à bon droit. Au mois d'avril 1595, il avait fait un premier pas dans la voie de la conciliation et d'un rapprochement avec Henri, en ordonnant aux Capucins, aux Minimes, et autres religieux dépendant directement du Saint-Siège, qui jusque-là avaient persévéré dans leur hostile opposition , de prier désormais pour la vie du roi, pour le bien et la prospérité de ses affaires *. Mais avant de passer outre, avant de prononcer l'absolution qui entraînait un conflit, peut-être une rupture avec l'Espagne, il fallait que le pontife trouvât un solide point d'appui dans la France , un déployement au dehors des forces de cette puissance. Henri ne pouvait
* Voir ci-dessus dans le tome I", p. 563-568.
* Lettre Miss, du roi à quelques villes du Languedoc, du 80 avril 1595, t. IV, p. 349.
U- LIV. V. CH. l. IL POURVOIT AU GOUVERNEMENT INTÉRIEUR EN SON
s'attendre à voir Clément VIII embrasser cette résolution, se hasarder à ces démarches tranchées et décisives, s'il ne conduisait une armée sur le territoire espagnol et dans le voisinage de Tltalie.
Ces considérations réunies décidèrent Henri à se porter |X)ur cx3uvrir le territoire sur la frontière de l'Est, de préférence à celle du Nord. Cette résolution prise, il pourvut au gouvernement général durant son absence. Il remit l'administration et la correspondance avec les souverains étrangers, au Conseil d'Etat et de finances, qu'il venait de réorganiser, et qui dut lui renvoyer la décision des affaires * les phis importantes * . Il confia le gouvernement au prince de Conti par les lettres-patentes du 23 mai : il le laissa à Paris pour y commander, avec le titre de lieutenant-général, et le conseil de Schomberg, l'un des hommes d'Etat les plus expérimentés du temps. H pourvut avec un soin extrême, avec des précautions infinies, à la sûreté des provinces septentrionales. Il assigna la défense de la frontière du Nord au duc de Bouillon , à la fois prince de Sedan et maréchal de France ; au duc de Nevers, gouverneur de la Champagne ; au comte de Saint-Paul , qu'il nomma gouverneur de Picardie en remplacement de son frère le duc de Longue ville, tué par accident à son entrée à Dourlens. Il leur enjoignit de lever chacun un corps de troupes dans le pays qui leur obéissait, et de former de la réunion de ces corps une armée destinée à tenir tête aux forces espagnoles. Il renforça cette armée d'un corps considérable (le gentilsliommes et de soldats , recrutés en Normandie et commandés par le brave Villars , le héros de la défense victorieuse de Rouen. Villars, engagé au
* Lettre missive à Elisabeth , du 5 octobre, t. IV, p. 418. a Les se- » cours duquel vous avés esté requise par ceux de mon Conseil que n favois esiablis 'à Paris durant mon absence, » — Autre lettre missive du 1« juin à Rosny, p. 375. — Sully, ÛEcon. roy., ch. 60, p. 192.