LES RÉFORMÉS N*ONT PA$ PLUS SOUFFERT QUB LES AUTRES CLASSES
guenots ne devaient-ils pas payer leur part, en souflFrant pour un temps seulement quelques atteintes et quelques retranchements à leur liberté religieuse et civile?
Malgré les notables améliorations survenues dans leur état, il» pouvaient légitimement désirer mieux. Avant d'être mis sur la même ligne que les catholiques, avant d'arriver à l'entière égalité des citoyens devant la loi, à laquelle ils avaient un droit incontestable, quelques conquêtes leur restaient à faire. Ils avaient à obtenir, pour l'exercice de leur culte, des facilités, une publicité, une protection constante qui leur manquaient encore en partie: ils avaient à poursuivre le libre et entier accès aux magistratures municipales, aux divers offices et notamment à ceux de judicature : ils avaient quelques garanties de plus à exiger pour obtenir une justice impartiale. Mais dans la poursuite de ces nouveaux droits, il leur était interdit de recourir à des moyens que n'avouât pas l'intérêt du pays, et de se montrer plus impatients, plus exigents que les autres ordres. Jusqu'en 1598, jusqu'à l'entier désarmement des ennemis intérieurs et extérieurs, le calvinisme n'avait été ni le seul maltraité, ni le plus maltraité. L'ordre public, les finances, l'agriculture, le commerce étaient ruinés : pour obtenir des réformes indispensables, pour échapper à d'intolérantes souflFrances, aucune des classes de citoyens n'avait intrigué et comploté contre le gouvernement. Les réformés étaient tenus à la même résignation. L'édit de Mantes de 1 59 1 , les articles de Mantes de 1593, le renouvellement de l'édit de Poitiers déjà porté à l'enregistrement des Parlements, leur donnaient l'assurance et la preuve que Henri serait juste et bienveillant à leur égard ^ Us devaient donc s'en remettre au
> Daplessis recoDoatt que la mauvaise volonté montrée aux calvinifties par quelques Parlements est contraire aux intentions du roi. On lit, dans sa lettre à la TrémoiUe, juin 1594, t. VI, p. 62 : « Ceulx de
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tempsy aux promesses et à la justice du roi, pour obtenir le redressement de leurs griefs, l'extension des avantages réels et importants dont ils jouissaient déjà, la plénitude de la liberté religieuse, civile, politique. Loin de là, ils employèrent des moyens violents qui pouvaient perdre leur patrie dans les circonstances présentes, et qui lui préparaient un avenir gros de dangers. Tant qu'ils purent, ils se firent dans la France une France à part, ils formèrent un État dans l'État, démembrèrent le royaume, rompirent Funité nationale et territoriale. Qu'avec des rois tels que Charles IX et Henri in, passant envers eux de la tolérance et des concessions à la' guerre, aux proscriptions, aux assassinats, ils recourussent à ces extrémités désastreuses pour le pays, c'est ce dont on gémit, mais c'est ce qu'on excuse quand on songe qu'ils avaient à défendre leur vie et leur religion. Mais les bons citoyens les blâmeront éternellement d'avoir employé les mêmes moyens avec un prince élevé dans leurs croyances, qu'il n'avait quittées qu'à regret, ami de leurs personnes, religieux observateur de sa parole même avec ses plus cruels ennemis. Dans Texécution de leurs projets, les calvinistes prirent le mot d'ordre de plusieurs chefs animés de sentiment très-différents. Les uns, purs de tout intérêt humain , se laissèrent entraîner par une ardeur religieuse et un prosélytisme aveugles : de ce nombre était Duplessis-Mornay, qui, même au milieu de ses erreurs, servit utilement le roi et la France en arrêtant son parti sur la limite des derniers excès. Les autres, tels
» la relligion ont à se plaindre du Iraictemenl à eulx faictparles Par- » lemenls contre l'intention du roy. » — Dans son Brief discours, t. VU. p. 281 à la fin, il reconnaît encore que le roi s'engageait à étendre progressivement les avantages déjà assurés aux huguenots par l edit de 1577 et les articles de Mamtes. « Sa Majesté promit, avec le t^mps, » de s'estendre davantage au contentement de ses subjets de la » relligion. »