‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 266 sur 344 · OFFICIERS, A LA PROHIB. DE LEUR CULTE DANS LES VILLES DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

OFFICIERS, A LA PROHIB. DE LEUR CULTE DANS LES VILLES DE LA LIGUE

cernent de 1594, bannissait entièrement le culte calviniste du pays. Cependant, d'après le témoignage des réformés eux-mêmes, Texércice de leur culte fut maintenu trois ans durant depuis le traité, et probablement fut maintenu toujours, dans deux endroits dépendant de la province elle-même, Lormarin et la Roque d'Anteron, et dans deux localités placées sur la lisière de la province, Mérindol et Cabrières *. Ces quatre lieux d'exercice suffisaient au très-petit nombre de coreligionnaires qu'ils conservaient dans ce pays passionnément catholique. Il en est de même enfin de Rouen, autre centre d'intolérance, autre ville ayant stipulé la proscription de la réforme. Incontestablement, en ce qui concernait la publicité de leur culte, les réformés y essuyèrent des vexations, des persécutions. Mais nous croyons qu'ils y jouirent de la liberté de conscience, et même de la liberté du culte, tant que le culte n'eut au dehors ni éclat ni retentissement : nous appuyons cette opinion sur le témoignage formel du président Groiilart, l'un des plus grands magistrats et des plus grands citoyens du temps, dont il n'est permis de révoquer en doute ni la véracité ni la modération. Dans la poursuite que faisait le gouvernement auprès du Parlement de Rouen, à la fin de l'an 1594, pour l'enregistrement de l'édit de Poitiers, Groulart disait : « Les religion- » naires sont aujourd'hui en liberté plus grande chez

1 Plaintes des Églises réformées, dans les Mémoires de la Ligue, t. VI, p. 485, 443. L*auteur parle de deux arrêts du Parlement de Provence, rendus à la fin de 1596 , qui devaient ôter ces quatre lieux d'exercice aux calvinistes, et il ajoute que les réformés en avaient joui jusqu'alors : donc le traité de proscription de 1594 était resté une lettre morte. Nous pensons qu'il devait continuer heureusement à en être ainsi et que les deux arrêts , faits seulement pour la montre , ne devaient avoir et n'eurent aucune exécution, parce que le calviniste Lesdiguières était tout-puissant par ses armées en Provence , aussi bien qu'en Dauphiné.

490 LIV. V. cil. Xll. HENRI LEUR REND î/ ACCÈS AUX OFFICES ET CHARGES.

» nous, que quand ils auroient ce qu'ils poursuivent *. » Nous avons établi quel fut Tétat des calvinistes depuis ravénement de Henri IV jusqu'à la fin de 1 594, en ce qui regardait la liberté de conscience, la liberté du culte, la liberté civile étendue aux biens, à la vie, à l'honneur. Pour achever d'exposer quels furent, durant ce temps, leurs rapports avec le gouvernement et avec le reste du pays, nous n'avons plus qu'à fixer dans quelle mesure ils obtinrent les offices, charges et dignités : cette participation achève et complète la liberté civile des citoyens, et commence leur liberté politique, à cause de la considération et du pouvoir attachés à l'exercice des emplois publics. Un examen impartial prouvera., nous le pensons, f|u'en ce dernier point, comme dans tous les autres, la condition des dissidents avait été prodigieusement améliorée. Après les six mois écoulés depuis la déclaration de Saint-Cloud, et en attendant la convocation des Étatsgénéraux, Henri, devenu plus maître par ses victoires d'Arqués et d'Ivry, s'était empressé d'apjieler un grand nombre d'entre eux à toutes les charges et dignités du royaume. En 1 590, il avait pourvu Palleseuil du gouvernement de Neufchàtei en Normandie. Il avait fait entrer Hurault-Dufay et Duplessis-Mornay au conseil d'État, et depuis lors il avail chargé Duplessis des affaires et des négociations les plus importantes. La même année, il avait nommé Rosny conseiller d'Etat, et lui avait donné le gouvernement de Pacy-sur-Eure : à la fin de 1594, il l'avait nommé membre du conseil des finances. En 1592, il avait accordé à Soffroy de Calignon la succession de Ilurault-Dufay, dans le conseil d'État, en même temps que dans la chancellerie de Navarre. Laforce, gratifié,

* Registres secrets du parlement dft Rouen, cités par M. Floquel, t. IV, p. 74.

GRANDNOMBRE DE RÉFORMÉS PROMUS AUX CHARGES DE t590A t59i. 491

à la fin de 1589 , d'une commission de capitaine de gens d'armes, d'une somme de 28,000 écus, d'un commandement en Guyenne, avait été promu, en 1592 et 159Î, à la charge de capitaine des gardes, puis au gouvernement du Béarn et de la principauté de Navarre. Lesdiguières, lieutenant du roi en Dauphiné, exerçait dans les affaires de la paix comme dans celles de la guerre un pouvoir absolu, dont aucun seigneur en France ne jouissait alors. Sancy, nommé membre du Conseil d'État, eut, après la mort de François d'O, la principale autorité dans les finances, jusqu'à ce qu'il la cédât à un autre réformé, à Rosny. Turenne, déjà mis en possession de la principauté de Bouillon et de Sedan par la protection de Henri, était honoré, en 1594, de la dignité de maréchal de France ; la Trémoille de la duché-pairie, au commencement de l'année suivante *. Voilà une série de faits, qui n'ont jamais été révélés ni mis en lumière ; et ces faits qui concernent les chefs des calvinistes, desquels seuls l'histoire et les mémoires du temps se sont occupés, en supposent, de toute nécessité, une multitude d'autres semblables relatifs à la masse des huguenots plus obscurs. En résumant ce qui vient d'être exposé, on trouve que de 1589 à 1594, les calvinistes jouirent de la pleine liberté de conscience et de l'exercice secret de leur culte dans toutes les localités sans exception , de l'exercice public de leur culte dans les lieux de cbaque bailliage et sénéchaussée fixés par Tédit de Poitiers, moins dix-sept, et

*Groulart, Mémoires, ch. 3, t. XI, p. 558, collect. Michaud. — Solly, (Econ. roy., ch. W, 30, 59, 60, 157, t. I, p. 74, 75, 78, 189 B, 192 B, 193 ; t. H, p. 90, même collection. — Mme Duplessis , Mém. eo tôle de ceux de son mari, t. I, p. 189. — Vie de Soffiroy de Galignon, par Guy AUard, p. 59, 60. « Sa Majesté le fit de son conseil » privé, quoiqu'il fût huguenot. » — Laforce, Mém., ch. 4, t. I, p. 101, 105. — Thuanus, 1. CXI, § 6, t. V, p. 430, et Mémoires, t. XI, p. 365 A. — Lettres d'érection d'un duché-pairie en faveur du sieur de la Trémoille, août 1595, dans les Ane. lois franc., t. XV, p. jOl.

49!2 Liv. V. Ch. XII. griefs dont les réformes ont a se plaindre.

dans presque toutes les villes de la domination du roi : on trouve encore que la liberté civile, en ce qui concernait leurs biens, leur vie, leur honneur, leur fut garanti à régal des autres classes de citoyens; que Taccès aux offices, charges, dignités, leur fut aplani par la justice du roi. Tel fut en général leur état depuis Tavénement de Henri.

Maintenant^ qu'ils aient enduré quelques gênes et qu'ils aient eu à se plaindre de quelques vexations de détail, cela n'est pas douteux ; qu'ils aient eu à souffrir, dans un petit nombre de localités, des préjugés,du mauvais vouloir, de haines enracinées entre les catholiques et les protestants, personne ne songe à le contester. Ainsi on peut admettre sur leur témoignage que, dans trente localités environ sur trois cent vingt indiquées par l'édit de Poitiers, ils ont été réduits à faire des voyages pénibles ou coûteux pour l'exercice de leur culte; qu'en certaines villes ou bourgades, l'inhumation leur fut refusée dans le cimetière catholique, ou même que leurs sépultures furent violées, parce que, dans les habitudes et les idées du temps, le cimetière étant terre sainte, il y avait profanation à y enterrer les hérétiques ; que dans les lieux où l'exercice de leur culle était interdit et où ils tentaient de l'introduire sans désordre, el parfois même dans les lieux où Texercice était permis, ils furent injuriés et dispersés par une multitude fanatique. Il faut reconnaître encore que, s'ils furent admis aux premières dignités militaires et civiles, comme nous venons de le constater, si, d'après leurs propres indications , Vulson et plusieurs autres de leur communion siégèrent dans les Parlements et dans les cours souveraines*, cependant la plupart des Parlements,

' Duplessis-Moniay, Brief discours, dans ses Mémoires, t. VII, p. 487. « Le désir de paix el le respect du roy les emporta (les calvinistes) à » envoyer derechef vers Sa Majesté , le sieur de Valson, conseiller au

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