‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 265 sur 344 · PERTES PEU SENSIBLES ÛU*ILS EPROUVENT PAR CETTE EXCLUSION · texte numérisé non relu

PERTES PEU SENSIBLES ÛU*ILS EPROUVENT PAR CETTE EXCLUSION

termes formels Tédit de Poitiers *. 11 leur accordait bien d'exclure le culte protestant de leurs murs, ce qui était le fait partout, comme nous venons de le voir; mais il leur refusait de le bannir de leur bailliage ou sénéchaussée, c'est-à-dire de leur circonscription administrative. Il ne dérogea, sous l'empire de circonstances de force majeure, à la loi qu'il s'était imposée à cet égard, qu'avec la Provence et avec les villes de Paris, de Rouen, d'Amiens. La Provence avait quatorze bailliages*. Paris, Rouen, Amiens avaient trois bailliages. C'était donc, par suite des trailés de la Ligue, dix-sept bailliages que les calvinistes avaient perdus pour l'exercice de leur culte, sur trois cent vingt bailliages et sénéchaussées environ qui existaient alors dans toute l'étendue du royaume : dans les trois cents bailliages et sénéchaussées restants, ils conservaient tous leurs droits religieux ^. Ajoutez que la perte éprouvée par eux était à peu près nulle, parce que, dans toutes les localités où leur culte n'était plus toléré, ils ne comptaient qu'un nombre excessivement limité de coreligionnaires. On peut en j uger par ce qui concerne le bailliage d'Amiens, ainsi que toute la Picardie : les huguenots étaient si clairsemés dans cette province, que de l'aveu de l'auteur des PlainteSj ils n'avaient jamais eu, au temps qui nous occupe, au delà d'une seule église, laquelle était établie au Castelet *. En admettant même qu'il y eût pour eux perte

* Voyez les édits du roi pour la réunion de ses sujets, édit. 1601, fol. 9 verso, 15 verso, Î7 recto, 3î verso, 38 recto, 42 recto et verso, 46 recto, 55 recto.

« Bouche, Hist. de Provence, chorographie, 1. IV, ch. 6, 1. 1, p. 345.

' C'est ce que Duplessis-Mornay reconnaît lui-même dans le passage suivant de son Brief discours, inséré au tome Vil de ses Mémoires, p. 291 au commencement : « L'exercice de la religion demeuroit exclus » en quelques endroits des vicomtes» bailliages, séneschausséos cntiè- » res. » Les mots quelques tiidroils réduisent positivement rexclusiou à un petit nombre de localités.

" Plaintes des Églises, dans les Mémoires de la Ligue, t \\, p. 435.

488 LIV. V. eu. XII. TEMPÉRAMENTS APPORTÉS PAR LE ROI ET SES

réelle, n'était-elle pas compensée au centuple par les articles de Mantes, qui leur donnaient la liberté du culte dans toutes les villes de la domination du roi, et dans celles qui, dès le principe, s'étaient prononcées en sa faveur, et dans celles qu'il avait conquises sur la Ligue, depuis son avènement jusqu'à la fin de 1593, et avec lesquelles il n'avait pas fait de traité î Quant à la liberté de conscience, distincte de l'exercice du culte, elle leur était assurée dans toutes les villes sans distinction : nulle part ils ne pouvaient être recherchés ni poursuivis pour leur croyance.

Telle est la condition que la législation, que les édits et conventions avaient faite aux réformés ; mais quand on compare la pratique, la réalité avec le droit, on voiiqu'effectivement leur état était plus avantageux, et que leur culte était moins exclus des provinces et villes de la Ligue que les traités ne le faisaient supposer. Par les articles de Mantes, le roi s'était engagé à leur assurer l'exercice de leur culte dans toutes les villes de son obéissance. Pour ravoir Paris, il avait signé, au mois de mars 1594, l'édit qui prohibai} ce même exercice dans la capitale et à dix lieues à la ronde. Mais dès le mois de juillet et d'août 1594, trois mois après son entrée à Paris, il leur ménageait les moyens d'organiser secrètement le prêche au faubourg Saint-Germain : au mois d'octobre, il leur appliquait le bénéfice de l'article de la trêve et de l'un des articles de Mantes , qui autorisait l'exercice de leur culte à la cour; il permettait que sa sœur/ît célébrer au Louvre les cérémonies de leur religion, le prêche et les mariages : il défendait enfin la liberté qu'il leur accordait contre les l'éclamations du clergé de Paris *. II en est de même pour la Provence. Le traité conclu avec Henri IV, au commen-

* Lcstoile, Regist.-journ. aux dates des 3 juillet, 13 août, 16 octobre 1594, p. 239 A, § 2, 243 B, 244 A, 248 A, § 4.

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