‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 289 sur 344 · CHANGEMRNTS DANS LB SYSTÈME DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

CHANGEMRNTS DANS LB SYSTÈME DE LA GUERRE

sur la rigueur des saisons, sur le soin avec lequel il avait fortifié ses villes, sur les allures de la guerre depuis dix ans, même quand elle était conduite par un aussi grand capitaine que Lesdiguières , avait dit que, a quiconque » l'attaquerait dans son pays, il lui donnerait de Foccu- » pation pour quarante ans. r> Et voilà, comme le remarquent les contemporains, que tout avait été, sinon terminé, au moins décidé en quarante jours ^ Quel prodige avait ainsi changé soudainement et perfectionné Fart de la guerre? Rosny nommé surintendant et grandmaîti*e de l'artillerie, avait, par les réformes déjà introduites dans les finances, rendu à l'État une partie de ses ressources : il avait de plus appliqué aux entreprises militaires ses talents et son expérience. Il faut observer, en effet, qu'en dirigeant les opérations qui mirent Charbonnière et Montmélian au pouvoir des Français, en entourant ces deux places d'une ceinture de feux, et en partie de feux plongeants, Rosny , dans l'artillerie et le génie militaire, fit preuve d'une capacité qu'on ne retrouve plus à un degré pareil que chez les plus grands tacticiens du siècle de Louis XIV. Malgré tous les perfectionnements apportés à l'art de la guerre depuis le xvi« siècle, nous sommes convaincu que les militaires liront toujours avec intérêt les chapitres 95 et 97 des Économies royales^ où Sully raconte les sièges de Charbonnière et de Montmélian, parce qu'il y a des choses qui ne changent pas : ce sont les règles générales d'un art, et chez ceux qui le pratiquent, le coup d'oeil, les combinaisons de génie, la volonté puissante qui vient à bout de tous les obstacles, et souvent les tourne contre l'ennemi.

> p. Cayel, Chron. septen , 1. 111, t. lî, p. 115 A, § 3.

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§ 2. — Divorce et mariage du Roi.

La guerre de Savoie , comme la guerre d'Espagne j avait donné raison à la France contre tous ses ennemis du dehors, et cependant son repos n'était pas eneove assuré. La transmission du pouvoir, si nécessaire à la paix publique, restait incertaine et précaire. Bien que la maison de Bourbon comptât alors , en dehors du roi , quatre branches de princes du sang, les Parlements et les corps de l'État sentaient que la consolidation de la grande oravre de Henri dépendait eu partie d'une descendance Intime qu'il put laisser au pays après lui. La succession eollatérale , qui avait pour elle le droit et les {précédents , ne pouvait avoir pour elle lu puissance et l'autorité de la soccession directe. C'était Henri, et non quelque prince du sang, qui avait arraché la France aux factions et à l'étranger : c'était lui seul qui avait donné le trdne à la maison de Bourbon. L'avènement des Bourbons à la couronne était donc trop récent et trop personnel à Henri, les prétentions et conteutions entre le jeune prince de Condé et les autres princes du sang étaient trop préparées *, pour que des troubles ne fussent pas à redouter, si la couronne ne passait pas de la tête de Henri sur celle de Tun de ses fils. II était séparé de sa femme , Marguerite de Valois, depuis quatorze ans, et la conduite de Mai^uerite avait rendu cette séparation forcément irrévocable : d'ailleurs elle avait passé Tàge où elle pouvait lui donner des enfants. Ceux qu'il avait eus de Gabrielle d'Estrées pouvaient bien, comme Dunois, faire une souche de guerriers dans lesquels la France se plût à reconnaître le sang de ses rois, mais, dès qu'il s'agissait pour eux de la succession au trône, ils étaient impitoyablement condamnés par le droit civil et politique , et exclus par les princes du

» Sully. CEcou. roy., ch. 89, \. I, p. 276 A.

DIVORCE DU noi. 543

sang. Un divorce avec Marguerite, un mariage avoué par la loi et par la religion, une descendance légitime , voilà ce que réclamaient l'intérêt de la France et la gloire du roi. Sa passion pour Gabrielle, à laquelle le. temps avait donné une nouvelle force que l'honneur approuve, et que la morale la plus austère a peine à blâmer, cet attachement profond dont Sully nous apprend les secrets S se serait, selon toute apparence, opposée pour toujoid|j|àune autre union. Mais une mort subite et presque violente avait enlevé Gabriellele 10 avril 1599, et rendu au roi une liberté que son libre arbitre ne lui aurait jamais procurée *. Cette mort avait levé un autre obstacle : Marguerite, le dernier rejeton légitime des Valois, avait tout l'orgueil du sang royal ; elle voulait bion se séparer de Henri et descendre du trône, mais pour faire place à une princesse seulement, et non à une femme d'une condition inférieure. Jusqu'alors elle avait refusé son consentement à un divorce : Gabrielle morte, elle l'accorda 3.

Toutes les dilEcultés ayant ainsi disparu , une procédure s'ouvrit pour la rupture du lien qui avait uni Henri et Marguerite. C*est un trait caractéristique des mœurs du temps, de la confusion encore subsistante en plusieurs points du droit civil et du droit canonique , de l'empire expirant des idées du moyen âge, que dans une affaire toute civile et politique, on se soit adressé non pas aux Parlements, à la cour des Pairs, aux États-généraux, mais bien au pape; qu'au lieu de présenter les véritables et solides raisons qui commandaient le divorce entre Henri et Marguerite, on ait recouru aux misérables, pré-

« Sully, (Econ. roy., ch. 80, t. I. p. i75 B, 278.

» P. Cayet, CbroD. seplen., l. U, t. II, p. 53, 54. -- Lestoile, Sap* plément, p. 802 A. — Thuanus, 1. CXXIl, t. XIH, p. 888, 389, traduction.

^ Lettre de Marguerite de Valois à Rosny , du 20 juillet 1599. — Sully. CEcou. roy., ch. 86, 92, t. I, p. 295, 296. 817, 318.

^44 ijT. T t'M. la

textes iTone pomité aa tmâêiae «kszé, do déCmt de dîsfomt yar le (jope, iiétt9fiasre> ai poreB cas pour cootnctcr flnri^?e, d'one préiendoe parenté spintneile résultaat de ee que le roi aTÛt eo pour pomin Hemi D, pète deMs^pneritef de la dÎTersîter de îdipon, de b contrainte imagnwfre à laquelle les denx époux avaient cédé en se onriant. Une dernière remarque à laquelle donne lien la procé^j^T e*est qn^on président du Parlement, un e^irit defé et en général libre de préjugés, lliistorien de Thon, att pris pour bonnes de semblaMes arguties^ avec lesifueUes il n*y avait [dus dans la société civile de droit qni put rester deboot, de pacte qui pot subsister. Le pape, par on bref do 24 septembre 1599, nomma une commission composée du nonce en France, d'un cardinal, d'un arehevéque, de Tévèque de Paris, et la chargea d^examiner les moyens de cassation. La commission, par déebion du 10 novembre, déclara les moyens valides, le mariage nul, les parties libres de se marier où bon leur semblerait. Le pape ratifia la décision; le 17 décembre 1599, la rlissolution du mariage du roi fui prononcée. Ses ministres et Tagent de la cour de Florence arrêtèrent alors fi Paris les conventions de son mariage avec Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane *.

Dans le temps même que Henri sacrifiait ainsi à la raison d'Etat et au repos de la France les profondes répugnances que son union avec Marguerite de Valois lui avait inspirées contre les mariages de convenance et de [K)liti(juc, les lâches complaisances de quelques courtisans <ît une faiblesse de sa part, sans porter une atteinte sérieuse à l.'i (JéUîfmi nation qu'il avait prise, le jetaient cependant

• Thuanus, 1. CXXIll, l. XUI, p. 430-433 de la traduction.— P. Cayel, Chroii. Hcpteii., 1. II, t. II, p. 64, 65. - Supplément de Lestoile, p. 305 A. — Art de vérifier les dates, t. VI, in-8«. — Sully, GBcou. roy., cil. 94, p. 3i5 H, 326.

PROMESSE DE MARIAGE FAITE A }i^^o DENTRAGUES. 545

dans des actes qui contrariaient cette résolution, et qui lui préparaient bien des déboires, bien des traverses pour l'avenir. La perte de Gabrielle d'Estrées l'avait jeté dans un chagrin qui empoisonnait sa vie et nuisait à sa santé. Parmi ceux qui l'approchaient, les uns lui cherchant une distraction, les autres bâtissant leur fortune sur leur faveur auprès d'une nouvelle maîtresse et sur l'ascendant qu'elle prendrait, lui vantèrent sans relâche la beauté et suHout l'esprit et l'humeur enjouée de mademoiselle Balzac d'Entraguesyjusqu'à ce qu'ils lui eussent inspiré pour elle une violente passion. Cette femme artificieuse, conseillée par des parents sans conscience, avides, ambitieux, grands calculateurs en fait d'infamie, exploita l'amour du roi et son propre déshonneur. Non contente d'avoir obtenu de lui une somme de 300,000 francs et le marquisat de Verneuil, elle lui extorqua une promesse où se trouvait la clause suivante : a Au cas que la demoiselle Henriette- Catherine de Balzac, dans six mois à commencer du premier jour du présent, devienne grosse, et qu'elle accouche d'un fils, alors et à l'instant nous la prendrons à femme et légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre sainte Eglise, selon les solennités en tel cas requises et accoutumées. » Bosny, consulté par le roi et dépositaire momentanément de la promesse, eut en vain le courage de la déchirer : une autre fut faite et livrée à mademoiselle d'Entragues le 1 ''^ octobre 1599. Au commencement du mois de juillet 1600, tandis que le roi se rendait à Moulins, pour marcher ensuite contre le duc de Savoie, la marquise, demeurée à Paris, accouchait d'un enfant mort. « La promesse portoit un j » condition qui de sa propre nature la rendoit nulle de » toute nullité, » en droit civil comme en droit politique. En effet, d'une part le mariage requiert le consentement mutuel des parties et n'admet ni condition ni éventualité: H 35

5i6 LIV. V. CH. XIII. PROMESSE DE MARIAGE A m1I« D'ENTRAGUES.

en second lieu, les princes appartiennent à la nation; pour les unions qu'ils contractent, ce n'est pas assez d'être conformes au droit civil, elles doivent être, de plus, d'accord avec rintérèt public. Mais même en supposant que le roi ne fût pas d'avance délié par le bénéfice du droit, il était redevenu libre par l'événement : l'engagement qu'il avait pris se trouvait rompu du moment que mademoiselle d'Entragues ne lui avait pas donné un enfant mâle dans le délai indiqué *. Nous sommes entré dans ces détails des petites passions et des faiblesses d'un grand homme, parce qu'elles entraînèrent plus tard des conséquences politiques qui, à défaut de ces explications et d'un certain nombre de dates précises , resteraient fort obscures.

Tandis que Henri s'engageait, malheureusement pour son repos et pour son bonheur, dans une nouvelle liaison avec une femme qui n'aima jamais de lui que les richesses et la haute position qu'elle en pouvait tirer, ses ambassadeurs poursuivaient pour lui une légitime alliance. Par

» SiiUy, CEcon. roy., ch. 93, l. I, p. 319, 320; cb. 96, p. 330 B. — Le texte de la promesse du roi à mademoiselle d'Entragues, daDs les notes du Supplément de Lesloile , p. 308, 309; autres détails relatifs à mndenioiselle d'Entragues, p. 317 A.

On tomberait dans la confusion et dans de nombreuses erreurs, si l'on ne prenait soin de faire concorder ensemble le récit des historiens et le têmoigiiajxe des Lettres Missives, au sujet du séjour du roi en divers lieux , et de ses rapports avec madame de Vemeuil avant cl pendant la guern» de Savoie. Du 1" juillet au 12 septembre, le roi va à Moulius, à Lyon, à Grenoble, et fait la coU(}uéle de la plus grande partie de la Savoie. Pendant ce temps , madame de Vemeuil , restée d*aboid à Paris , accoucbe d'un enfant mort : rétablie de sa couche, elle ?e met en voyage pour aller rejoindre le roi. Henri, après avoir quitté l'expédition de Savoie, la joint le 13 ou le U septembre à Saint- Andrè-de-la-CtUe , la conduit fi Grenoble, puis eu Savoie , où elle séjourne, jusqu'à la rédurlion de la forteresse de MontméliaD. Après cet événement, elle retourne eu France. (Sully, OEcoo. roy., cb. 96, p. H30 B. — Bassompierre, Mémoires, l VI, i« série, p. 24 H, 25. — Lettres Missives, t. V, p. 244-313.)

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