‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 272 sur 344 · L*ÉDIT DOIT FAIRE UNE FRANCE A PART DANS LA FRANCE · texte numérisé non relu

L*ÉDIT DOIT FAIRE UNE FRANCE A PART DANS LA FRANCE

et même plusiem^ villes de tout temps attachées au parti royal, étaient résolues à recommencer la guerre civile plutôt que de souflFrir dans leurs murs l'exercice public du culte réformé ; d'un autre côté, il ne se trouvait pas un seul habitant calviniste dans la plupart de ces villes *• Le partage égal des charges de magistrature dans toutes lés juridictions du royaume était souverainement injuste, puisque le nombre des calvinistes était alors , avec la population catholique, dans la proportion de un à dix, et peut-être moins. Ce partage n'était pas nécessaire pour assurer une justice impartiale aux réformés : le choix de magistrats intègres et soumis d'ailleurs à être récusés par eux dans les Parlements du Midi, où ils se trouvaient presque entièrement concentrés, suffisait à ce besoin, et ces garanties leur étaient assurées par les édits de Poitiers et de Saint-Germain *. En ce qui concernait les places de sûreté, les édits ne leur en avaient donné que neuf, et ils en tenaient plus de deux cents 3. Le roi consentait à leur en laisser la jouissance pendant quelques

1 L'auteur calriniste de l'Histoire de l*éâit de Nantes dit, au L V, t. 1 , p. 228 : a H y avoit des grandes 'villes où il n'y ayoit pas un » hiû)itant réformé, et où par conséquent la concession auroit été fort » inutile. Il y en avoit des plus importantes, comme Thoulouse , Bor- » deaux et autres, qui auroient plutôt recommencé la guerre que de » souffrir rétablissement d'un exercice de la religion réformée dans » leurs murs. »

* Articles 21, 22, 23 et article 10 secret de Tédit de Poitiers, ou édit de 1577 , pages 23 et 36 des pièces justificatives de Tédit de Nantes. L'article 10 secret porte : « 11 a été avisé et convenu que les présidents n et conseillers (des chambres de Tédit) seront, par sa dite Majesté, » choisis sur le tableau des officiers d'iceux parlements, des pfus équi' » tables, paisibles et modérez. Desquels la liste sera communiquée aux » députés du dit sieur roi de Navare et de ceux de la dite religion » qui se trouveront auprès de Sa Majesté, avant qu*étre ordonnez » pour servir les dites chambres. Et où aucuns (Vieeux leur seroient » suspects, leur sera loisible le faire entendre à sa dite Majesté f la- » quelle en élira d'autres à leur place. »

» Histoire de l'édit de Nantes, 1. V, t. i, p. 240.

5(U LIV. V. CH. Xll. RESTRICTIONS QUE LE ROI VEUT APPORTER A L*ÊD1T.

années, et jusqu'au moment où son autorité, pleinement affermie, suffirait seule pour les protéger, et où les haines dont la plupart des catholiques les poursuivaient encore seraient calmées. Mais il ne voulait pas transformer cette jouissance en propriété, aliéner à tout jamais une partie considérable de la force puhlique et de la souveraineté nationale, consentir un démembrement du royaume. En conséquence, il refusait de leur faire abandon des villes de sûreté, sans terme, et par acte écrit et authentique sur lecpjel il fût impossible de revenir plus tard *. Ainsi le roi conduisait les calvinistes à la plénitude de la liberté religieuse et civile, mais avec des délais et des tempéraments qui prévenaient de nouveaux mouvements chez les catholiques, de nouvelles révolutions ; en second lieu, il repoussait les concessions qui auraient permis aux réformés de cesser d'être citoyens et Français. Les ambitieux, les meneurs, Bouillon et La TrémoiUe , poursuivaient une émancipation religieuse complète et brusque, qui satisfit les huguenots enthousiastes, et les rendit, eux, durant la paix, les idoles du parti calviniste. Ils s'efforçaient de donner à ce parti une organisation politique et des forces qui, en cas de guerre, leur assurassent le commandement et leur permissent de se soutenir contre le roi et contre le reste de la France. Là était tout le débat. Le roi avait ajourné les demandes qu'ils lui avaient portées à Lyon. Ils se mirent en devoir de le contraindre, et ils employèrent à la fois les calviùistes et l'étranger

* Mém. de Mme Duplessis, t. I^ p. 288. « Les articles conceroant » la religion, justice et police luy auroient bien esté envoyez signez » du roy, contresignez d'ung secrétaire d'Estat, mais non celuy qui » coucernoit les seuretez, sçavoir que toutes les villes tenues par ceulx » de la religion leur demeureroient pour seureté, avec les garnisons 0 entretenues. Dont se plaignant Iq. dict sieur Delanoue, lui fust dict » gu'il [Vartide) serait entretenu , mais ne pourrait estre baitU par M escrit. » — Duplessis, Brief dise, t. Vil, p. 285, dit que les réponses de Mantes n'étaient pas en forme authentique.

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