CLÉMENCE ET BONTÉ DU ROI
réchal dans sa bonté. Il lui pardonna et lui dit : a Qu'il » lui savait bon gré de s'être confié dans sa clémence et » en l'affection qu'il lui portait; qu'il lui en donnerait » toujours de si grandes preuves qu'il n'aurait occasion » d'en douter , ni de rien faire contre l'assurance qu'il » prenait de sa fidélité. » Mais toujours préoccupé de ses devoirs de roi et du maintien de la paix publique, il ajouta « qu'il lui pardonnait pour cette fois, mais à la » charge qu'il n'y revînt pas » ; lui faisant pressentir ainsi le châtiment qu'une nouvelle faute attirerait inévitablement sur sa tète. Biron trouva au-dessous de lui de poursuivre et de lever des lettres de grâce : il n'y eut aucun acte qu'il put faire valoir en justice contre les peines qu'il avait encourues pour sa trahison. D'Épemon , avec lequel il avait une liaison intime, l'en avertit , mais en vain, n n'en aurait pas eu besoin s'il fut rentré dans le devoir par la voie pleine d'honneur que Henri lui ouvrait. Pendant le peu de jours qu'il resta à Lyon, le roi le présentant au cardinal Aldobrandin, négociateur de la paix, fit de lui ce magnifique éloge : « C'est monsieur le ma- » réchal de Biron ; je le présente volontiers à mes amis et » à mes ennemis. » Il déclarait ainsi publiquement qu'il ne voulait se souvenir que de ses services. Mais Biron resta inébranlable dans ses premières résolutions, dans ses pervers desseins. Son grand semblant de repentir n'était qu'une grande hypocrisie, tju'une adresse pour avancer plus sûrement son complot, en jetant le roi dans une dangereuse confiance. Au sortir de Lyon, il dépêcha incontinent un moine nommé Farges, puis Bosco, cousin de Roncas, au sieur La Fin, en lui enjoignant de suivre activement ses pratiques et son traité aver le duc de Savoie et le comte de Fuentes *.
1 La Relation contemporaine dans P. Cayet, 1. V, p. 184 A, B. — P. Matthieu, mat. de Henri IV, 1. III, p. 492, 493.
570 LIV. VI. cil. 11. BIRUN s'unit A BOUILLON ET A D ALTERGlfK.
Dix-huit mois s'écoulèrent entre le pardon de Lyon et l'arrestation de Biron *. Dans cet espace de temps, il ne cessa de comploter contre le roi et contre l'État au dedans et au dehors. Henri, de son côté, employa, épuisa les moyens dont l'amitié la plus dévouée et la plus intelligente pouvait s'aviser, pourlerameneret le sauver : ce fut entre eux une lutte où Bironl'emporta pour sa honte et pour son malheur. Dès le commencement de l'année 1601, il renoua et étendit ses intrigues, fomentant tous les genres de mécontentements, unissant et rapprochant tout ce qui chez les hauts seigneurs et la nohlesse, chez les exaltés de l'une et de l'autre religion, chez les gens de guerre, chez les peuples des campagnes et des villes, pouvait provoquer un vaste soulèvement à l'intérieur.
Il rechercha pour une association plus étroite le duc de Bouillon et le comte d'Auvergne, avec lesquels il avait déjà précédemment des liaisons, et qu'il jugeait à bon droit en position d'étendre l'esprit et les actes de révolte à plusieurs classes de citoyens. En 1601, ils se lièrent par un engagement écrit et signé, renouvelé au commencement de 1 602, dont on trouve le texte dans les mémoires de Sully. L'écrit portait « qu'ils se donnoient leur foy, et » faisoient une association générale entre eux, avec pro- » messe de s'entremaintenir et défendre Tun l'autre en- » vers et contre tous, sans 7iul excepter 2. w Le comte d'Auvergne attaquait le roi à la cour même et en Au ver-
* Le pardon de Lyon est du mois de janvier 1601 : rarrestaliou de Biron est du 13 juin 1602, un peu avant minuit. C'est un intervaUe de dix-huit mois. Sa condamnation est du 29 juillet 1602. Entre le pardon de Lyon et sa condaumation, il s'écoule dix-neuf m^is. Biron, dafis le discours qui suit sa condamnation, parle en nombre rond de vingt mois (Procès-verbal dans les Mém. et corresp. de Duplessis-Moruay, t. IX, p. 499). C'est par. erreur d'impression, que dans la Relation contemporaine et dans P. Cayet, l. V, p. 195, 196, il y a vingt-deux mois.
« Sully, OEcon. roy., ch. 106, t. I, p. 381 B, 382; ch. 1A4, p. 597 B.