‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 264 sur 344 · TRAITÉS CONCLUS AVEC LA LIGOE, EN CE QUI CONCERNE LES RÉFORMÉS · texte numérisé non relu

TRAITÉS CONCLUS AVEC LA LIGOE, EN CE QUI CONCERNE LES RÉFORMÉS

il était indispensable que Henri ne favorisât pas trop ouvertemept le calvinisme, même dans ses prétentions légitimes ; pour rendre durable l'obéissance des ligueurs, il fallait user de la même prudence, de la même réserve durant plusieui*s années.

Nous allons examiner maintenant quels changements les stipulations des seigneurs et des villes de la^ Ligue apportèrent à l'état des calvinistes. En traitant avec le roi, les grandes et moyennes villes de la Ligue exigèrent que le culte calviniste ne fut pas rétabli dans leur enceinte et dans leurs faubourgs. Trois grandes villes, Paris, Rouen, Amiens, -passant plus avant, le proscrivirent non-seulement dans, leurs mnirs, mais encore dans toute l'étendue de leur vicomte 0!i bailliage, enfreignant à cet égard un des article^ de l'édit de Poitiers. Rouen inscrivit de plus dans son traité que les hugenots seraient exclus des offices, charges, dignités, exercés dans la ville. Enfin une province entière, la Prpvence, bannit complètement le calvi nisme de son territoire par son traité de réduction signé au mois de janvier 1594*.

Ces actes d'intolérance qui révoltent sont très-propres à faire illusion sur la situation véritable des dissidents : on imagine qu'il en était de même d'un bout de la France à.l'autre, et l'on est porté à croire que les plus mauvais temps étaient revenus pour le protestantisme. Mais quand on examine de sang -froid les conséquences de ces actes, on reconnaît qu'ils affectèrent très-peu l'état des réformés.

* Édits du roi pour la réunion de ses sujets, recueillis par Matthieu, Paris> 1601, 1606 : voir les 135 feuillets du recueil. On trouve Ténoncé des clauses principales de beaucoup de ces édits dans d*Aubigné, 1. m, ch. 19, t. m, p. 322; de Thou, 1. CVllI et CIX, t. XII, p. 109, 144 de la traduction; P. Cayet, 1. VI, t. 1, p. 543, 548, 570, 577, 587; Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 58-81. Le traité'pour la Provence se trouve dans Bouche, Hist. de Provence, 1. X, t. II, p. 786, et dans Duplessis, MC'moires, t. VI], p. 285, à la fin.

^86 LIV V.CH. XI1.VU.LBSD0NTL*EXERGICEDELEURCULTE EST EXCLUS.

D'abord, que Ton dépouille le recueil des édits du roi pour la pacification de ses sujets, et Ton verra que vingt-six villes de la Ligue seulement traitèrent avec Henri *. Supposons que les grandes villes aient stipulé pour ellesmêmes et pour quelques villes des environs, et portons, si Ton veut, le nombre à quarante. D y avait dans la France d'alors environ huit cents villes *. Par conséquent, aux termes des édits de pacification, l'exercice du culte calviniste était^exclu de quarante villes, sur huit cents. Il était maintenu dans toutes les autres villes, bourgs, villages où redit de Poitiers lui avait permis de s'établir, dans les trois mille cinq cents châteaux des seigneurs réformés, dans les deux cents villes ou bourgades du midi où ils étaient maîtres. Secondement, l'édit de Poitiers, comme on l'a remarqué, accordait aux calvinistes, pour l'exercice de leur culte, une ville ou un village par chaque bailliage et sénéchaussée. Les villes grandes et moyennes de la Ligue qui, par leurs traités de réduction, bannirent le culte réformé de leurs murs, n'étaient pas celles où ce culte était alors établi. C'était partout, excepté dans le Midi, une petite ville ou un village dépendant du bailliage où les grandes et moyennes villes étaient situées elles-mêmes. C'est ce que reconnaissent les écrivains protestants euxmêmes 3. Par conséquent les traités de réduction n'ôtaient rien sous ce rapport aux calvinistes. En troisième lieu, dans tous ses traités avec les provinces de la Ligue, excepté une, avec toutes les villes, sauf trois, Henri maintint en

^ Édits du roi pour la réunion de ses sujets, tout le recueil.

* Dans le nombre de 800 villes, nous comprenons celles qui sont citées dans les géographies sérieuses et étendues, par exemple, dans celle de M. Balbi : nous excluons celles qui n*ont appartenu à la France que par suite de réunions ultérieures.

5 Histoire de TEdit de Nantes, t. l , p. 228. On trouvera, ci-après, au mois de septembre 1595, l'aveu des auteurs calvinistes sur ce point consigné textuellement.

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