‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 297 sur 344 · ATTENTATS DE BIRON DURANT LA GUERRE DE SAVOIE · texte numérisé non relu

ATTENTATS DE BIRON DURANT LA GUERRE DE SAVOIE

ments avec Henri, et affronta les chances d'une lutte à main armée : pour premier fruit, les trames de Biron valaient une guerre à la France. En outre le duc ébaucha un traité de Biron avec l'Espagne, dont nous ferons connaître les conditions, quand les deux pactes, d'abord distincts, se confondirent.

Pendant la guerre de Savoie, les actes de Biron furent une suite non interrompue de trahisons et d'attentats plus coupables encore. Il prévint d'Albigny, lieutenant du duc, de se retirer, et sauva ainsi une défaite au corps de troupes que ce général commandait. Il signala au duc les vices de ses places fortes, et lui fournit des idées et des plans pour les mettre dans le meilleur état possible de défense. Il travailla de concert avec ses gouverneurs pour les empêcher d'être prises : il avertit en particulier le gouverneur de Bourg de la prochaine arrivée de nos troupes, pour qu'il se mît en mesure de les repousser. Il instruisit le duc de Savoie de toutes les parties faibles de l'armée du roi, et lui indiqua les moyens les plus propres à la vaincre *. Les talents de Henri, de Lesdiguières, de Sully en Savoie ; la fidélité des officiers et l'ardeur des soldats en Bresse, trompèrent la trahison de Biron. Nos armes furent heureuses partout, même là où il commandait. Il résolut de changer les chances ordinaires de la guerre par des crimes. Sully fournissait au roi et à nos armées tous les moyens matériels de vaincre ; il était l'instrument de leurs succès : le maréchal essaya deux fois de le faire périr, la première aux approches de la citadelle de Bourg, la seconde dans une embuscade que les ennemis d'accord avec lui dressèrent près de Villars. La vigilance seule de Sully lui permit d'échapper à ces dangers *. Peu après,

^ La Relation contemporaine dans Cayet, 1. V, p. 183 B, 193 A. — Matthieu, Histoire de Henri IV, 1. Ul, p. 490. — Suliy, OEcon. roy.. ch. 96, t. l, p. 333.

* Sully, (Econ. roy., ch. 96, t. 1, p. 834 A.

564 LIV. VI. GH. II. CONSPIRATION DE BiRON, 1600-1602.

Biron complota la mort du roi lui-même, à la reconnaissance du fort Sainte-Catherine. A la vérité il changea d'idée, et soit horreur du crime, soit crainte d'être atteint de l'un des coups destinés au roi, il arrêta l'exécution. Mais il s'appliqua à regagner le duc de Savoie et le roi d'Espagne, en leur rendant par les intrigues politiques ce qu'il ne leur donnait pas par le meurtre. A la fin du mois de septembre, tandis que le roi retournait en Savoie, il envoya La Fin, son parent et son agent, à Saint-Claude où était RoDcas, puis à Milan, vers le comte de Fuentes, avec charge de leur dire qu'ils patientassent et qu'ils attendissent l'effet des menées du maréchal auprès des grands seigneurs, les uns restés en France, les autres venus à l'armée. Il travailla avec une fiévreuse activité à réunir dans un même complot plusieurs d'entre eux, qui entretenaient l'espoir d'arracher de vive force au roi quelques-unes des prérogatives de la couronne, et d'en accroître la puissance de la haute aristocratie.

Leur projet était de placer Henri entre une insurrection qui aurait lieu en France, et une révolte qui éclaterait dans son armée. Ils comptaient sur le pauvais succès final de son expédition de Savoie, imaginant qu'après avoir enlevé quelques places à l'ennemi, il échouerait au siège de la citadelle de Montmélian, alors réputée imprenable. Ils étaient convenus de profiter de ce revers pour prendre les armes, et commencer la guerre à laquelle ils s'étaient tous engagés contre lui. La capitulation de la citadelle de Montmélian, signée le 15 octobre, effectuée un mois après, en rendant le roi plus fort et plus glorieux que jamais, dissipa pour un moment ces desseins et ces intrigues, et déjoua les calculs de Biron *. Henri fut ins-

» La Relaliou contemporaine dans P. Cayet, 1. V, p. 183 à la fin, 184, 191 A. — P. Matthieu, Hisl. de Henri IV, 1. HI, p. 491. — Lettre du maréchal de Biron dans Sully, (Econ. roy., ch. 97, t. I, p. 348,

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