CB QU*ILS SONT COMPARÉS AUX AVANTAGES ASSURÉS PAR HENRI
chez lesquels la majorité avait été longtemps ligueuse, usèrent de difficultés et d'ajournements, quand il s'agit de recevoir dans leur sein de nouveaux magistrats calvinistes, n faut reconnaître enfin qu'un Parlement, le Parlement de Normandie, viola à la fois la liberté religieuse et la liberté civile, en privant d'abord deux calvinistes de. leur office de procureurs, et en ne le leur rendant qu'a condition qu'ils feraient profession, au moins extérieurement, de catholicisme ^
Mais quand on a épuisé tous les griefs des calvinistes, dont une partie porte sur la période écoulée entre 1589 et 1594, et le reste sur les années suivantes, quand on les a examinés et pesés équitablement, on arrive aux conclusions suivantes :
Les violences dont ils avaient à se plaindre n'étaient que des exceptions , même rares , comparativement à l'ensemble et à la masse des faits. Si l'on appréciait l'état d'un pays par les exceptions, par les infractions faites toujours et partout à l'ordre public, au lieu d'en juger par l'ensemble des faits, on arriverait à croire que les sociétés les mieux réglées, les mieux policées^ ne sont que des repaires de voleurs et d'assassins.
En prenant l'état des calvinistes dans son ensemble, qui fut leur état normal depuis l'avènement de Henri IV, on trouve, nous le répétons, qu'ils jouissaient de la liberté civile, de la liberté de conscience pleine et entière , de la liberté
» parlement de Grenoble, avec une requeste comprenant fort briefve- » ment leurs principales demandes. »
* Plaintes des églises réformées, dans les Mémoires de la Ligue, p. 437 et suivantes. Nous refusons, et tout le monde refusera avec nous, comme inique à l'égard du roi et de son gouvernement, de lui imputer ou de lui reprocher ce que les villes et gouverneurs qui tenaient encore pour la Ligue, tels qu'à Rochefort, firent à La Chastaigneraye et ailleurs contre les calvinistes, voyez p. 410,441. — M. Floquet, Hisl. du parlement de Normandie, l. IV, p. C8, pour les deux procureurs calvinistes privés de leur office par le parlement de Rouen.
494 LIV. V. CH. XII. MOYENS qu'ils ONT DE SE SOUSTRAIRE AUX VEXATIONS.
du culte et du partage des offices, charges et dignités dans une mesure déjà fort étendue. Ils étaient donc heureusement à mille lieues de la condition qu'ils avaient subie, des temps qu'ils avaient traversés sous les derniers Valois ; temps horribles où l'intermède des guerres d'extermination contre eux était le massacre de la Saint-Barthélémy. L'équité demandait qu'ils tinssent un peu compte d'un pareil changement.
Relativement aux vexations et aux injustices de détail dont ils avaient droit de demander et d'attendre la répression, il y a plusieurs observations à faire. D'abord, jusqu'en 1 598, le brigandage fut maître dans toutes les campagnes et dans toutes les petites villes de France : avant ce temps, le roi se trouva complètement hors d'état de les faire respecter dans l'exercice de leur religion, comme il fut impuissant à protéger les trois quarts de ses sujets. En " second lieu, les réformés étaient maîtres dans deux cents villes du midi de la France, entre lesquelles on comptait plusieurs grandes villes, La Rochelle, Montauban, Nîmes, Montpellier. Ceux d'entre eux auxquels la liberté de conscience et le culte secret ne suffisaient pas, n'avaient-ils pas la ressource de se transporter dans une de ces villes du midi, où ils auraient complètement échappé à la contrainte? n'avaient-ils pas à faire dans l'intérêt de leur religion, ce que tant d'autres s'imposent dans un intérêt de commerce, d'économie ou de simple convenance? Enfin, depuis 1589, qui est-ce qui n'avait pas cruellement souffert? qui est-ce qui n'avait pas été obligé et qui n'était pas contraint encore actuellement de faire des sacrifices sans mesure ? Le roi, forcé dans ses croyances et abjurant la religion de toute sa vie ; la France prodiguant son argent et ses plus hautes dignités aux chefs de la Ligue, à ceux qui Tavaient, peu s'en fallait, perdue et mise sous le joug (le l'étranger ! Dans cette rançon du pays, les hu-