NOUVEAUX SUBTERFUGES DU DUC DE SAVOIE
rence de lui donner satisfaction. Mais il leur avait ordonné d'élever sur les articles du traité des difficultés si nombreuses , que les négociations consumassent les derniers mois de l'année, après quoi il romprait de nouveau. Son but et son espérance étaient d'ajourner les hostilités jusqu'au commencement de l'hiver : les opérations d'une guerre faite en Savoie dans cette saison devenant extrêmement difficiles^ parfois même impossibles, le roi ne retirerait de sa campagne que des revers ou des lenteurs ruineuses pour ses finances, se dégoûterait de la lutte contre le duc, et la terminerait sans le contraindre à restitution. Son éloignement de la France, l'insuccès de son entreprise, fourniraient peut-être aussi à Biron, et aux seigneurs qui conjuraient avec lui, l'occasion d'éclater et de se jeter dans une révolte ouverte. Henri se laissa tromper quelque temps aux artifices du duc, cachés sous uii vernis de franchise. 11 crut à sa soumission, et pour épargner à la France d'énormes dépenses inutiles, il ordonna à Rosny de suspendre tous les préparatifs de la guerre, tous les envois de munitions et d'appro\dsionnements. Rosny, mieux servi par ses émissaires, avait été plus tôt instruit que le roi lui-même des véritables intentions du duc de Savoie : comprenant le devoir d'un vrai ministre, il n'hésita pas à résister et à désobéir à son maître pour le mieux servir. Il lui écrivit :
c Sire, je vous supplie trùs-humblement de m*excuser, si je contrarie vos opinions, et contreviens à vos commandements. Je sçais de science que M. de Savoye ne vent que tromper, à quoi beaucoup de ceux qui sont auprès de vous ne lui nuisent pas, et ne demande qu*à gagner Thiver. C*est pourquoi j'avancerai toutes choses, et me rendrai près de vous dans quinze jours, bien fourni de tout ce qu*ii faut pour vous empêcher de recevoir ni honte ni dommage. »
Henri, éclairé quelques jours après sur la mauvaise
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foi du duc par la conduite de ses ambassadeurs^ répondit alors à son vertueux serviteur :
c Mon ami, vous avez bien deviné, car M. de Savoye se moque de nous : partant venez en diligence, et n*oubliez rien de ce qui est nécessaire pour lui faire sentir sa perfidie. Adieu *. i
Henri et Rosny s'étant mis d'accord et ayant uni leurs conseils, leurs tfidents et leurs efforts, la lutte commença sans que Tissue put désormais en être douteuse. Le 1 1 aoùt^ le roi donna à Lyon une déclaration dans laquelle il protestait qu'il avait épuisé tous les moyens et toutes les condescendances pour ne pas rompre la paix de l'Europe, et pour amener le duc à restituer ce qui appartenait à la France ; que désormais il ne lui restait que la voie des armes pour arracher par la force ce que l'équité n'avait pu obtenir de son ennemi. Il annonçait en même temps qu'il respecterait et protégerait tous les sujets de la Savoie qui ne s'armeraient pas contre lui, et donnerait à la guerre un nouveau caractère, en lui ôtant ses violences, ses rapines et ses sacrilèges *. Le jour même où
> Lettres missives de Henri IV, en date des 9 et Î6 juin, des 1,2, 12, 14, 18, 30 juillet, 8 août, t. V, p. 239, 244,245, 246, 250, 251, 253. 254, 263, 269. — Sully, CEcou. roy., ch. 96, 1. 1, p. 332 A. — P. Gayet, Gbron. septen., 1. III, p. 107 B, le texte des dernières conditions proposées par le duc de Savoie, puis repoussées par lui. — Diaprés le récit de Sully, le billet du roi que nous citons dans le texte trouva Sully à Montargis, se dirigeant vers la Savoie, mais n'étant pas encore entré dans ce pays (CEcon. roy., ch. 96, p. 332 A). Il assista et contribua à la reddition du château de Ghambéry (CEcon. roy., p. 333 B) : cette reddition eut lieu le 21 août 1600 (Lettres Missiv., t. V, p. 284). Donc le billet du roi est d'une date antérieure , qu'il faut placer dans la première moitié du mois d*août, et non dans le mois de novembre. 11 est probable qu'il y a erreur dans Ténoncé du lieu où le billet fut écrit.
« Thuanus, l. CXXV, § 1, t. VI, p. 33. — P. Gayet, Ghron. septen., 1. HI, p. 107, 108. Le roi dit dans sa Déclaration : « Qu'il prend en sa » protection et deffense les personnes et lieux ecclésiastiques, lesquels M no favoriseront et ne serviront do re.lraicle et d'assistance aux aniiv"*