LES CALVINISTES POURSUIVENT UN NOUVEL ÉDIT
rences de Nérac et de Fleix, les articles secrets qui s'y trouvaient annexés seraient enregistrés dans tous les Parlements du royaume, et tous les citoyens tenus d'y obéir; qu'en outre on ferait jouir tacitement^ mais effectivement, les calvinistes des articles de Mantes. Un article spécial déclarait les huguenots aptes à remplir tous les of&ces et toutes les dignités du royaume , pour surmonter les difficultés élevées à cet égard par plusieurs Parlements et cours souveraines. L'édit de Saint-Germain fut enregistré au mois de février 1595 par le Parlement de Paris, le premier et le plus autorisé des Parlements, et successivement, par le Parlement de Dijon et par les autres Parlements du royaume, sur les équitables et incessantes poursuites du roi *. Dès lors les calvinistes devaient rompre leur association républicaine, destructive de l'unité de France, et poser les armes.
Mais leurs chefs, qu'une si sage résolution aurait fait rentrer dans la vie privée et dans la condition commune, parvinrent à la traverser. A l'assemblée de Saumur, ouverte le 14 février 1595, ils tinrent les esprits dans l'agitation et l'effervescence, et firent résoudre que les églises réformées solliciteraient du roi un nouvel édit et une condition toute nouvelle. Des députés portèrent leurs demandes à Henri, au mois de septembre, pendant qu'il séjournait à Lyon, au moment où les Espagnols, après la prise du Catelet et la défaite de Dourlens, assiégeaient Cambrai. Ils exigeaient : 1 ° qu'on les admit indistinctement avec les catholiques aux emplois et aux charges publiques; 2"" qu'on assignât des appointements sur les deniers publics à leurs ministres et à ceux qui seraient chargés
1 Mémoires de Mme Duplessis, t. I, p. 979, 280. — Thuanus, 1. CXI, § 8, el 1. CXir, §1 , t. V, p. 432, 433, 454, 455. — Mémoires de De Thoa, t. XI de la coUect., p. 364 B. — M. Floquet, Hist. du parlem. de Normandie, t. IV, p. 73, 74, 84-95.
502 LIV. \ CH. XII. EXAUEH DE L'ÉIMT PROPOSÉ PAR LES CaLYDOSTCS.
de l'éducatûm de la jeunesse calviniste ; qu'on leor i cordât une entière et générale liberté d'exercer puUiqaement leur culte dans tous les lieux sans exception ; 4* qu'on nommât autant de magistrats réfumés que de catholiques dans les Parlements et dans les autres tribunaux du royaume ; 5* qu'on leur laissât en garde, pour leur sûreté, les villes qu'ik avaient entre les mains, et que les garnisons en fussent payées des deniers do roi. Toutes ces clauses devaient être consignées dans Fédit qu ils poursuivaient '.
Le premier article, l'article concernant l'accès aux offices et charges, déjà porté dans Fédit de Poitiers, venait d'être renouvelé, et d'une manière spéciale, dans Fédit de Saint-Germain : de plus le roi l'avait mis sans cesse en pratique depuis 1590, et il n'attendait que le moment où il pourrait pleinement se faire obéir, pour en étendre l'exécution aux villes qui Favaient rejeté jusqu'alors, à Rouen, par exemple. Les chef^ du parti calviniste n'avaient donc inséré l'article dans leurs cahiers que pôVir entretenir un profond mécontentement dans la masse mal informée de leurs coreligionnaires, en leur donnant à croire que les emplois civils d'huissiers, de procureurs, de notaires, d'avocats leur étaient fermés. Le roi avait accordé la seconde demande par les articles de Mantes : seulement, il assurait Fusagesans la publicité, qui devait lui susciter la haine du parti catholique. La demande du libre et public exercice du culte dans tous les lieux sans exception était propre à rallumer le feu aux quatre coins du royaume, presque partout sans avantage pour les huguenots. En effet, d'une part ils ne tardèrent pas à reconnaître et à avouer que les villes de la Ligue qui venaient de traiter avec le roi à des conditions contraires.
« Thuanus, 1. GXIII, § 5, l. V, p. 496. — Hbt. de Tédit de Nantes, 1. m, p. 140, 141.